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lundi 12 octobre 2026

Blog de la CGT FERC Sup Paris3

Témoignages de personnels de l’université Sorbonne Nouvelle suite à l’intervention policière du 5 octobre 2026

Les témoignages ci-dessous ont été anonymisés. A ce stade, on a fait le choix de ne pas publier les vidéos et les photos qui les complètent faute d’avoir l’autorisation des personnes reconnaissables sur et sans avoir les moyens humains de les flouter.

Ces témoignages (une partie seulement de ce que nous avons reçu) montrent la violence de l’intervention policière et les ressentis des collègues. Ils contredisent les affirmations de la présidence sur la violence présumée des étudiant·es ou lycéen·es présent·es au moment de l’intervention policière et ils remettent en cause le déroulé des faits décrit par l’administration.

Personnel 1

5 oct. 2026, 13h45, campus Nation, grille à moitié tirée : la sécurité me fait passer par une file pour "le personnel". 14h : en cours (1er, bât. B), j’entends des ovations de l’AG. 16h : je sors de cours, des étudiants courent criant "ne paniquez pas, il y a des crs !". Je descends l’escalier vers les WC. Un policier casqué me dit "on ne passe pas", je ne comprends pas, il répond "il y a un blocage". La police bloque chaque accès, dans le hall, la bibliothèque, etc. Une étudiante par terre vers l’ascenseur. Beaucoup sont tétanisés ou effrayés, les uns crient, d’autres chantent. Des bibliothécaires livides regardent. Des policiers nous poussent contre les tourniquets, on ne peut pas reculer, on crie "il y a des vitres". Avec des collègues nous demandons : la police ne peut pas entrer sur le campus sans autorisation de la présidence ? Sur notre téléphone, aucun message de lui. Une collègue tente de le joindre. Un Brav-m : "c’est sa fac", je lui réponds "il en est responsable mais elle ne lui appartient pas". Il m’intime de faire sortir les étudiants sinon tirs de sommation. Un étudiant paniqué me demande si on est enfermés, je l’accompagne vers la porte, mais la zone est bloquée. En me retournant, 2 policiers se dressent, je leur dis que c’est mon lieu de travail, celui des étudiants, pas le leur. Ils répètent "faites les sortir sinon c’est les tirs de sommation". Avec les collègues nous faisons tampon mais les policiers nous poussent derrière eux. Des étudiants demandent aux policiers d’allumer leur caméra. Vers 17h, plus personne dans la bibli. Des policiers balancent des chaises empilées dans le hall, un crie de sortir dans le calme. Les étudiants font chaîne, la police se jette sur eux. Des étudiants se laissent faire, ou crient, ou tombent, traînés au sol. Une policière appelle au calme ses collègues. Enseignants ou étudiants s’interposent. 17h34 : les boucliers nous poussent à la sortie. 17h35 : la police ferme les grilles. Partout des camions de police, des motos, sans que l’on comprenne : pas de poubelles, aucun projectile. Une collègue pleure ; un autre s’est fait cracher dessus par un policier. 18h : deux collègues et des masterants sur la passerelle du 5e du bâtiment A, interloqués. Ils finissent par sortir, comme les personnes nassées dans une autre partie du campus. Je quitte le quartier à 19h.
Une foule de policiers sur mon lieu professionnel a créé des risques réels pour ma sécurité, celle de collègues et des étudiant·es. Les menaces verbales, le suréquipement, les nasses et les gestes violents étaient disproportionné·es. L’absence du président dans le hall ou même par mail a renforcé l’insécurité. Il me fallait parlementer avec des inconnus casqués et hostiles, calmement, sans informations ni soutien de l’Université (de mon employeur donc). Cet épisode est traumatisant. Aujourd’hui je ne me sens pas apte à enseigner sans exploser en larmes. J’ai déjà vécu des épisodes violents, travaillé sur des sujets durs, mais c’est la
première fois que je rencontre le déploiement arbitraire de forces armées sur mon lieu de travail pour m’en expulser, dans le silence le plus complet des responsables de mon université. Je ne sais pas comment le pacte de confiance peut être restauré.

