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jeudi 20 août 2026

Réformes, vie pédagogique,...

« Grève Générale » : l’appel de jack London à l’insurrection sociale !

Rien que le titre est déjà une petite jouissance : Grève générale !

Sous ce titre, les éditions Libertalia réunissent deux courtes nouvelles de Jack London, deux petites pépites roboratives qui devraient remonter le moral de plus d’un syndicaliste, de plus d’un collègue de Nantes Université, pour ce qui nous regarde.

Dans Le Rêve de Debs, un "très grand malheur" arrive aux riches de San Francisco : la grève générale fonctionne, et ils la subissent de plein fouet. Préparée de longue haleine et suivie par l’ensemble des travailleurs de la ville et de la région, elle les prive progressivement de tout : nourriture, domestiques, moyens de locomotion… Les voilà brutalement confrontés à leur propre impuissance et, pour une fois, rapprochés de ceux qu’ils exploitaient jusque-là sans remords, avec toute la bonne conscience des classes dirigeantes.
La nouvelle est racontée depuis ce monde privilégié. À travers le regard de l’un de ses membres, c’est l’écroulement progressif d’un ordre social et d’un pouvoir que donne à voir Jack London. Et, plaisir rare, la grève établit ici un rapport de force victorieux. Sans trop dévoiler la fin, la victoire n’est finalement pas au bout du fusil, mais au bout d’une grève générale organisée d’une main de maître par les syndicats.
Il y a quelque chose de réjouissant dans cette histoire de solidarité ouvrière, d’esprit de lutte et de conscience de classe. Le tout est raconté avec beaucoup d’humour : l’assurance des riches s’effrite à mesure que se révèle la puissance d’une classe ouvrière consciente de ses intérêts et décidée à combattre jusqu’au bout.

La seconde nouvelle, Au sud de la fente, reste à San Francisco mais déplace le regard. Freddy Drummond, le personnage principal, appartient lui aussi aux classes privilégiées, à leur versant universitaire cette fois (non, il n’enseigne pas à Nantes Université, à notre connaissance...). Sociologue réputé, auteur de textes vantant les bienfaits du capitalisme, il a néanmoins le mérite d’aller voir le réel de près. Pour enquêter sur le monde ouvrier — quitte à mieux expliquer ensuite que tout va bien dans le monde des humbles —, il se fait passer pour un travailleur et devient Big Bill.
Commence alors une étrange métamorphose qui n’est pas sans rappeler Dr Jekyll et Mr Hyde de Stevenson. Mais chez London, la transformation est moins tragique que jubilatoire. Peu à peu, le sociologue bien habillé et bien pétri des certitudes de sa classe cède la place à Big Bill. Freddy devient, nolens volens, un transfuge de classe.
Et rassurons-nous : il y a même un happy end. La descente n’est pas ici une descente aux enfers, mais une descente vers la classe ouvrière, jusqu’à la réunification d’une conscience jusque-là fracturée dans une conscience de travailleur. Une très belle histoire, toute simple.

Les deux nouvelles composent ainsi un petit ensemble particulièrement jouissif dans le paysage social actuel. Jack London y met en scène deux fantasmes qui ne peuvent laisser indifférent : une classe ouvrière qui prend conscience de sa force et une grève qui marche — et même qui gagne.
Ne boudons pas notre plaisir : Grève générale est un petit rayon de soleil en pleine éclipse sociale.