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lundi 12 octobre 2026

Blog de la CGT FERC Sup Paris3

Témoignages d’étudiant·es de l’université Sorbonne Nouvelle suite à l’intervention policière du 5 octobre 2026

Les témoignages ci-dessous ont été anonymisés. A ce stade, on a fait le choix de ne pas publier les vidéos et les photos qui les complètent faute d’avoir l’autorisation des personnes reconnaissables sur et sans avoir les moyens humains de les flouter.

Ces témoignages (une partie seulement de ce que nous avons reçu) montrent la violence de l’intervention policière et les ressentis des étudiant·es. Ils contredisent les affirmations de la présidence sur la violence présumée des étudiant·es ou lycéen·es présent·es au moment de l’intervention policière et ils remettent en cause le déroulé des faits décrit par l’administration.


Etudiant·e 1

Je suis sorti vers 15h35 pour aller aux toilettes et boire de l’eau et j’ai compris qu’il allait y avoir une sorte de blocus, mais pour l’instant tout était calme. Je suis retourné en cours puis mon cours s’est fini à 16h. J’entendais que ça commençait à s’agiter dehors. Au moment où je suis sorti de ma salle, j’ai entendu des étudiant·es crier : "Y’a les CRS ! Y’a les CRS !". Je tourne ma tête vers la gauche et il y avait une grille. Derrière la grille, une horde de CRS amoncelés, prêts à charger. Heureusement que la grille était fermée. A ce moment-là j’ai eu très très peur et je me suis mis à courir vers la sortie. Comme beaucoup d’autres étudiant·es. Je me suis retrouvé dehors devant la fac et je pensais être sorti d’affaire, sauf que je me suis rendu compte que nous étions nasser par les CRS et qu’il nous était impossible de partir. À ce moment j’ai commencé à vraiment paniquer, je me disais qu’à n’importe quel moment, ils pouvaient nous resserrer, nous gazer, nous frapper, nous tirer dessus. Je me suis rendu compte que j’étais tremblant et que je n’arrivais pas à le contrôler. Heureusement, une autre étudiante m’est venue en aide et m’a rassuré. Puis, un étudiant est venu vers nous en nous faisant savoir qu’il était atteint d’une maladie neurologique et qu’il devait rentrer chez lui pour prendre ses médicaments. Nous l’avons aidé à se mettre en sécurité, assis sur un banc. J’ai été choqué du fait que même pour cette raison, les CRS ont refusé de l’évacuer. Sans compter celleux qui étaient en état de panique... À un moment, une ouverture s’est présentée et je ne me suis pas posé de question, je suis parti le plus vite possible pour me mettre à l’abri. Un CRS juste à côté de moi a hurlé "ATTENTION ÇA SENT LE FEU LÀ". Je peux attester que ça ne sentait ABSOLUMENT PAS le feu. Mais alors vraiment pas. Comme je ne pouvais pas récupérer mon vélo (qui était dans le garage vélo étudiant de la fac, je n’ai pas pu y accéder car les CRS bloquaient son entrée) je suis rentré chez moi à pied (je n’ai pas de pass navigo). Sur le chemin, à peine 5 min après être parti, j’ai vu des camions du SAMU aller en direction de la fac. J’ai commencé à angoisser très fort et j’ai envoyé des messages à mes ami·es qui étaient resté·es là bas. À ce moment, je ne pensais pas que les CRS allaient entrer dans la fac, je leur ai donc dit de se mettre à l’abri dans des salles. Mais visiblement, même dans les salles on est plus en sécurité...

