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Blog de la CGT FERC Sup Paris3
Suite de l’intervention policière : communiqué "Quelle université voulons-nous ?"A la suite de la violente irruption policière du lundi 5 octobre, la Présidence a d’abord envoyé un communiqué justifiant celle-ci à l’aide d’une série de contre-vérités, pour le dire poliment : pas de centaines de personnes extérieures, pas de bousculade avant l’intervention des forces dites de l’ordre, pas de risque d’une grille qui tomberait, nous tenons tous les témoignages nécessaires à la disposition de celles et ceux que cela intéresse. Ces fausses nouvelles sont en ce moment même encore diffusées par des membres de l’équipe présidentielle (“plusieurs centaines de personnes extérieures à l’établissement (dont un nombre important de personnes mineures) ont pénétré sur le campus”, “risque de chute d’une grille à l’entrée du campus”), en complète contradiction avec la déontologie universitaire, qui n’autorise pas les faits alternatifs. Et bien sûr des dégâts extrêmement mineurs (un peu de mobilier, inventaire à faire, pas toujours cassé par les "casseurs" d’ailleurs...), là encore nous en avons les preuves visuelles.
La Présidence a ensuite fait machine arrière, annonçant "remettre son mandat en jeu", ce qui en pratique revient à demander un CA majoritairement acquis à sa cause de voter une confiance qui lui sera fort probablement accordée. Notons que ce deuxième communiqué ne contenait ni excuses ni explications en direction de la communauté universitaire au sens large, même si sa seule existence prouvait que la Présidence a bien conscience de l’étendue de son discrédit. Il a pourtant fallu attendre aujourd’hui pour un timide début de mea culpa ; encore est-il limité, puisque la Présidence maintient qu’elle avait peu de marges de manœuvres. Quant au CA de ce matin, d’abord censé se tenir en distanciel, puis passé en présentiel à notre demande, puis repassé en distanciel (la veille à 18h50 !) après ce bref épisode d’acceptation du dialogue direct, il ne satisfait aucune des conditions permettant ledit dialogue. En particulier nos demandes d’invitations de témoins directs des événements et de report du CA pour permettre ces invitations sont restées lettre morte. Nous n’y participerons donc pas, d’autant moins qu’une bonne partie des membres du CA ont annoncé dès hier leur volonté de maintenir leur confiance à la Présidence, avant même tout débat sur ce qui s’est passé..
C’est faux. Ce discours renvoie au récit imaginaire concocté par les responsables sur place, entièrement dépassés par les événements, et qui ont invoqué des violences inexistantes, des risques sortis de nulle part, des responsables étudiants dépassés alors qu’ils ne l’étaient nullement, et des bousculades qui ont effectivement eu lieu uniquement après l’irruption des forces dites “de l’ordre”. Ces inventions, inacceptables politiquement (et déontologiquement — nous sommes tout de même des universitaires !) ont continué à être diffusées avec constance depuis mardi, et le communiqué de l’équipe présidentielle de jeudi soir n’indique aucun changement de direction ; il est d’ailleurs particulièrement choquant de voir des responsables se plaindre d’attaques personnelles alors qu’ils n’ont pas hésité à imputer toute la semaine des actes violents et/ou dangereux à des étudiantes et étudiants qui n’en avaient commis aucun. Pour notre part, nous maintenons que leur aveuglement et leur impéritie ont créé une situation désastreuse lundi, sans aucun effort de leur part pour contenir les brutalités policières, et regrettons qu’ils fassent preuve du même aveuglement en tentant de se justifier après coup. Plus largement, tant que la Présidence s’entêtera à valider un récit clairement mensonger des événements, le point de vue syndical est qu’aucun dialogue n’est plus possible.
Mais au-delà de cette manœuvre politicienne, il y a une série de questions de principes dont notre communauté aurait dû se saisir pour en débattre avant tout CA, même si la fermeture administrative de l’Université, là encore injustifiée et que nous envisageons d’attaquer au tribunal, rendait ce débat difficile. La tenue d’un CA, à distance et sans participation étudiante (ce qui fait que nous n’y participerons pas non plus) rend ce débat plus urgent encore Commençons par la question la plus épineuse, la combinaison AG/blocage. Et d’abord, il faut préciser qu’une AG de plusieurs centaines de participantes et participants dans un bâtiment dans lequel se trouvent au maximum quelques milliers de personnes n’est pas une minuscule minorité agissante, comme il est trop souvent affirmé. Une AG est ouverte par principe, vient qui veut, et l’absence de participation ne donne pas automatiquement droit d’ignorer celle-ci à partir du moment où nous parlons d’une proportion importante des personnels et des usagères et usagers.
