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Blog de la CGT FERC Sup Paris3
Nous refusons le passage en distanciel qui est mis au vote au Conseil Académique du 30 octobre 2026Nous refusons le passage en distanciel qui est mis au vote au Conseil Académique. Nous refusons son principe et nous le refusons sous toutes ses formes, car il nous semble profondément délétère sur le plan pédagogique, social et politique.
Ces dernières semaines, toutes les AG qui se sont tenues, qu’il s’agisse des personnels ou des étudiant·es, se sont à chaque fois prononcées fermement contre le distanciel. On peut constater, au vu des discussions menées durant ces AG, que bon nombre de collègues se refuseront à assurer un enseignement à distance, au besoin en se mettant en grève. Le succès des cours libres durant la mobilisation laisse penser que beaucoup d’enseignant·es peuvent se tourner vers cette solution. Au lieu de pousser à une pseudo-continuité pédagogique dégradée, il s’agirait plutôt de mettre en place un vrai dialogue avec les étudiant·es et le personnel, afin de surmonter cette profonde déchirure et de permettre un retour sur le campus.
Le distanciel ne peut se substituer au présentiel : de nombreux cours ne peuvent se tenir à distance (ateliers, TP, LANSAD...), et en ce qui concerne les cours "classiques" (TD ou CM), nous sommes nombreux et nombreuses à mettre en œuvre des modalités pédagogiques impliquant la présence physique des étudiant·es : utilisation de l’espace de classe, activités pédagogiques impliquant un travail oral et écrit synchrone et avec supports matériels, relectures croisées, débats, jeux de rôles... Ces cours sont prêts, et ont été préparés ainsi pour des raisons précises. L’argument de la "continuité pédagogique" est fallacieux ; le passage en distanciel est par définition une rupture pédagogique.
Faire un cours ne consiste pas uniquement à rédiger un discours que l’on va délivrer ex cathedra ; chaque cours met en œuvre un scénario pédagogique en fonction d’un contexte et d’un public précis. Nous ne disposons pas de notes linéaires toutes faites et utilisables en l’état mais employons un assemblage de questionnements, de matériaux, de consignes, d’éléments de synthèse, le tout mis en action par nous, qui, face aux étudiant·es, adaptons en fonction des réactions de notre auditoire. Mis en ligne tel quel sur iCampus, ce matériel pédagogique n’aurait aucun sens. Le distanciel entre aussi en opposition avec tout fonctionnement collectif d’équipe pédagogique, du fait de l’inaccessibilité de facto des lieux de sociabilité et d’échange permettant à ces équipes de fonctionner - l’isolement devant une visioconférence ne constituant pas un équivalent à des échanges en présentiel.
Le distanciel favorise également l’usage massif de l’IA en lieu et place de la relation pédagogique et de la co-construction avec les étudiant·es. Nous avons d’ailleurs renoncé, pour beaucoup, à demander des travaux réalisés à la maison pour penser de nouvelles approches. Or il est documenté que le recours à l’IA par les étudiant·es est d’autant plus fort qu’ils sont en situation de stress - inutile ici d’insister sur l’anxiété actuellement ressentie par nos étudiant·es. Entériner un enseignement en distanciel va donc nous confronter à une production massive de travaux faits par l’IA. Enseignant·es et et étudiant·es méritent mieux que des cours qui tourneraient à vide à partir de productions générées par ChatGPT. A noter également que cela nous expose, nous enseignant·es, à un risque majeur en termes de propriété intellectuelle, nos supports de cours risquant d’être massivement livrés à l’IA.
Tout le monde ne bénéficie pas du même accès au numérique, qu’il s’agisse du matériel informatique ou d’une connexion internet. Un nombre important de nos étudiant·es n’ont que leur téléphone pour accéder à iCampus et à leurs mails, et ne disposent pas d’accès Wi-Fi à domicile. Du côté des doctorant·es, chargé·es de cours et ATER, tous et toutes utilisent leur matériel personnel pour travailler, matériel nécessairement limité par la situation de précarité de nombre d’entre elles et eux. Les confinements lors de la période du COVID ont conduit à constater que travailler à domicile nécessite une connexion internet stable et un espace de travail aménagé pour. Or nombreux·ses sont les d’étudiant·es et enseignant·es qui ne bénéficient pas de ces conditions. Le passage en distanciel représente donc une grave rupture d’égalité pour elles et eux.
Par ailleurs, préparer des enseignements à distance est extrêmement chronophage et requiert une formation spécifique qui ne sera pas assurée par les ingénieur·es pédagogiques, en particulier car l’équipe d’APP fonctionne en ce moment avec 3 collègues sur 5 et ne peut donc pas gérer la surcharge de travail associée. De plus, la facilité d’ajustement du contenu pédagogique du présentiel vers le distanciel varie fortement selon les disciplines. Ces différences creuseront forcément les inégalités entre les enseignant·es, notamment en termes de volume de travail à fournir pour adapter leurs enseignements. Pour toutes ces raisons, il sera impossible de fournir du contenu pédagogique de qualité en quelques jours.