Etudiant·e 2

[...] Lors de la venue des CRS, je n’avais pas cours, mais j’avais cours après ; j’étais donc dans le hall. Un étudiant nous a prévenus que les CRS arrivaient. Moi, j’étais sous le choc, je ne comprenais pas la venue des CRS dans l’établissement. Ils sont arrivés par la porte du CROUS et ils ont commencé à nous rabattre vers le hall d’entrée. À ce moment-là, nous avons décidé, mes camarades et moi, de monter au premier étage, puis au deuxième étage. On a attendu dans le couloir et on s’est enfermés dans notre salle de TD où nous avions cours après.
J’ai donc passé très peu de temps avec les CRS avant de m’enfermer dans la salle, mais j’ai constaté qu’ils nous ont poussé violemment. J’ai moi-même été poussé dans le dos. Par ailleurs, un de mes camarades a été tiré par le bras ; un autre a également été tiré par le bras, puis a reçu un coup sur la tempe, ce qui n’est pas du tout normal et m’a beaucoup choqué. J’ai vu sur certains CRS leur numéro RIO, et pour d’autres, ils ne l’avaient pas, chose que vous avez vous-même constatée.

Etudiant·e 3

[...] Je n’avais pas cours lundi, mais j’étais présente pour l’assemblée générale qui a eu lieu. Vers 15h45, mon amie et moi nous sommes dirigés vers la cafétéria. Nous n’avions pas vocation à faire le blocage pour l’instant, mais juste à regarder ce qu’il se passait pour s’informer. Nous nous tenions près du grillage quand des CRS encore à l’extérieur ont commencé à nous filmer et nous prendre en photo. D’un seul coup, une vingtaine de CRS ont pénétré dans la cour, ils nous ont nassé. Nous sommes restés environ 20 minutes en plein soleil à ne pas pouvoir partir. J’étais en première ligne, le CRS était à quelques centimètres de moi, je ne pouvais pas bouger. Un étudiant juste derrière moi a commencé à se plaindre du fait que nous devions attendre en plein soleil, et que ce n’était pas normal. Ce à quoi l’agent a répondu. « Arrête de faire ta famlette » Ils nous ont après poussé de force vers la sortie pour nous mettre devant la fac. Nous ne pouvions toujours pas partir, donc nous avons décidé avec mon amie de retourner dans le hall en se disant que nous serions plus en sécurité ici. Mais quelques minutes après, les CRS sont arrivés dans le hall en poussant violemment, les tables et les chaises. Nous avons réussi à entrer dans la BÛ pour ne pas se faire nasser ici aussi.

Etudiant·e 4

[...] En sortant, j’ai vu le meeting en cours et tout était très calme, pas de cris, pas de bruits, je pouvais à peine les entendre en haut, près des portes du bâtiment A. Ils étaient tous très polis pour prendre en considération les cours qui se déroulaient encore. Je ne suis pas resté mais en voyant les vidéos et témoignages en ligne, je suis absolument dégouté par l’appel du CRS par le président, sachant très bien que l’université est supposée être un endroit de sécurité et d’apprentissage. La violence n’a pas lieu dans la fac, et l’aura jamais. Il prétend dire dans le mail qu’il a envoyé le 5 octobre à 20:00, que "plusieurs centaines de personnes extérieures" étaient présentes à l’AG. Comment pourrait-il avoir plusieurs centaines de personnes extérieures entrées alors que, de base, il y avait au maximum 100-200 personnes au meeting ? Il dit aussi que les CRS étaient appelés pour faire évacuer les étudiants et personnels. Les vidéos et témoignages prouvent autrement avec les étudiants en pleurs et le personnel qui s’est fait tirer dessus après avoir été insulté par un des dizaines de policiers en armures. Ces actions sont-elles celles qui devraient être prises par des agents dites "de l’ordre" ? Les étudiants et personnels de l’université ne sont pas des casseurs, je peux dire avec toute confiance qu’ils sont contre la violence. Le même ne pourrait être dit pour les autorités, cela est clair.

