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Fusion à Paris 3 : Les promesses n’engagent que ceux qui y croient

mercredi 12 octobre 2016

Le Président de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et ses colistier.e.s aux conseils centraux de l’établissement ont été élu.e.s en 2014 avec un engagement fort et rassurant : « La Sorbonne Nouvelle ne s’engagera pas sur la voie de la fusion ».

Pourtant, le 6 octobre 2016, le Président de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 a rassemblé les personnels, mais pas les étudiant.e.s (on ne va pas les embêter avec des questions qui les dépassent, d’ailleurs, la seule intervention d’une étudiante a été interrompue par le président lors de cette AG). afin de prévenir la communauté universitaire : il souhaite que l’université fusionne avec les universités de Paris 5 et de Paris 7. Il déclare qu’il aurait souhaité que Paris 13 soit partie prenante de ce regroupement, mais comme Paris 5 ne le souhaite pas, Paris 13 en est exclue. Cela met en évidence le rapport de force au sein de l’USPC.

Malgré le discours diffusé en interne sur l’université et sans interroger la communauté sur les grands changements institutionnels, malgré les engagements sur lesquels il a pourtant été élu, le Président de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 souhaite donc la disparition de notre université (on rappelle que sa liste s’appelait Sorbonne Nouvelle : pour le bien commun), la fin de la personnalité juridique et morale de Paris 3, c’est-à-dire la dissolution de tous les conseils centraux, le transfert de tous les actifs budgétaires et immobiliers, ainsi que de tous les postes vers l’université fusionnée.

Au CAC USPC du 7 octobre, il a même été chargé d’annoncer un plan de fusion entre Paris 3, Paris 5 et Paris 7. Il appelle de ses souhaits un établissement unique : 1 Conseil d’Administration, 1 Conseil Académique, 1 budget, 1 politique commune de RH. Le débat en interne sur le devenir de l’université est donc comme nous l’annoncions en juillet tronqué. Il n’y a même plus l’illusion du débat.

Et comment explique-t-il ces renoncements ?

Un simple changement de contexte, une vision de ce que sera l’enseignement supérieur dans les prochaines années : la perte de l’IDEX, la peur de Paris 4 / Paris 6 (pour les plus anciens, ce discours n’est tout de même pas très nouveau, Paris 4 servant régulièrement d’épouvantail pour notre université), la peur du campus Condorcet sur lequel nous serons pourtant présents (mais cela, le président a omis de le signaler le 6 octobre), que le CNRS ne veuille plus nous parler. Cela pourrait presque être drôle, si ce n’était pas si triste. Nous ignorions qu’une nouvelle loi sur l’enseignement supérieur avait été promulguée depuis son élection et ses engagements. Donc, oui, le contexte change et il changera encore, mais de façon beaucoup moins impressionnante que de tels revirements. RIEN ne peut expliquer ce revirement dans la politique de notre université, sans mandat. RIEN ne peut expliquer cette précipitation vers la disparition de Paris 3 dans une structure universitaire à forte identité médicale ou un grand établissement selon les choix de gouvernance à venir.

Le 27 avril 2016 marque la fin de l’IDEX.

Les dirigeants de l’USPC, face à cet échec, annoncent qu’il faut absolument fusionner les 4 universités, membres de l’Université Sorbonne Paris Cité, à savoir Paris 3, 5, 7 et 13. Le seul argument avancé concernant la perte de l’IDEX était qu’il n’y avait pas un projet de fusion à court terme, permettant ainsi de dédouaner les porteurs du projet de cet échec. Toutefois, à la lecture du rapport du jury, on note aussi des faiblesses essentielles : absence ou faiblesse des projets, de la politique des relations internationales, de la vie de campus, absence de cohésion et une note C pour la gouvernance.

Depuis cette rentrée, on apprend que la fusion des 4 établissements n’est plus d’actualité. En l’espace de deux mois, Paris 5 décide d’exclure Paris 13, alors même qu’elle était présentée comme la seule option viable il y a 2 mois. Une preuve de plus que cette COMUE est essentiellement une entité de médecins et les écarts de classement entre la médecine de Paris 5 et de Paris 13 pourraient expliquer cette éviction.

Alors comment justifier cette accélération de notre disparition ?

Le retour à l’IDEX est illusoire et, même si l’USPC pouvait le récupérer, il faut rappeler que l’IDEX ne représente que 1 à 2 % du budget de l’université pour un coût réel total qu’on ne peut réellement mesurer. On peut noter le faible taux d’exécution de cette part du budget de notre université qui doit être ciblé sur l’excellence et qui amène à d’importantes désorganisations. Les sommes allouées aux établissements seraient de 21 millions d’euros dont la moitié pour Paris 7 : par conséquent 10,5 millions pour les 7 autres établissements et le fonctionnement de la COMUE. Pour les établissements, il servait essentiellement à payer des salaires. Il doit donc être mis en relation avec le budget total de l’établissement (autour de 130 millions d’euros). Par ailleurs, Paris 3 avait, en valeur relative, un intérêt assez limité dans l’IDEX, l’état des rapports de force au sein de la COMUE ne lui étant pas favorable. Par exemple sur les 186 contrats doctoraux créés par l’IDEX, seuls 9 ont été attribués à Paris 3. Et de toute façon, si par miracle, l’USPC récupérait l’IDEX, tous les établissements en profiteront université fusionnées, université non fusionnée, établissements, tous les membres de la COMUE.