Notons également qu’en temps "normal", les cours de FAD sont davantage rémunérés, ce qui témoigne de la reconnaissance par l’USN du travail associé à la préparation de ces cours. L’absence de rémunération et la surcharge de travail nécessaire à l’adaptation de nos contenus d’enseignement sont profondément injustes pour tous et toutes, mais le seront particulièrement pour les chargé·es de cours vacataires, dont le paiement repose uniquement sur l’heure d’enseignement effective.
Pour les personnels BIATSS de l’université, un passage en distanciel signifie aussi un basculement en télétravail, débouchant sur les mêmes problématiques déjà citées plus haut. À cet égard, nous sommes pleinement en accord avec les revendications des personnels BIATSS qui s’opposent à la fermeture de l’université et à la mise en télétravail forcée.
Par ailleurs, l’enseignement en distanciel et le confinement à domicile comportent un risque accru d’aggraver la santé mentale, déjà fragile, des étudiant·es et des enseignant·es, leur santé physique et leur situation de précarité. (Pour la période du COVID-19, l’INSERM a constaté une hausse de 10 points d’étudiant·es présentant des symptômes dépressifs, liée autant à l’isolement social qu’à la précarité.) L’accès au CROUS est primordial voire vital pour un grand nombre de personnels et d’étudiant·es. Fermer l’université est un danger pour celles et ceux qui comptent sur le restaurant universitaire pour manger un repas complet et équilibré.
- il contribue à la destruction de l’université comme lieu de liberté intellectuelle et pédagogique, faisant pression sur celles et ceux, tant parmi les étudiant·es que les personnels, qui souhaiteraient participer à tout mouvement désapprouvé par les gouvernances universitaires ou par le gouvernement en place ;
- il entre en contradiction complète avec le principe de liberté pédagogique et académique, débouchant souvent sur une surveillance et un contrôle des enseignant·es les plus précaires (Qui poste du contenu sur iCampus ? qui ne poste pas ? Quel est ce contenu ?). Iels se retrouveront accusé·es de "pénaliser leurs étudiant·es" s’iels refusent le distanciel ou de ne pas leur inculquer un bon savoir.
Souhaite-t-on favoriser la répression systématique d’une mobilisation visant pourtant à exiger des meilleures conditions pour toutes et tous, et dont les revendications étaient d’ailleurs soutenues par la présidence dans ses derniers mails ? Les franchises universitaires ayant été malmenées ces dernières semaines, veut-on vraiment valider maintenant un mode d’enseignement délétère pour le fonctionnement collectif de notre communauté, de plus dans des termes qui ouvrent la porte à de graves dérives (des fermetures décidées à tout propos et hors de propos, au nom de la sécurité, à la moindre tentative de mobilisation ou de débat) ? Acceptera-t-on, à cet égard, de se trouver malencontreusement en plein accord avec les objectifs d’une extrême-droite aux portes du pouvoir ? L’impératif avancé de prétendue "continuité pédagogique" justifie-t-il les risques politiques encourus ?
Nous le disons avec force ; nous sommes très inquiets et inquiètes pour l’avenir. Au-delà de la séquence des événements récents qui nous a toutes et tous bousculés, notre inquiétude est aussi à moyen terme. Banaliser le passage au distanciel, c’est donner des arguments à celles et ceux qui détruisent l’université à coups de coupes budgétaires depuis des années. S’il est si facile de donner cours à distance, pourquoi continuer à investir pour un enseignement en présentiel de qualité ? L’université scie la branche sur laquelle elle est assise., en se faisant de surcroît le relais local d’une politique nationale qui incite au distanciel avec le même objectif de mise au pas, de même que les violences policières du 5 octobre reflètent celles qui ont eu lieu dans les rues depuis le début des protestations lycéennes.
Aucune raison valable ne permet d’anticiper une fermeture à la rentrée et un passage en distanciel.
Mais dans le cas où le mouvement se poursuivrait, il faudrait alors faire ce qui n’a pas été fait : négocier avec les personnes mobilisées et tout mettre en œuvre pour garder l’université ouverte, comme lieu de rassemblement, d’exercice de la citoyenneté, et de formation politique et intellectuelle, comme cela a pu se faire et se fait encore dans de nombreuses autres universités.
Pour toutes ces raisons, nous réitérons fermement notre refus du distanciel et appelons les membres du Conseil académique à voter contre le cadrage proposé. Nous encourageons aussi toutes les personnes ici présentes qui partagent nos positions à prendre part au débat. Nous pensons en particulier aux directeurs et directrices des départements qui se sont déjà mobilisés contre le distanciel durant les dernières semaines.