Personnel 2

Vers 16h, je suis descendue au rez-de-chaussée. J’ai constaté la présence des forces de l’ordre et ai rejoint sur le parvis intérieur des collègues. Voyant que les étudiant·es étaient nassé·es dans le hall, j’ai décidé avec d’autres collègues de m’interposer entre la BRAV et les étudiant·es afin de créer une zone tampon. Je me suis clairement identifiée comme personnel de l’Université.
La situation n’a pas évolué pendant environ 30 minutes. J’ai pu constater que les RIO des agents étaient soit absents, soient peu visibles, soit partiellement effacés. Un agent portait également le symbole de la croix de fer à sa ceinture. La BRAV a ensuite décidé de charger - à ce moment-là, les étudiant·es chantaient et ne constituaient en rien une menace ni pour les biens ni pour les personnes. Je me suis ainsi très rapidement retrouvée pressée par les agents de la BRAV qui nous forçaient à reculer, mais le hall n’étant pas extensible, et il était alors très rempli, nous nous sommes retrouvés très serré·es et au contact avec la BRAV. J’ai précisé à de nombreuses reprises que j’étais personnel de l’Université. Les agents de la BRAV n’y ont accordé aucune importance - ils ont d’ailleurs cru utile de préciser à mon collègue qu’ils n’en avaient "rien à foutre". J’ajoute que le DGS était présent derrière la ligne des FDO et n’avait pu que constater notre présence.
La BRAV a rapidement commencé à se montrer très violente envers les étudiant·es et les personnels sans discernement.
Pour ma part j’ai :
– été frappée à coups de bouclier, successivement sur les bras puis dans le dos
– subi une clé d’étranglement
Sur ces 2 derniers points, je joins un certificat médical constatant les contusions visibles moins de 24h après les faits.
– subi des attouchements au niveau de ma poitrine, qui n’avaient rien de gestes accidentels

Un collègue est parvenu à m’extraire du mouvement de foule. J’ai soutenu une étudiante dont le pied avait été coincé et écrasé par la BRAV qui forçait la porte alors que son pied était coincé dessous. J’ai alors réalisé qu’un collègue, KR, avait été blessé : il saignait à la tête et avait le visage brûlé par des gaz lacrymogènes. J’ai participé à sa prise en charge avec des étudiant·es et des collègues. Aucun membre de la gouvernance ne s’est dirigé vers nous à ce moment-là pour vérifier notre état physique. Nous étions légèrement en retrait, dans la nasse, près de l’ascenseur du bâtiment B.
Avec plusieurs collègues, nous nous sommes extraits de la nasse via les étages. Nous avons alors constaté que des collègues administratifs, enseignants, et des étudiant·es erraient dans les couloir, certain·es paniqué·es, d’autres perdu·es. A ce stade, j’ai consulté mes mails mais n’ai constaté aucun ordre d’évacuation. Toutefois, me basant sur les faits précédents et une rumeur d’ordre d’évacuation et souhaitant mettre en sécurité les collègues, je leur ai demandé de me suivre en leur indiquant qu’une sortie était apparemment possible près du bâtiment D et que j’allais les y mener. J’ai ouvert quelques salles des profs en passant pour inviter les collègues à nous suivre pour qu’ils puissent évacuer. Je rappelle que ce n’est en rien mon métier, et que je venais d’être frappée par la BRAV. Aucune consigne claire, aucune aide ou proposition d’aide ne m’a été apportée sur le trajet, alors même que j’ai croisé une Vice Présidente en bas du bâtiment C. La situation était extrêmement anxiogène car je ne voulais pas emmener les collègues et étudiant·es dans une nouvelle nasse - ce qui a d’ailleurs failli arriver par la suite quand la BRAV a tenté d’intégrer une partie des collègues descendus dans la nasse du hall. A ce stade il s’agissait bien d’une nasse fermée, un dispositif illégal, que je n’aurais jamais cru voir dans l’université où j’ai étudié, où j’enseigne et travaille aujourd’hui.
A aucun moment je n’ai reçu de l’aide des personnels de l’équipe présidentielle présents dans ce processus d’évacuation.
Je me suis ensuite rapprochée du hall, sans que nous puissions approcher plus qu’une vingtaine de mètres, afin d’observer la situation et de la documenter, comme il m’est apparu nécessaire vu la tournure des événements. Nous avons tenté de faire parvenir de l’eau aux étudiant·es, sans succès, sur refus des agents de la BRAV. C’est à ce moment là que j’ai constaté les contusions sur mon poignet et mon bras, et ai pris conscience des douleurs associées.
Nous avons assisté à l’évacuation des étudiant·es menée avec une grande violence. Nous avons notamment pu voir des étudiant·es plaqué·es contre les vitres du bâtiment B et violenté·es. Nous avons assisté avec impuissance à un usage disproportionné de la force.
Les conséquences de ces faits sur ma santé physique et mentale sont multiples :
– contusions visibles sur le poignet, les bras, le bas du dos, le cou
– douleurs dans les cervicales, les bras, le haut du dos
– grande fatigue physique
– état de stress et d’anxiété intense et prolongé
– insomnie
– ruminations et réminiscences d’images violentes
Ces événements ont également eu un impact sur ma vie familiale, car j’ai dû expliquer à ma fille de 6 ans pourquoi je rentrais du travail couverte de traces rouges.