Etudiant·e 5

[...]. Lors de l’arrivée des CRS sur le campus, j’étais dans la BU avec plusieurs ami·es, nous n’avons rien entendu alors que nous étions dans la BU. J’avais un cours qui commençait à 16h et en descendant nous avons constaté qu’il était impossible de sortir de la BU. A ce moment il y avait des tables et des chaises empilées afin de bloquer l’entrée. Nous avons vu depuis le hall de la BU les CRS forcer l’entrée en cassant plusieurs chaises. Le personnel de la BU nous appelait au calme, à ne pas tous rester dans le hall et à monter dans les étages. Je les voyais dépassés par la situation. J’ai eu à plusieurs reprises eu peur qu’une chaise jetée brise la baie vitrée à l’entrée de la BU, ce qui aurait blessé de nombreuses personnes avec les éclats de verre. Chaque fois que quelqu’un ouvrait une porte de la BU cela faisait grimper mon stress. Nous avons entendu que les policiers avaient utilisé des gaz lacrymogènes, potentiellement dans le hall, donc en intérieur, ce qui est beaucoup plus dangereux. Je tremblais, je voulais désespérément rester proche de mes amis. Ne me sentant vraiment pas en sécurité dans le hall depuis l’arrivée des CRS je suis plutôt resté dans l’espace cafétéria de la BU où au moins on ne les voyait pas. Nous avons reçu plusieurs informations contradictoires sur s’il était possible de sortir de la BU ou non. J’ai entendu quelqu’un au téléphone parler d’étudiants blessés à cause du mobilier jeté violemment par les forces de l’ordre, visiblement essayant de les rejoindre ou de leur faire parvenir de l’aide. Après quelques dizaines de minutes nous avons pu sortir par la sortie de secours. Je n’ai pas réfléchi à deux fois avant de partir, nous sommes restés groupés avec mes amis et nous avons pris un grand détour en sortant. Cela n’est pas lié à l’USN mais j’étais également choqué de voir des enfants de l’école primaire située à côté avec leurs parents devoir marcher dans la rue au milieu des camions et des policiers. Je tiens à remercier le personnel de la bibliothèque qui a fait tout son possible pour que la situation ne dégénère pas. La police n’est à ma connaissance pas rentrée dans la BU et le personnel nous a permis d’évacuer en sécurité.

Etudiant·e 6

J’étais bloquée à l’intérieur de la faculté avec d’autres étudiants, dans le hall. À un moment, les CRS ont commencé à faire sortir les étudiants présents.
L’un d’eux s’est approché de moi en me disant de « dégager ». J’ai refusé et j’ai reculé. Il m’a alors saisi fermement par les bras et m’a tiré vers le sol, en essayant de me faire sortir de force. J’ai instinctivement utilisé mes pieds pour tenter de freiner, mais je me suis retrouvé au sol quelques secondes plus tard.
Trois CRS se sont alors rapprochés pour continuer à me traîner vers la sortie. Ils ont cependant cessé lorsque des étudiantes présentes sont venues m’aider à me relever.
Le CRS qui m’avait saisi s’est ensuite adressé aux étudiantes en leur disant : "Allez, prenez votre pote et cassez-vous."

Etudiant·e 7

C’était honnêtement complètement lunaire. On s’est réunis en AG dans l’amphithéâtre extérieur, il y avait plus de 500 personnes (strictement des étudiants) et la direction n’aimait tellement pas ça qu’ils ont commencé à fermer les portes de l’université pour empêcher plus d’étudiants de rejoindre.
Un groupe d’entre nous est allé, sans blesser qui que ce soit, les forcer à garder les portes ouvertes et notamment faire entrer trois représentants des lycéens, deux membres des syndicats et un indépendant venu aider.
La responsable de la sécu de l’accueil s’est jetée en plein milieu du mouvement et a tenté de fermer des portes sur ceux qui les tenaient, en narguant et sans s’inquiéter de les blesser. On a réussi à ne même pas la blesser dans le mouvement de foule.
L’AG a fini par voter l’occupation et l’organisation de cours libres (pas bloquage, on a gardé des axes ouverts pour que les gens puissent aller et venir au niveau de l’entrée principale même si on a bloqué les entrées secondaires).
En réponse, la présidence a prétexté des personnels blessés (il y en avait pas, la plus bousculée n’avait même pas de bleu) et du matériel dégradé (pas non plus, on a été bien soigneux avec le matériel, on se bat pour en avoir plus, pas moins) pour envoyer les CRS.
Ils ont pénétré par le CROUS, qui était verrouillé et qu’on n’avait pas pu bloquer. Ils nous ont nassés dans le hall d’entrée. Les membres du personnel qui ont voulu s’interposer pour nous protéger ont été battus (au sang, pour certains), ont reçu de la bombe au poivre dans les yeux.
Ils ont nassé tout le monde, y compris les étudiants qui étaient juste en cours à la base, pendant 2h totales dans le hall d’entrée puis ont forcé tout le monde à sortir en battant ceux qui étaient un peu trop lents à leur goût et arrachant les voiles de plusieurs filles.
Ils nous ont nassé pendant 2h de plus à l’extérieur avec un périmètre de sécurité de plusieurs rues et nous ont sortis que par tous petits groupes sur la fin.

