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Menu ☰Accueil > l’Echo du Sup > Echo du Sup N° 9 - Patrimoine immobilier dans l’Enseignement Supérieur et la (…) > Enseignement supérieur privé et immobilier – décomplexons !
Surfant sur le manque de moyens de l’ESR public et sur les multiples canaux de financements publics ouverts au privé (bourses, apprentissage…) —voir le numéro 7 de l’Echo du Sup— face aux bâtiments vieillissants voire décrépis et insalubres de la moitié des universités et des écoles publiques, l’opportunité d’afficher un nouvel argument de vente est trop belle pour les entreprises lucratives de l’ESR privé : locaux neufs, prenant en compte les questions écologiques et énergétiques, ce que les universités sont incapables de faire faute de moyens, adaptés aux nouveaux modes d’enseignement, aux nouveaux besoins des élèves.
La financiarisation des entreprises lucratives de l’ESR privé s’exerce en effet à plein dans l’immobilier : elles acquièrent des immeubles soit pour les occuper avec les différentes écoles du groupe, qui versent alors des loyers aux sociétés immobilières de ces mêmes groupes, soit pour louer des chambres ou des studios à des étudiant·es. Ces entreprises dites d’enseignement se confondent alors avec des sociétés immobilières. L’acquisition de ces immeubles génère aussi des dettes importantes qu’il faudra, à terme, évidemment rembourser, via des stratégies inquiétantes : gestion serrée des dépenses pédagogiques, recherche exacerbée de productivité, recherche de toujours plus de flexibilité avec des prestataires en honoraires, distanciel, etc.
En Île de-France par exemple, en 2023, 89 600 m2 ont été acquis ou loués par des écoles supérieures privées, soit une augmentation de 35% par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. À noter d’ailleurs que 40% des m2 pris à bail dans Paris le sont par Galileo, Ionis et OMNES, trois mastodontes de l’ESR Privé.
Knight Frank - L’ immobilier d’enseignement, bilan 2023 et perspectives 2024
Plus d’1,8 Mds d’€ ont ainsi été investis depuis 2016 en France dans l’immobilier par l’enseignement supérieur privé, avec une augmentation de 40% en 2023 par rapport à 2022 : notons par exemple la constitution du Pôle universitaire Léonard de Vinci (PULV ou Fac « Pasqua »), sur le Campus du Parc à Nanterre, sur l’emplacement de l’ancienne école d’Architecture, réalisé par Eiffage Immobilier. C’est un ensemble de 18 000 m² acquis pour un montant d’un peu plus de 116 millions d’euros à un pool bancaire - constitué de la Banque Postale, BPCE et Arkea - via un crédit-bail immobilier au profit du pôle Léonard-de-Vinci. Ce pôle est un groupe d’enseignement supérieur privé né à la Défense il y a trente ans, sous l’impulsion de C. Pasqua, et qui regroupe trois écoles privées : l’ESILV, l’EMLV (Management) et l’IIM (Digital School Paris).
On peut également rappeler l’installation de l’ESIEA (Ecole supérieure d’informatique électronique automatique), école d’ingénieurs privée hors contrat, dans ses nouveaux locaux à Ivry-sur-Seine (30 M€), à deux pas de la gare du RER C, qui pourront accueillir jusqu’à 2 000 étudiant·es, bien davantage qu’auparavant. L’école met en avant des nouveaux espaces partagés et multi-usages, avec un fablab faisant davantage de place aux machines, un bâtiment principal de 8 500 m2, complété par une résidence étudiante de 341 chambres et communique largement sur le développement durable : le bâtiment est certifié HQE (haute qualité environnementale) et devrait obtenir le label biosourcé. Côté matériaux, béton blanc bas carbone, tandis qu’une partie des façades sera couverte de brise- soleil et que le chauffage du bâtiment sera assuré en récupérant la chaleur produite par un data center installé au sein même du bâtiment et par une serre de recherche de 450 m2, située au niveau du toit. Cette serre servira à des projets d’agriculture urbaine. Avec ses 280 m2 de panneaux solaires installés sur la toiture, le bâtiment produira plus d’énergie qu’il n’en consomme.
Ce sont ce type d’arguments qui justifient auprès des parents et des étudiant·es les 50 000 € de scolarité et l’endettement induit !
Plus emblématique encore l’installation du groupe Galileo dans les anciens locaux d’Agro Paris Tech (transféré sur le plateau de Saclay malgré la mobilisation des étudiant·es et personnels), rue Claude Bernard dans le 5e arrondissement, au cœur du Quartier Latin. Ces bâtiments ont été vendus par l’État à un fonds d’investissement : ouverture prévue en septembre 2025. Il s’agit là de 20 000 m2 avec un jardin intérieur dit « des apothicaires », qui date de 1580. Le bâtiment, classé aux Monuments historiques, devrait accueillir six écoles du groupe Galileo : Paris School of Business (4 500 m2), l’Elije, école de « droit et intelligence juridique », Penninghen, l’Atelier de Sèvres, pour ses deux bachelors en réalisation et animation 2D/3D, le Cours Florent, et Strate École de design. Des locaux de 800 m² situés au dernier étage seront réservés au groupe Galileo (espaces de bureaux, de réception et d’événementiel). Le « campus » annonce également quatre amphithéâtres (100 à 190 places), un jardin intérieur, une terrasse de toit, et deux petites salles de sport.
La COMUE PSL (Paris Sciences Lettres), établissement public donc, s’était portée candidate au rachat en 2017 : elle rassemblait une vingtaine d’établissements d’enseignement supérieur publics parisiens (l’ENS, Paris-Dauphine, l’Observatoire de Paris, l’EPHE, cinq écoles d’art…), mais n’a pas eu le soutien politique ni financier de l’État, embourbé dans sa volonté de démanteler l’ESR public et d’ouvrir le secteur au privé lucratif.
Le développement de l’enseignement supérieur privé se traduit donc par une boulimie immobilière, sous l’œil bienveillant des gouvernements qui accompagnent et favorisent cette croissance. La CGT FERC Sup réclame à la place le développement de l’ESR public, ce qui nécessitera —entre autres— la réappropriation des locaux privatisés, y compris en centre ville.