Personnel 3

Lors de l’intervention des brigade de la BRAV-L dans l’enceinte de l’université je me suis interposé entre les étudiants et les policiers afin d’éviter tout débordements. Tout au long de ma présence j’avais en main ma carte professionnelle.
La police a commencé à bousculer les étudiants et moi-même, je leur ai alors re-montré ma carte professionnelle (cf photos en pièce jointe) en répétant que je travaillais ici. C’est alors qu’un policier s’est approché de moi en me visant avec sa bombe lacrymogène. J’ai réitéré que je travaillais ici tout en montrant ma carte professionnelle, il m’a alors dit "je m’en bas les couilles" puis m’a asséné un coup au visage (au niveau de l’arcade sourcilière) et m’a aspérgé de gaz lacrymogène à seulement une quinzaine de centimètres du visage.
J’ai été pris en charge par des collègues non loin qui m’ont nettoyé les yeux et emmené à l’infirmerie du personnel. Lors de mon arrivée, l’infirmière a dit en me voyant "Oh non on doit évacuer" puis m’a confié à sa collègue en disant "Occupe toi de lui, je dois faire mes affaires" et n’a pas pris la peine de s’occuper de moi personnellement.
Je tenais aussi à partager qu’un membre de la direction juste avant l’arrivée de la police, et en ayant connaissance de mon implication au sein de la CGT m’a dit "Tu as co-signé pour ça" en pointant les étudiants qui occupaient le hall d’entrée de l’université.

Personnel 5

Suite à l’intervention des forces de l’ordre l’après-midi du lundi 5 octobre, nous voudrions revenir sur les évènements qui se sont passés à la bibliothèque.

Nous n’avons pas été informé·es de l’intervention à venir des forces de l’ordre, et des conséquences sur l’accueil du public. La BSN était pourtant remplie à 65%, ce qui représente plus de 600 personnes.
Nous avons reçu la consigne que les collègues voulant rentrer chez eux le pouvaient. Des collègues de la BSN sont donc sorti·es, seulement pour se faire nasser pendant de longues minutes par les forces de l’ordre, qui étaient agressives et peu compréhensives. Les collègues étaient coincés contre des CRS qui ont refusé de les laisser sortir malgré leurs longues explications. Deux collègues ont dû les “supplier” (c’était le mot employé) de les laisser sortir de la nasse, sans savoir si la situation allait dégénérer ou non. Nous avons vu la police se préparer à charger (deux d’entre eux ont mis leurs cagoules). Ils nous ont traité·es comme si nous étions une menace. Cette “nasse” a duré une dizaine de minutes, mais s’est reproduite quelques instants plus tard selon le témoignage d’une tutrice étudiante travaillant à la BSN, qui s’est retrouvée dans la même situation.

L’ascenseur qui passe par le A4 (les services internes de la bibliothèque) et qui donne directement dans le hall du bâtiment B n’a pas été utilisé pour descendre, fort heureusement : les collègues se seraient trouvés directement face aux CRS, sans possibilité de revenir dans l’autre sens.

La situation était stressante, angoissante, des collègues nous disent avoir été traumatisés, et nombreux ont été choqués et désorientés. Une collègue était en pleurs et a fait une crise de panique. Il est inacceptable que des collègues soient traités de cette façon par les forces de l’ordre. Les autorités de l’université nous ont mis dans cette situation en autorisant le départ des collègues tout en déléguant la maîtrise de la situation à des policiers qui n’étaient pas ouverts à la discussion.

Dans ce contexte extrême et sans aucune information claire de la part de l’université, nous avons tenu nos missions de service public : accueil des publics, prise en charge des étudiants en situation de détresse, et évacuation dans le calme.