Mais qu’en est-il d’une AG qui lance un blocage, formellement un outil de protestation interdit ? Le problème, et nous l’avons soulevé à maintes reprises, est qu’une protestation qui, par définition, ne dérange personne n’aura aucun effet autre que symbolique. Interdire toute protestation en-dehors de limites strictes qui assurent que personne, et surtout pas l’institution, ne se verra dans l’obligation d’interrompre la routine quotidienne revient en réalité à stériliser l’action politique. Ne restent plus pour cette action que des débats dans les conseils centraux qui, vote après vote, prouvent qu’une majorité présidentielle soudée avec des représentantes et représentants qui votent avec constance tout ce qu’on leur demande (voir nos multiples communiqués sur les activités des conseils centraux) peut très bien rendre ces débats tout aussi improductifs qu’une protestation symbolique, on risque fort de l’observer encore ce vendredi.
Et c’est bien là l’objectif de celles et ceux qui nous gouvernent : pouvoir appliquer leur programme sans aucun obstacle, puisqu’elles et ils se disent les seuls à détenir la vérité et l’efficacité, croient-ils. La lutte contre toute forme de protestation dérangeante n’est qu’une des dimensions de l’érosion de la démocratie universitaire, reflet d’une érosion plus vaste de la démocratie tout court.
Mais même pour les collègues, et il y en a, qui estiment de bonne foi que la protestation doit rester strictement circonscrite aux cadres imposés, même si l’on espère, et c’est une position légitime, que la force de l’idée vraie peut changer à elle seule les choses, il reste la question de la réaction à ce qui est qualifié de "débordement".
Bizarrement, discuter et convaincre cessent alors d’être des options ; contrairement là encore aux affirmations mensongères des responsables sur place, aucune tentative de négociation avec les étudiant.e.s initiant le blocage du 5 octobre n’a eu lieu. Ces derniers se sont même enquis à un moment de la position de la Présidence, en demandant directement si celle-ci envisageait un recours aux forces de l’ordre ; ce qui aurait pu être le point de départ d’une sortie de crise sans violence a tourné court, les responsables fuyant physiquement le dialogue.
Est-il utile de rappeler qu’à ce stade, aucune violence n’avait été observée ? Que le Président n’avait pas daigné venir en personne essayer de résoudre la crise ? Il était pourtant prévisible, même pour des défenseurs de la levée du blocus par la force, que ne pas strictement encadrer l’intervention des forces "de l’ordre" qui sont désormais officiellement autorisées par leur Ministre à employer tous les moyens, même les plus brutaux, sans considération pour les citoyennes et citoyens qui les entourent et qu’ils sont pourtant censés servir, ne pouvait aboutir qu’à une situation violente, justement, et mettait en danger toutes les personnes présentes.
C’est ce qu’ont constaté dans leur chair des collègues tentant de faire ce que la Présidence et ses représentantes et représentants ne faisaient pas, maintenir le calme. Qui sont les irresponsables, ici ? Et si le résultat était de lever le blocage, constatons qu’il l’a au contraire renforcé, le rendant total aujourd’hui suite à la fermeture administrative décidée le 6 octobre et dont on ne sait combien de temps elle durera. Bizarrement là encore, les mêmes qui s’offusquent de voir des cours troublés quelques heures n’ont plus rien à dire quand des journées entières de fonctionnement disparaissent par la seule volonté présidentielle, à charge pour les équipes pédagogiques de bricoler des rattrapages comme elles peuvent.
Concluons. La Présidence, et sans doute nombre de collègues, veulent une Université qui marche au pas, une Université "apaisée" dans laquelle la protestation et la démocratie ne se manifestent que pour la forme, dans l’indifférence et la fuite. Car le lock-out d’aujourd’hui est une fuite devant le dialogue risqué, la confrontation compliquée, la discussion étendue à des positions extrêmes. Pourtant, c’est là à nos yeux la mission de l’Université : construire un dialogue aussi ouvert que possible, sans violence certes mais en prenant en compte toutes les positions, accepter le risque du débat, l’encourager même. Autoriser l’intervention policière dans les locaux de l’Université à peine plus d’une heure après le début d’un blocage (en l’état de la documentation actuellement réunie), blocage de plus partiel — il restait possible d’entrer et sortir… — ne nous semble pas relever de cette université-là, que nous voulons, mais d’une autre dont nous ne voulons pas.
