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Message de Kevin Vacher

mercredi 18 septembre 2019

Message de Kevin Vacher, le lendemain de sa libération, sur Facebook

Je vais avoir besoin d’un peu de temps pour remercier tout le monde et j’écrirai plus longuement sur le fond de l’affaire, le traitement raciste des expulsés et la criminalisation de ce qu’on peut clairement nommer un délit de solidarité.

Je prends juste "quelques" lignes en attendant mieux pour vous dire milles bravos pour cette solidarité incroyable avec le Collectif du 5 novembre : Noailles en colère et les personnes délogé·es.

Je n’en veux absolument pas à cette dame qui a porté plainte, c’est son droit légitime. Mais Arlette Fructus, la Ville et Marseille habitat ont choisi de faire entrer cette affaire sur le terrain politique. Marseille Habitat s’attaque aux collectifs pour le logement ? Qu’à cela ne tienne, leurs actions inhumaines et illégales n’en seront que mieux dénoncées. La Ville de Marseille et Arlette FRUCTUS veulent instrumentaliser politiquement cette affaire ? Tant mieux, leur politique continuera à être dénoncée avec d’autant plus de forces. Nous avons d’ores et déjà prouvé l’abomination de l’expulsion des habitants de la rue Curiol, nous avons déjà prouvé que sans la solidarité citoyenne et de voisinage, ces personnes auraient été à la rue. C’est ignoble de les voir nous attaquer ainsi - mais pas étonnant - alors que sans cesse, nous nous retrouvons à gérer nous-mêmes et avec d’autres le relogement des familles, réserver des chambres d’hôtels parfois en faisant l’avance avec nos propres comptes bancaires, accueillir humainement une détresse que beaucoup de membres du collectif ont eux-mêmes connue.

Beaucoup m’ont demandé comment j’allais. Très bien. La plupart de mes droits ont été respectés en GAV et ce n’est pas pour rien. A l’intérieur, les policiers eux-mêmes étaient impressionnés "vous avez un beau comité de soutien" et avaient conscience de la dimension politique de cette affaire et qu’ils étaient sous vigilance citoyenne. Je suis renvoyé pour un jugement en correctionnel le 30 janvier pour "violences volontaires aggravés, en réunion et avec préméditation". Rien que ça. Pendant ce temps, les marchands de sommeils, publics ou privés, dorment bien. Mais bon, je vais très bien parce qu’en sortant, je me dis que notre riposte collective va être énorme.

Mon co-gardé à vue, un minot que je croise souvent à Noailles, était le premier à qui cette solidarité donnait le sourire et à enrager contre la mairie. La solidarité citoyenne, ça donne du moral mais ça protège aussi. Mais voilà, j’ai eu une faveur, la vôtre, que beaucoup n’ont pas. Les vexations sont courantes en geôle, on le sait. Les droits des gardés à vue ne sont pas respectés, on le sait. ça vanne, ça tape, ça menace là dedans, on le sait.

J’ai eu droit à une faveur que l’on ne doit qu’à nous-mêmes et à votre mobilisation. La riposte a été immédiate. J’ai lu, vu, entendu, les mots de soutien et la présence des personnes délogées - qu’elle m’aient connu ou non, peu leur a importé - ainsi que d’amis et familles de victimes du 5 novembre. J’ai vu la mobilisation des camarades de mes syndicats, la CGT FERC-Sup de l’Université d’Aix-Marseille et le Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille - SQPM, des collectifs de quartier de tout Marseille qui ont montré notre force de frappe commune, des Gilets Jaunes, de la Plaine à Maison blanche. J’ai vu les soutiens des élus (même un élu LREM s’y est mis 😅, à qui on pourrait rappeler que son gouvernement fait bien pire aux Gilets Jaunes quotidiennement), de mes camarades de luttes de toute la France, d’Italie, de Belgique, mes vieux amis et anciens camarades du NPA et d’Ensemble !. J’ai vu la floppée de communiqués de presse et de tweets. J’ai vu 15 années de ma vie militante défiler et ça fait chaud au cœur. J’ai vu mon laboratoire de recherche et tant de collègues réagir. J’ai surtout vu presque un an de ce qu’on a construit avec le Collectif se mettre une nouvelle fois en branle. Bravo, bravo, bravo.

Il y a quelques semaines, c’était trois habitantes de Maison Blanche qui étaient mises en GAV et le Collectif habitants de la maison Blanche qui était attaqué. Les flics prétextaient un plan stup’ pour venir, frapper, menacer de "dissoudre" leur collectif. Ce matin, trois camarades de l’UD CGT 13 passaient en jugement. Chaque samedi, des Gilets Jaunes de toute la France sont incarcérés, violentés, menacés. J’en oublie bien d’autres évidemment. En sortant du tribunal, un rassemblement avait lieu devant la Préfecture pour demander la libération d’un lycéen sans-papier. Nos seuls délits sont nos engagements pour la justice sociale et environnementale. Nos seuls délits sont nos preuves d’humanité dans un monde qui perd tout sens de la solidarité. Notre solidarité va à tous les réprimés et tous les inculpés, aux réprimés quotidiens et invisibles de ce monde injuste et à la famille de Zineb évidemment.

Bien évidemment, mes plus grands remerciements vont à mes amis et camarades du Collectif du 5 novembre. Avoir partagé tant de mois de galère, de colère, de bonté, de solidarité, ce n’est pas rien. Cette histoire collective est sûrement l’un des moments importants de l’histoire de Marseille, grâce à notre action mais aussi (voire surtout) parce qu’au delà, les solidarités militantes qui se sont exprimés dans nos immenses cortèges ou lors des Etats Généraux de Marseille n’ont jamais été aussi fortes.

Nous ne sommes pas les illégaux, c’est Marseille Habitat qui fait "mal aux droits" (cette capacité d’humour militant me surprendra toujours). Cette affaire ce n’est pas X contre K.V., c’est une nouvelle affaire dans le drame plus global du mal-logement partout en France.

BRAVO pour notre démonstration, notre ténacité, notre calme et notre courage. Le plus dur, mais aussi les plus belles victoires, sont encore à venir...

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