Etudiant·e 8

Bonjour,
J’étais à la SN hier, je n’ai pas de vidéo mais j’ai été témoin d’un jeune qui s’est fait poursuivre et attrapé violemment par les CRS alors qu’il essayait de monter l’escalier du batiment B.

Etudiant·e 9

Jean Zay, le grand-père du président de notre faculté, disait : « Les écoles doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ». Son petit-fils, Daniel Mouchard feu Zay, semble avoir oublié l’importance des mots proférés par son aïeul.
Sorti de cours aux alentours de 16h30 lundi, je me retrouve face au hall de ma faculté encerclé de CRS, ces derniers bloquant l’entrée et la sortie de l’établissement. Quelques-uns de mes amis se trouvaient parmi les quelques centaines d’étudiants « enfermés ». Je me suis approché. Les « forces de l’ordre » étant loin d’être coopératives, je n’ai été en mesure que d’interpeller certains camarades au loin afin de vérifier qu’ils se portaient bien, qu’ils n’avaient pas trop chaud ou trop soif - ils avaient trop chaud et soif, leur faire passer de l’eau n’était pas autorisé. Un mot est ressorti sans perdre de son souffle tout au long de cet après-midi où le temple qu’est censé représenter la fac s’est vu pour le moins désacralisé : « absurde ». Ce à quoi nous assistions était absurde. Le dialogue était impossible, mes camarades parqués dans leur propre université comme du bétail. La situation s’est empirée, la nasse s’est refermée sur eux et ils ont été expulsés dans la rue où la nasse a perduré. Les choses ont dégénéré de mon côté. Nous n’étions qu’une vingtaine ou trentaine, restés en soutien. Les CRS ont déferlé sur nous par dizaines. Nous n’étions plus qu’une vingtaine ou trentaine. Une première personne, assise, inoffensive, a été attrapée, soulevée et jetée par terre. Une deuxième, une troisième. Moi et quelques autres reculions, acculés, des hordes de CRS continuant de se précipiter sur nous. Absurde, nous étions en cours. Nous avons été guidés par ces même CRS à l’extérieur du bâtiment. Je faisais partie des derniers à sortir, les agents ont successivement rallumé leurs caméras, me laissant sidéré face à des paroles comme : « qu’on fasse pas comme à Toulouse ». Qu’ils ne soient pas assez bêtes pour s’incriminer eux-même, mais assez pour tabasser des étudiants pacifistes et pris au piège.
Comment revenir étudier dans cet établissement se tenant fièrement sous le drapeau de valeurs « inclusives » lorsque son président lui-même aura été et sera toujours celui ayant demandé aux forces de l’ordre d’investir le lieu premier de la liberté d’expression, l’université ?