Est-ce pour favoriser la visibilité internationale ?

Non plus. Dans les classements internationaux, les premières places reviennent à des universités à taille humaine, autour de 20 000 étudiants et non plus de 100 000, comme ce serait le cas pour l’USPC.

Quant à la labélisation IDEX à l’international, c’est un label franco-français et donc sans aucune incidence internationale.

Alors peut être qu’une main invisible nous pousse à ce rassemblement

Le ministère ? Non, nous sommes en période pré-électorale, aucune garantie ne peut être accordée. La sagesse est donc de ne pas prendre d’orientation précipitée. Les vérités du jour ne seront probablement pas les vérités de la prochaine majorité qui se mettra en place en mai prochain. Et d’ailleurs, ce ne sont pas des vérités intangibles.

Les discussions actuelles, dans leur ensemble, imposent l’idée que le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche francilien sera figé dès 2016, ce qui n’est pas le cas. Que se passera-t-il, en effet, à la fin des périodes probatoires pour les autres IDEX franciliens ? Quelles conséquences pour les sites universitaires en construction comme Condorcet ? Le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche est sans cesse en mouvement du fait des partenariats, des associations, des rencontres, des émulations ; il ne dépend heureusement pas seulement de décisions bureaucratiques prises hors sol en petit comité. Et donc, oui, le contexte change, mais pas simplement entre deux visions diamétralement opposées du président de Paris 3. Et oui, ce paysage changera encore, tout comme cette présidence changera aussi

Quelles sont les conséquences de la fusion ?

Une superstructure, c’est une couche de bureaucratie supplémentaire. C’est un coût en euros bien plus important que les subsides de l’IDEX. C’est une dégradation des conditions de travail. C’est la fin de tous les contrats (CDD/CDI) avec la perte de l’entité juridique et morale. C’est l’obligation pour les fonctionnaires de postuler à nouveau sur leur poste avec les aléas qui en découlent, avec des mutations forcées géographiques et thématiques, comme ce fut le cas pour d’autres fusions.

C’est la perte de notre entité juridique et morale, de notre budget, de de l’immobilier, des postes, etc. Étant donné le rapport au sein de la COMUE, les campagnes d’emplois futures ne pourront en effet se faire qu’à notre détriment : comment imaginer lors du départ à la retraite d’un PR que le poste soit profilé SHS plutôt que pour correspondre à d’autres domaines majoritaires dans cette super structure ? Beccaria, Camus, Joyce, Borges feront-ils le poids face au cancer, aux épidémies, et autres maladies pour lesquelles la société exige par ailleurs des avancées urgentes ?

Quels sont les périmètres ?

A ce jour, c’est la confusion la plus complète. On avait demandé que toutes les options soient ouvertes dans la discussion. Il nous avait été répondu que seule une fusion Paris 3 / Paris 5/ Paris 7/ Paris 13 serait mise en débat il y a deux mois. Or, lors de cette rentrée, on apprend que Paris 5 exclut de fusionner avec Paris 13, malgré la volonté des Présidents de Paris 3 et de Paris 13. Tout comme pour Paris 13, il ne semble y avoir aucun obstacle, aucune conséquence à ce que Paris 3 soit exclue du périmètre de la fusion.

Quel coût ?

Nous voulons connaitre les coûts réels d’un tel projet qui peuvent se chiffrer autour de plusieurs dizaines de millions d’euros. Auxquels doivent s’ajouter les coûts invisibles.

Pour quels bénéfices ?

PERSONNE n’est capable de présenter un seul avantage avéré de cette fusion.

Nous voulons l’arrêt de cette politique dévastatrice imposée par quelques-un.e.s.

Nous voulons que la communauté puisse a minima s’exprimer par référendum sur cette question si importante. L’actuelle direction de l’établissement et le Président ont été élus il y a deux ans pour un mandat clairement non fusionniste. Un changement complet de cap, sans aucune raison objective, en opposition à la ligne sur laquelle cette liste a été élue ne doit pas se faire sans de nouvelles élections.

Comment imaginer un tel changement structurel sans l’aval de la communauté universitaire, enseignant.e.s-chercheur.e.s, enseignant.e.s, chercheur.e.s, administratif.ve.s, étudiant.e.s. ?

Nous affirmons qu’un référendum faisant suite à un débat ouvert et non vicié comme à l’heure actuelle, est une nécessité.

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