Personnel 6

Le 05/10/2026 après-midi, avant l’arrivée des forces de l’ordre, je me trouvais dans le Hall d’accueil du site Nation, où se trouvaient toutes mes équipes :
– le Guichet étudiant était positionné dans le renfoncement à côté des bornes d’impression de cartes étudiantes
– les étudiants du Welcome Desk étaient à leur poste, au Welcome Desk
– le BVE tenait un stand plus loin dans le couloir du hall, devant les panneaux d’affichage de la Mission Transition Écologique, à l’occasion de la semaine campus et culture, et avait la responsabilité des associations étudiantes également présentes (au moins 5 associations).
L’ambiance était bon enfant, malgré environ 200/250 étudiants regroupés devant les grilles (maintenues fermées par le SSSIA et la sécurité), dans le hall de nation. La situation s’est légèrement tendue alors que les étudiants demandaient à sortir, et que la sécurité refusait d’ouvrir les grilles. Les étudiants ont finalement fait céder la sécurité en forçant le passage (sans violence, mais en créant un bélier humain, impossible à arrêter pour les agents de sécurité). Cela a fait redescendre la pression.
J’ai constaté ensuite que les étudiants ont amené tables et chaises pour bloquer partiellement l’entrée, tout en laissant un passage suffisant pour les entrées et sorties : j’ai décidé, à 15h35, de libérer mes équipes pour éviter les gênes de bruit, les étudiants utilisant alors le hall comme QG d’organisation. J’ai demandé à mes équipes de sécuriser le maximum d’objets sur leurs postes de travails : ordinateurs, etc...
Pour protéger les bornes d’impression de cartes étudiantes et éviter qu’elles ne soient utilisées comme mobilier de blocage, l’une de mes agentes m’a demandé si elle pouvait les faire rapatrier par la DILE dans le bureau du Guichet Étudiant, ce que j’ai approuvé.
Mais à 16h04 précises (vidéo à l’appui), les forces de l’ordre sont arrivées par la cour intérieure du site Nation : casquées, en tenue anti-émeutes, bouclier à la main, et pour certains, matraque dans l’autre. Ils ont pris position dans l’ouverture des portes donnant sur le hall. Cette situation a fortement tendu l’ambiance.
Avec ma collègue du Guichet Étudiant, nous avons décidé d’évacuer le hall pour rejoindre le bureau du Guichet Étudiant : nous nous sommes dirigés vers les CRS qui bloquaient l’accès vers la cour intérieure, en montrant nos cartes professionnelles. Nous nous sommes heurtés à un NON, avec plusieurs signes de tête nous intimant de dégager.
Les conditions de travail n’étaient alors plus du tout sécurisantes pour ma collègue et moi, ainsi que pour les autres collègues présent·es (BSN notamment, qui ont dû se réfugier dans l’enceinte de la BSN) :
Entreprise extérieure présente (Police), susceptible d’aggraver les risques existants ;
Pas de communication sur l’intervention des forces de l’ordre, pas de déclenchement de l’alarme incendie qui aurait pu permettre une évacuation d’une grande partie des personnels, étudiants, enseignants, avant toute intervention ;
Pas de libre circulation des personnes, causant une perte de repères, la sensation d’être coincés sur le lieu de travail/d’études, aussi bien contre des personnes mobilisées que contre des étudiants sortant de cours/de la bibliothèque et contre des personnels qui travaillaient
Entrave d’une partie des cheminements d’évacuation : risque de blessures en cas de besoin d’évacuation, voire de mortalité s’il y avait eu un incendie au même moment
Risques d’aggravation des Troubles Musculo Squelettiques, causés par les postures sur poste de travail normal, aggravées par la situation de stress, de tension musculaire, en raison de la présence des Forces de l’Ordre.
Risque chimique, en raison de l’équipement en gaz lacrymogène et en grenades des Forces de l’Ordre. Bien que mes équipes et moi n’ayons pas été directement exposés à ce risque, il existait néanmoins durant notre présence dans le hall, et nous avons appris dans la soirée que des collègues et étudiants y avaient été exposés, posant la question de la santé et de la sécurité au travail
Risque biologique, en raison d’une présence anormalement élevée de personnes dans le hall, sous la contrainte des forces de l’ordre
Risque lié au bruit, qui était déjà présent avant l’arrivée des forces de l’ordre (ce qui a été la principale raison pour laquelle j’ai libéré mes équipes à 15h35). Ce risque a été fortement accentué par l’arrivée des forces de l’ordre, qui ont été huées et ont provoqué des chants bien plus soutenus (je précise que les étudiants sont restés pacifistes, sans violences)