Etudiant·e 10

J’ai assisté à l’AG qui a débuté à midi et tout était très calme. Après l’AG, nous avons mis en place une occupation pacifique. Nous nous sommes séparés en plusieurs groupes pour l’organisation, la création de banderoles, etc. Rapidement, nous avons été informés de la présence des CRS. Nous bloquons les entrées avec des chaises et des tables, mais jusque-là, rien de violent.
Mais vers 15 h 30, présente dans le hall, je vois une foule d’étudiants courir vers le hall en criant « Y’a les CRS ! Y’a les CRS ! ». C’est à ce moment précis que nous nous sentions en situation de danger. Les CRS viennent par groupe, d’abord par la sortie située au niveau du CROUS, et se dirigent vers le hall. Puis un autre groupe de CRS, plus important en nombre, entre par l’entrée principale en jetant violemment les tables et les chaises et nous étions encerclés.Je tiens à préciser que, malgré leur présence et la peur des étudiant·es, professeur·es et personnels de l’université, nous étions resté·es calmes et en aucun cas nous n’avons été violent·es. J’ai des vidéos où l’on entend clairement des étudiant·es et professeur·es dire à d’autres de ne pas courir et de se regrouper calmement. Les CRS étaient dans le hall à 16 h et nous sommes restés ainsi jusqu’à 17 h 30.
À 17 h 30, les CRS resserrent la nasse et commencent à nous tirer violemment, à nous pousser, à nous frapper. Une étudiante derrière moi a crié qu’elle voulait sortir à un CRS, mais il lui a répondu que « c’était de sa faute ». L’un d’entre eux m’a violemment tirée par le bras, puis l’un de ses collègues m’a violemment poussée avec son bouclier. En sortant, j’ai vu deux étudiants au sol et quatre CRS au-dessus, les aplatissant avec leur bouclier. Ce genre de violence est inadmissible dans un établissement universitaire.

Etudiant·e 11

Je suis doctorante contractuelle dans une autre université, je suis aussi vacataire dans diverses facultés parisiennes. Je travaille tous les jours à la BSN. Lundi je suis passé à côté de l’AG pour aller manger au crous personnel puis je suis retourné dans la BU. J’étais en train de travailler quand j’ai entendu par les fenêtres des étudiant-es qui criaient en disant "il y a la police dans la fac". Je suis descendue pour voir ce qu’il se passait. J’ai demandé à sortir de la BU pour aller dans le hall avec les autres étudiant-es quand j’ai compris que le directeur de l’université avait appelé la police et donc rompu le principe de franchise universitaire, je l’ai fait par solidarité car je crois profondément à ce principe. Notamment parce que quand j’étais moi même étudiante en 2018 et que je me mobilisais contre la loi ORE c’était totalement inacceptable qu’un président d’université appelle la police pour réprimer ces étudiant-es. J’étais déjà indignée par l’intervention policière en arrivant et presque 10 minutes plus tard je vois les voit "intervenir" en matraquant au hasard dans la foule. Après ça avec mes amis nous avons décidé de rester avec les étudiant-es car nous trouvions ça totalement intolérable ce qu’il venait de se passer. Nous nous sommes rapidement fait nasser, cela a durer 1 heure, jusqu’à ce qu’ils viennent tous nous chercher un par un pour nous pousser de forcer de notre faculté. A ce moment là, l’amie avec laquelle j’étais a pris un coup de poing avec un gant coqué en plein visage, cela lui a ouvert la lèvre, elle saignait. Cette scène m’a ulcéré, je n’arrêtait pas de leur répéter "regarder ce que vous avez fait, c’est inacceptable ce que vous faîtes, violenter c’est notre fac on a le droit d’être ici". Jusqu’au moment où ils m’ont pris pour m’entrainer vers la sortie, il était deux policiers sur moi, ils m’ont fait tombé à terre volontairement, ensuite je n’arrivais pas à me relever, ils ont donc commencé à me traîner, un des policiers m’a pincé très fort à plusieurs reprises aux côtes, et les deux m’insultaient en continue : "alors connasse", "là tu fais moins la maligne salope", "relève toi et vite sinon on te défonce".
Je suis sortie en pleurant, je me suis sentie humiliée. Pendant plusieurs jours je sentais encore leurs mains sur moi. J’ai encore des douleurs dans tout le dos et à la cage thoracique. J’en fais des cauchemars, dès que je ferme les yeux je les vois et je suis en état d’hypervigilance constant.