Comme nous l’indiquions plus haut, il n’est pas possible à nos yeux d’engager un dialogue tant qu’un certain nombre de conditions ne seront pas remplies qui permettront de rétablir une confiance à l’heure actuelle détruite. La Présidence doit d’abord explicitement reconnaître que son communiqué du 5 octobre contenait des affirmations sans fondement, et qu’aucune violence en provenance des étudiants n’était à déplorer avant l’intervention des forces dites “de l’ordre”. Ensuite, nous demandons que l’ensemble de la communauté, à commencer bien sûr par le Conseil d’administration mais pas seulement, ait accès aux témoignages des personnes présentes, étudiantes et étudiants ainsi que personnels. Nous en avons compilé une série dont une bonne partie est d’ailleurs publique sur les réseaux sociaux. De manière moins immédiate, nous exigeons que les responsables du fiasco du 5 octobre abandonnent leurs fonctions ; l’étude précise de la chronologie des événements, que nous sommes également en train de compiler, permettra d’identifier lesdites responsabilités précisément.
Le premier point est particulièrement important. S’il s’agit d’entendre dérouler des alibis irrecevables, il est inutile d’échanger. Et il est également inutile de discuter hors de la présence des principales personnes intéressées, celles qui ont subi les attaques policières.
Plus largement, nous voulons rappeler qu’une série de décisions politiques désastreuses ont conduit notre Université dans cette impasse et nous attendons des décisions concrètes pour l’en sortir
La CGT Sorbonne nouvelle continuera de s’opposer à la politique menée par les gouvernements Macron et la Présidence de notre université (qui s’y est toujours pliée sans réactions concrètes) depuis longtemps.
Rappelons ici un certains nombre de nos revendications qui rejoignent celles des étudiant.es et des lycéen.nes :
Au niveau national, nous dénonçons la casse des services publics et de l’enseignement supérieur, nous réclamons la revalorisations immédiate du point d’indice de 10% et son indexation sur l’inflation, la titularisation des dizaines de milliers de non-titulaires sur fonctions pérennes ; le maintien des régimes de retraite des fonctionnaires (Code des pensions) en particulier le calcul sur les 6 derniers mois, avec le retour à la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités, sans décote ; la rénovation et la construction de locaux, pour l’augmentation des moyens humains et financiers ; la fin de parcoursup ; l’annulation du décret tristement nommé “Bienvenue en France” ; etc.
Au niveau de la Sorbonne Nouvelle : nous demandons la fin immédiate de l’application du décret “Bienvenue en France” ; la révocation du règlement intérieur récemment voté par un Conseil d’Administration que nous considérons désormais illégitime ; la fin du passage en distanciel de nombreux enseignements lié à l’exiguïté des locaux ; des solutions rapides face à ce manque criant d’espaces pourtant annoncé depuis l’élaboration des plans du nouveau campus Nation ; une campagne d’emploi permettant à notre université de mener correctement ses missions de service public ; la hausse de l’enveloppe destinée à la refonte du RIFSEEP (régime indemnitaire pour les personnels administratifs titulaires) à hauteur de 800000€ et l’alignement du régime indemnitaire des personnels non-titulaires sur celui des titulaires ; la fin du projet de non-exonération des frais d’inscriptions pour les doctorant.es contractuel.les ; la mise en place des congés hormonaux ; etc.
Nous estimons qu’un retour à un “dialogue social” serein ne pourra être envisagé avec une nouvelle direction que sur la base de discussions et d’avancées concrètes sur ces revendications.
Enfin, nous attendons d’une nouvelle équipe présidentielle une attitude en conformité avec les traditions universitaires, défendant les libertés publiques, apportant conseils, aide et accompagnement aux mouvements sociaux, en particulier ceux issus de la jeunesse, et exprimant clairement son rejet de l’autoritarisme, du racisme et du sexisme.
Comme mentionné plus haut, nous avions obtenu mercredi matin que le CA extraordinaire convoqué par la vice-présidente au CA se déroule en présentiel alors que la présidence avait choisi de le tenir initialement en visioconférence. Nous avons été informé hier jeudi à 18h50 que la présidence déclare ne pas être en mesure de tenir ce CA extraordinaire en présentiel. Nous avons donc demandé à ce que celui-ci soit reprogrammé urgemment en présentiel pour permettre un échange nécessaire, direct et franc avec l’équipe présidentielle, incluant des témoins directs de la journée de lundi en-dehors de ladite équipe..
Ce report n’ayant pas été accepté dans les conditions demandées, nous informons la communauté universitaire de ce refus et avons décidé de ne pas siéger au CA extraordinaire en visioconférence maintenu ce vendredi matin.