Risque de chutes, face à la foule contenue dans un espace restreint. Des collègues m’ont également informé que des charges de CRS ont eu lieu devant le bâtiment D, envers des étudiants qui sortaient de cours et de la BSN, et qui ont été obligés de se réfugier dans les services situés au RDC du bâtiment D.
Risque lié aux déplacements, puisque ma collègue et moi-même avons été obligés de prendre l’ascenseur pour monter au 5e, redescendre par le bâtiment C, afin d’accéder à la cour intérieure
Risque électrique lié à l’utilisation forcée des ascenseurs
Risque lié aux environnements de travail : le hall étant devenu un espace confiné, il n’apportait plus du tout la sensation d’ouverture conférant de la sécurité à mes équipes pour évacuer en cas de problèmes.
Risque incendie et explosion, lié aux armes lourdes des CRS (notamment grenades), dont on ne pouvait pas prévoir l’utilisation et sa temporalité
Risque lié à l’organisation du travail : aucune communication n’a eu lieu sur l’intervention des forces de l’ordre, sur la conduite à tenir. La demande d’évacuation a été faite par une redescente d’information via les directions, et non par un mail à l’ensemble du personnel. Pour la DEVU, la demande d’évacuation a été relayée par la Directrice à 16h32, soit près de 30 min après l’entrée des forces de l’ordre. Les conséquences néfastes sur les agents de ces 30 minutes sans instructions sont importantes.
Risque lié aux polyexpositions : le risque était présent dans le hall, en présence des forces de l’ordre, notamment sur les expositions aux bruits et au risque chimique.
Risques psychosociaux : probablement la plus grosse conséquence pour mes équipes. Être confronté à des policiers sur son lieu de travail n’est pas rassurant, mais encore moins lorsqu’ils sont armés et équipés comme pour faire la guerre. L’effet de surprise, par absence de communication de la Présidence et de la Direction Générale, ajoute un gros stress, surtout au vu de l’actualité très défavorable à la Police. L’impact psychologique est très fort, et mes équipes m’ont signifié leur colère, leur angoisse. J’ai moi-même été très impacté par cette présence policière, par le fait d’avoir été congédié comme si j’avais fait quelque chose de mal. J’étais inquiet pour mes agents, pour le matériel, pour les étudiants et les collègues présents dans le Hall. J’appréhende particulièrement le retour sur site, notamment que cette mise en insécurité puisse se reproduire. Je ne savais même pas si je pourrais récupérer mes effets personnels. Cette situation a réveillé mon anxiété et m’a généré un gros stress.
Risques liés au télétravail : la fermeture du site Nation engendre une mise au télétravail obligatoire pour les personnels, y compris ceux qui n’en disposent pas habituellement, sans inquiétude sur les risques engendrés à leur domicile, et qui s’ajoutent à la présente liste : risques électriques si les installations ne sont pas conformes à la norme NF-C15-100, risques RPS / environnement de travail, risques de TMS, risque de travailleur isolé (chutes, incendies, malaises, ...). Ce risque est encore plus important pour les étudiants sous contrat, qui n’ont pas les réflexes professionnels nécessaires en cas de problèmes, et qui ne bénéficient pas des mêmes dispositifs que les personnels (pas d’accueil des nouveaux arrivants, pas d’identification du fonctionnement de l’université et de ses services, pas ou peu d’identification des bons personnels d’aide : assistante sociale, médecine de prévention, ...).
Je trouve cette situation absolument anormale, contraire à l’intérêt de la sécurité des biens, des personnels et des étudiants. Cette intervention engendre une instabilité politique, créant de l’inquiétude, mais aussi une situation de télétravail imposée, et exposant particulièrement les contrats étudiants et les personnels précaires.
Je me suis personnellement senti responsable vis à vis de mes équipes, bien qu’en total désaccord avec le recours à la force armée, ce qui m’a placé dans une position extrêmement inconfortable. Je me suis également senti très abandonné par la Présidence, la DGS, la DRH et ma direction, qui n’avait également aucune instruction.
Cette gestion de crise a été chaotique, totalement disproportionnée, et engendre 5 jours de fermeture totale alors que tout ceci aurait pu être évité.
J’appréhende vraiment, pour le bien-être de mes équipes et pour notre sérénité au travail, le retour lundi 12 octobre sur site, n’ayant plus la garantie que notre employeur puisse assurer notre protection.