Etudiant·e 12

J’ai assisté à l’AG puis je suis allée en cours à 14h. Vers 16h, nous étions, avec mes ami·es, les dernier·es à sortir de la salle. Nous avons vu des CRS nous courir dessus. Effrayé·es et encore proche de la porte, nous avons dans un mouvement de recul, commencé à recentrer dans la salle de cours quand un CRS m’a attrapé le bras et m’a forcé à avancer dans le hall. Comme beaucoup d’autres de mes camarades, je n’ai pas pu sortir du hall avant 1h-1h20 je dirai. La plupart de mes ami·es ont réussi à sortir avant, lorsque nous nous sommes séparé·es en passant par les étages mais ce n’était pas mon cas. J’étais pendant la nasse collée à des crs qui se moquaient de nous en disant "ils mélangent tout" (après des chants et des slogans), "ils parlent de la Palestine ça n’a rien à voir" "ils sont influencé·es" "ils font ça pour les vus sur les réseaux sociaux", ce qui est pour moi de la provocation, ils étaient clairement dans une position de domination et ne nous pouvions rien répondre. Ensuite, ils ont commencé à vouloir nous faire sortir du bâtiment avec violence. Nous avons été poussé·es, d’autres ont été traîné, tiré par les cheveux, mis à terre. Une personne à côté de moi a été soulevée puis projetée au sol. Cette personne nous a d’ailleurs signifié après qu’un policier l’avait traité·e de "chienne enragée". J’ai vu une autre se faire pousser au sol contre les portiques automatiques, sauf que coincée, elle ne pouvait pas se relever. Après tout ça, nous nous sommes retrouvé·es une nouvelle fois encerclé·es par les CRS et autres devant la fac sur le trottoir. Je me suis vraiment sentie comme une prisonnière car nous pouvions voir des deux côtés de la rue, deux autres groupes d’élèves eux aussi contenus par les policiers. Il a fallu attendre l’arrivée de Louis Boyard pour que le premier cercle formé par les CRS soit dissous. Toutefois ça ne s’arrête pas là, le cercle des policiers a juste été élargi, on a pu retrouver nos camarades des deux autres groupes. Je sais que nous étions aussi plusieurs à avoir soif, car c’est éprouvant et ça faisait depuis 16h qu’on était retenu·es. C’est encore une fois les élus qui sont parti·es nous acheter à boire. Impatient·es de sortir, nous avons tenté de savoir auprès des policiers quand nous pourrions partir, et là, nous nous sommes juste confronté·es à des murs et à de grands manques de respect, mais bon, est-ce étonnant ? Personnellement j’ai du attendre 19h20 pour sortir pseudo escortée par ces mêmes policiers. Nous sommes jeudi et je suis toujours autant choquée. Le lundi soir j’étais dans une forme de déni et de déréalisation, mais maintenant la colère est bien plus que présente. Subir ces violences alors que pour la plupart nous étions en cours, et que les autres étaient non violents c’est révoltant. Honte à la présidence et à ceux qui ont approuvé l’appel des CRS. Oui car j’aimerai aussi préciser que lorsque nous étions nassé·es et poussé·es contre les murs, une dame de l’administration dont je ne connais pas le nom, est passée par deux fois tranquillement à côté de nous se chercher un café, les CRS la laissait passer. Si ça ce n’est pas une honte, une façon de nous narguer et un tel niveau de je m’enfoutisme de savoir que mes étudiants sont en train de se faire violenter, peut-être que c’était justifié selon elle ? Alors c’est d’autant plus grave car cette personne a pu voir de ses propres yeux ce que nous étions en train de vivre mais elle restait, au mieux indifférente, au pire contente de ça.

Témoignages UNEF instagram

Bonjour, concernant P3, j’étais dehors encerclé par les CRS et la BRAV M qui nous ont séparés en deux groupes puis s’en allait, pour nous faire avancer et revenait pour nous encercler et nous serrer davantage. Deux filles avaient leur sacs avec clés/téléphone dans l’université, Louis Boyard a dû négocier un certain temps pour qu’elles puissent le récupérer, les forces de l’ordre étaient d’ailleurs selon elles très froids
Pour ce qu’il s’est passé dans la fac, quelqu’un qui travaillait ici s’est fait frappé, a dit qu’il travaillait ici et un agent de la BRAV M a dit "je m’en bas les couilles" avant de lui faire violence
Une fille a été prise par 4 agents de la BRAV m / crs a eu sa jupe soulevée
Une fille s’est faite dévoilée
Une fille a été portée/soulevée par le vagin. Évidemment une fois dehors ils souhaitent ou riaient quand une personne victime en parlait sur le mégaphone" "Bonjour ! A vrai dire, moi, ça va, j’ai eu la chance d’être dehors pile au moment où les gens se sont fait violenté à l’intérieur, c’était pire qu’à l’extérieur, même si on a été séparé de force
La situation était assez stressante par contre surtout en tant que personne racisée, le fait d’être tous uni et de gerer ca en bloc était rassurant