Personnel 7

Présent sur le campus ce lundi 5 octobre 2026 et alerté du fait que les forces de l’ordre avaient pénétré dans l’établissement, je suis aussitôt descendu dans le hall, craignant des débordements et d’éventuels blessés. Avec trois collègues rencontrés sur place, je me suis posté face à la ligne de CRS qui empêchait les étudiant·es d’accéder à la cour, afin de m’interposer en cas de confrontation. J’espérais dissuader les policiers d’employer la force contre des étudiant·es tout à fait pacifiques, qui se contentaient d’entonner des chants et de scander des slogans de contestation. Nous avons été encerclés sans consigne claire ; on demandait aux étudiant·es de sortir, mais nous étions pris entre deux lignes d’agents en armure et gilet pare-balles, casqués, cagoulés, pistolet à la ceinture, munis de boucliers dont ils se servaient pour déplacer les étudiant·es en les invectivant. Nous avons finalement été évacués avec brutalité, poussés et bousculés à coups de bouclier. J’ai défendu aux fonctionnaires de police de me toucher et exigé qu’ils me parlent correctement, mais j’ai vu et entendu la violence avec laquelle les étudiant·es ont été traité·es, frappé·es, agrippé·es, traîné·es au sol par les bras ou par le cou.

Personnel 8

[...] et je voulais témoigner de ce qui s’est passé. On a demandé au personnel d’évacuer alors que les CRS étaient déjà dans le bâtiment, mais aucune consigne n’avait été donnée aux enseignants et aux étudiants qui étaient encore en cours. On quittait donc le bâtiment en les laissant à l’intérieur, sans qu’ils sachent ce qui se passait. Je suis finalement remontée au quatrième étage du bâtiment C pour prévenir moi-même les étudiants et leur prof pour leur dire d’évacuer. Ça a dû être assez violent pour eux. J’ai trouvé cette situation totalement inadmissible. Ils ont été mis en danger alors que externes au mouvement. A titre personnel, je suis traumatisée, la vision des crs en train d’évoluer dans la cour depuis la passerelle me hante, entendre leurs bottes dans l’escalier, la peur de ce qui allait arriver aux étudiants… J’étais à l’ag puis dans les couloirs je n’ai à aucun moment senti de danger venant des étudiants, le danger est venu de l’arrivée des CRS. Je suis descendue une première fois juste avant que les crs rentrent et la présidence savait ce qui allait arriver c’était palpable, mon fils qui travaille là aussi dans un autre service, on lui avait dit de partir car sinon il serait en danger mais on n’a rien fait… Désolée, un peu décousu, mais je suis encore dans la sidération.

Personnel 9

Enseignante chercheuse, j’ai fini mes cours à 15h et le temps de discuter avec collègues / étudiants et personnels administratifs de mon département, je suis descendue dans le hall vers 15h40. Il y avait des étudiants mobilisés mais calmes. J’ai entendu des appels à faciliter le déplacement des personnes en situation de handicap de la part des étudiants mobilisés. Bref, rien de violent ou de dangereux. Des tables et chaises avaient été empilées près des portes mais j’ai pu sortir sans problème. En sortant dans la rue- il devait être 15h45 - j’ai vu une colonne de CRS en ’poste’ à l’angle de la rue Fabre d’Eglantine, je pensais qu’ils étaient "en observation" au cas où ça déraperait. Je n’imaginais pas qu’ils s’apprêtaient à entrer dans le campus étant donné que le hall que je venais de traverser n’évoquait pas du tout une situation dangereuse ou explosive et rien ne semblait justifier une intervention. La stupeur a été grande lorsque j’ai appris qu’ils avaient pénétré dans l’enceinte de l’université et plus grande encore quand j’ai compris qu’ils avaient fait preuve de violence auprès des étudiants/ personnels de l’université

Personnel 10

Le 6 octobre 2026, je me trouvais sur le campus Nation. Vers 16h j’ai appris que les policiers arrivaient. Je me suis rendue avec des collègues sur la passerelle du 5ème étage, entre le bâtiment A et le bâtiment B. On a effectivement vu les policiers se préparer à entrer et d’autres déjà dans la cour. Je suis alors descendue dans le hall avec deux collègues pour voir comment ça allait en bas. Nous sommes tombés nez à nez avec les policiers et des étudiant∙es en panique. J’ai pris en charge une étudiante en crise d’angoisse puis suis redescendue. J’ai fait le tour pour voir s’il y avait d’autres blessés ou personnes en
détresse. Je suis arrivée vers la BU et j’ai vu une personne blessée, j’ai appris après qu’il s’agissait d’un camarade syndiqué de la DNUM. Des étudiant∙es et deux camarades de la CGT l’aidaient. Au même moment, les policiers essayaient d’entrer et poussaient violemment les étudiant∙es avec leurs boucliers, certains semblaient prêts à dégainer gazeuse, matraque, etc. Les étudiant∙es tentaient de les en empêcher. Je suis montée dans la salle des enseignant∙es de mon département pour aller chercher une trousse à pharmacie et suis redescendue par l’ascenseur côté BU. A ce moment-là, j’ai senti les
gazs lacrymogènes. Nous étions plusieurs à aider le collègue blessé. Je ne voulais pas rester seule alors je suis remontée avec lui et d’autres au 5ème, où nous avons vu des collègues qui cherchaient à sortir, deux des collègues qui étaient en bas avec moi les ont accompagné∙es. De mon côté, je suis redescendue avec la trousse à pharmacie au cas où et me suis trouvée dans la nasse. J’ai vu les flics entrer par la porte principale en jetant le mobilier. Chaque chaise et chaque table était jetée avec une violence effrayante. Il y a eu un mouvement de foule, les étudiant∙es syndiqué∙es ont géré la situation avec calme en appelant à se déplacer sans courir et à rester loin des policiers. Les étudiant∙es
chantaient et scandaient des slogans. Les flics devant nous souriaient en coin. Ils étaient pour la plupart cagoulés, RIO masqués et caméra éteintes. On les a vus se préparer, enfiler des gants coqués notamment. On nous a averti qu’on pouvait sortir tranquillement par la porte principale, où se trouvaient d’autres flics. On était pris en étau, nassé∙es sans réelle issue puisque les flics étaient aussi dehors. Rapidement, toutes les lignes de flics se sont rapprochés de nous, matraques sorties, nous entassant et nous forçant à sortir d’une façon extrêmement violente. Je les ai vus tirer des étudiant∙es, les traîner au sol et les frapper. Une fois dehors, j’ai croisé un étudiant que je connais, son sac à dos avait été déchiré par les flics. Je me suis ensuite souvenue que toutes mes affaires étaient restées au bureau.
Quand j’ai voulu passer avec ma carte professionnelle, plusieurs flics m’ont dit « trop tard, fallait y penser avant » ou « bah fallait pas descendre ». J’ai dû aller négocier avec le chef de la sécu côté de la rue Picpus pour avoir le droit de rentrer. J’ai dû montrer ma carte, il a indiqué au DGS de quelle UFR j’étais. Je ne sais pas si mon nom a été noté. J’ai peur que ça soit le cas et des éventuelles conséquences, étant actuellement en CDD à l’université. J’ai ensuite été escortée jusqu’au bureau. Je suis rentrée tremblante, choquée de ce qui venait de se passer. Fatiguée aussi, et dans un état de dissociation important.
Le lendemain, après avoir assisté à l’AG des personnels, j’ai fait une crise d’angoisse. J’ai appelé ma thérapeute en pleurs, des fourmis dans les mains et dans les pieds, au point qu’au bout d’un moment je ne pouvais plus les bouger.

Personnel 11

Je souhaite évoquer ici les faits qui se sont déroulés sur le campus Nation entre midi et 16h30 le lundi 5 octobre. Et ce que j’ai ressenti lors de cet après-midi.
Une AG a été organisée le lundi à midi dans le théâtre de verdure avec des membres du personnels et des étudiants. J’y suis passée et j’ai pu constater que le climat était calme, pacifique, axé sur l’échange. Aucune trace d’agressivité.
Je suis retournée dans mon bureau du bâtiment D. J’entendais de mon bureau des acclamations et des applaudissements. Je suis retournée vers 15h vers le théâtre de verdure. J’ai pu voir qu’une foule était rassemblée dans le hall d’entrée et que les grilles étaient en partie fermées. Je suis restée quelques minutes et à aucun moment je n’ai ressenti la moindre agressivité ou la moindre crainte face aux étudiants. Un étudiant avec un mégaphone appelait à rester calme. Un blocage semble avoir été décidé à ce moment-là et nous avons pu voir que des étudiants déplaçaient des tables, chaises vers les grilles extérieures. Encore à ce moment-là, aucune agressivité, je n’ai ressenti aucune crainte. J’ai croisé un certain nombre de collègues qui se demandaient ce qui arrivait, qui attendaient aussi un message éventuel de la Présidence, mais aucun d’entre eux n’avaient l’air spécialement inquiets par la situation.
Je suis ensuite retournée vers le bâtiment D où des tables et chaises avaient déjà été installées devant les grilles sur les bords du bâtiment. J’ai vu arriver des CRS qui commençaient à installer devant les grilles, côté rue. Certains étudiants ont commencé à montrer des signes d’angoisse. Avec des collègues du bâtiment D, nous les avons rassurés en leur disant qu’ils étaient à l’abri au sein de l’université, et en leur expliquant que les CRS ne pouvaient pas entrer sans l’autorisation du Président, qu’il n’y avait aucun signe d’agressivité de leur part et donc qu’ils resteraient à l’extérieur.
5/10 minutes plus tard, nous avons vu approcher les CRS qui arrivaient de l’arrière du campus. Certains étudiants, très inquiets, se sont mis à courir et certains se sont réfugiés dans le hall du bâtiment D. Avec 1 autre collègue, nous sommes restés auprès de ces étudiants et avons essayé de les rassurer. A ce moment-là, des CRS sont apparus derrière nous, ils arrivaient de la porte de secours, à côté du SAC. Les étudiants ont voulu sortir, mais d’autres CRS se sont postés devant la porte principale du bâtiment D et leur ont interdit de sortir. Nous nous sommes retrouvés pris entre deux groupes de CRS, à attendre. Une étudiante a éclaté en sanglots. J’ai dû demander l’autorisation à un CRS de l’emmener aux toilettes où elle m’a demandé de rester avec elle car elle avait très peur (se sont ses mots).
Cette situation a duré une bonne vingtaine de minutes. Un collègue a demandé quelle était la situation, s’ils comptaient nous garder longtemps, aucune réponse en face. Et toujours aucune communication de la Présidence (je regardais régulièrement mes mails sur mon téléphone).
Ils ont fini par faire sortir les étudiants, et les ont évacués par la rue de Picpus. Avec mon collègue de la DEVU, nous sommes remontés dans nos bureaux. A ce moment là, il devait être aux alentours de 16h30, la directrice nous a indiqué que le campus était évacué, qu’il fallait récupérer nos affaires et sortir. Et toujours aucune communication directe venant de l’université. Nous avons fait le tour des bureaux pour nous assurer que tout le monde sortait.
En sortant, nous avons pu constater qu’un certain nombre d’étudiants étaient bloqués (nassés) vers la grille d’accès des pompiers, derrière l’entrée de la DBU. Les étudiants chantaient et claquaient dans leur main. Uniquement. AUCUNE VIOLENCE ! J’ai des vidéos pour l’attester.
Et face à cette situation inédite dans une université où je travaille depuis plus de 10 ans, qui a pourtant connu un certain nombre de blocage, aucune communication officielle de la part de l’université, une incompréhension et une sidération complète devant cette situation.