Témoignage d’une lectrice de la bibliothèque

Je ne suis pas inscrite à la fac mais inscrite comme visiteuse à la BSN et je viens y travailler de temps en temps. J’y suis arrivée lundi après midi en y rejoignant mes 2 amis qui sortaient du crous. Il y avait au même moment l’AG en cours, nous sommes passés puis montés à la BU. 30min plus tard nous avons entendu qu’un blocage de la fac était en cours.
Encore assez peu de temps après, nous avons entendu que la police était là. J’étais très choquée d’apprendre ça, d’autant que le blocage venait de commencer très peu de temps avant et n’avait même pas l’air d’entraver le fonctionnement de la fac.
J’étais choquée qu’ils soient appelés si vite, et surtout qu’il soient appelés tout court, sans quoi ils n’auraient pas du être à l’intérieur de la fac. Nous avons décidé de descendre pour venir en solidarité aux personnes qui se mobilisaient, on a tenté de nous empêcher de sortir de la BU, comme si il était soit dangereux d’aller dans le hall - à cause de la police ! - soit parce qu’on devrait nous empêcher de participer à un groupe rassemblé dans le hall de la fac ? Ça n’avait pas de sens.
Mon amie a expliqué qu’il était hors de question que nous restions là empêchés derrière les portes, et nous avons pu rejoindre les étudiants dans le hall en solidarité. Peu de temps après, les policiers présent dans le hall et dans la cour nous ont encerclés et rassemblé une nasse autour de nous. Avant ça, 3-4 policiers ont chargé arbitrairement un petit groupe dans la nasse avec leur matraque.
Plusieurs policiers entonnaient nos slogans en riant. Ils étaient extrêmement nombreux dans ce hall de fac, ça n’avait pas de sens. Puis ils ont décidé de venir nous séparer pour nous faire sortir. Alors que nous nous tenions avec un étudiant devant moi, un des policiers face à moi m’a mis un coup de poing au visage avec son gant coqué. J’ai été très choquée et abasourdie, je ne comprenais pas ce qu’il venait de se passer, ça m’a tout de suite fait très mal, j’ai essayé de contenir mes larmes à cause du choc, j’ai senti que je saignais à la bouche, j’avais mal au nez et a la pommette.
J’essayais de me calmer car nous étions toujours nassés et brutalisés, mais j’étais très choquée et j’avais peur. Après mon amie s’est fait attraper et jeter au sol, ça m’a mise hors de moi, je leur ai crié de la lâcher. Malgré la colère et la sidération je savais que m’énerver ne ferait qu’aggraver la situation. C’était violent et humiliant de devoir subir ça en silence. Un des policiers est revenu face à moi, et m’a aussi jetée par terre en se couchant sur moi. Il m’a pincée, serré très fort le bras gauche et tiré l’épaule droite vers l’arrière. Ils ont continué de me pousser à 3 jusqu’à dehors. Je suis sortie en pleurant et la bouche en sang. Je ne trouvais plus mes amis, je me sentais complément humiliée et désorientée. Les deux nuits suivantes c’était impossible pour moi de m’endormir plus de 20min sans me réveiller avec des images des policiers et de leurs violence. Je suis encore très angoissée et sidérée de ce qu’il s’est passé, la nuit suivante je me suis réveillée avec des douleurs à tout mon corps, aujourd’hui 4 jours plus tard j’ai encore une croûte sur ma lèvre inférieure, un bleu sur ma lèvre supérieure et 2 bleus au bras gauche, j’ai encore l’image du point dans un gant noir arriver sur mon visage, et leur bras sur moi à 3 pour me faire sortir qui reviennent souvent dans la journée.