Et à aucun moment je n’ai vu de membre de l’équipe présidentielle et de la direction de l’université venir discuter avec les étudiants et les personnels, les rassurer, engager le dialogue.
J’éprouve une grande honte de me dire que nos étudiants et les personnels de l’université ne sont pas en sécurité au sein même de leur université.
Trois jours après l’intrusion (sur décision du Président) des CRS dans notre université, quelles sont les conséquences ?
Je constate, sur moi comme sur une partie des personnes de mon équipes ou auprès d’autres collègues, la persistance d’une anxiété importante, une sensation d’insécurité, une perte de repère professionnels (une perte de sens de nos missions au quotidien : accompagner les étudiants dans leur vie au sein du campus, dans leur réussite, dans un climat bienveillant et sécurisant), une incompréhension face à cette situation et la façon dont elle a été gérée, de la colère aussi.
Après cette situation qui entraîne une dégradation du climat au travail et une surcharge émotionnelle, il est absolument nécessaire d’accompagner au quotidien les collègues désorientés et impactés par ces événements.
Il y a clairement un sentiment d’abandon institutionnel, d’une incompréhension face aux décisions de la Présidence et de son équipe, avec une remise en cause de cette franchise universitaire, d’autant plus importante dans le climat actuel.
Je travaille depuis plus de 10 ans à l’Université Sorbonne Nouvelle. Nous avons vécu plusieurs blocages et jamais je n’ai vu la police être autorisée à entrer sur le campus, encore moins à peine une heure après la fin d’une AG qui s’était déroulée sans agressivité et dans le dialogue.
Je reste à ce jour très fébrile, avec la boule au ventre et une anxiété qui dure, un état de stress permanent. J’ai vécu cette situation comme une vraie intrusion dans un endroit, mon lieu de travail, où je me sentais en sécurité jusqu’ici. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les images qui ont circulé sur les réseaux et via divers médias ont montré des CRS qui étaient agressifs, y compris envers des collègues qui s’interposaient pour essayer de calmer la situation en montrant leur badge professionnel.
J’ai été particulièrement choquée par des images montrant notre DGS, derrière les CRS qui faisaient face à nos collègues et nos étudiants. Il aurait dû, à mon sens, être de l’autre côté du cordon, à discuter avec les étudiants.
Comment, dans ces conditions, réussir à continuer d’accompagner nos étudiants en leur assurant de notre bienveillance et de notre soutien ?
Je souhaiterais qu’un message officiel propose un accompagnement psychologique ou de soutien à l’ensemble du personnel et des étudiants.
Je souhaiterais une clarification, une communication sur les conditions de recours aux forces de l’ordre armées au sein de notre université.
Je souhaiterais que l’on puisse de nouveau organiser des espaces d’échanges et de concertation pour répondre aux inquiétudes légitimes des personnels, sans crainte d’une intervention extérieure.
Je souhaiterais que notre université redevienne un lieu d’échanges avec les étudiants.
Cette situation est, à mon sens, complètement anormale. J’ai fait des études d’histoire et j’ai appris à cette occasion le principe de franchise universitaire qui remonte au 13ème siècle. Franchise qui avait pour objectif de protéger les universités et leurs étudiants du pouvoir royal ou municipal. Un principe entré dans le code de l’éducation. Je n’ai plus ce sentiment de protection aujourd’hui.
Une université de Sciences humaines et sociales ne devrait pas en arriver à cette situation d’absence complète de dialogue social, un sentiment de répression avant même toute possibilité de discussion. Et une situation où, pour bon nombre de collègues, nous ne nous sentons plus en sécurité sur notre lieu de travail.
J’écris ces mots avec énormément de tristesse et d’inquiétude sur ce que cela annonce dans les prochains mois.