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Communiqués de la CGT FERC Sup Université Paris 8 (année 2025-2026).
Résolument antifascistes, hier comme aujourd’hui !Chères et chers collègues,
La séquence politique que nous vivons depuis le décès du militant néo-nazi Quentin Deranque est sidérante. Elle doit nous interroger et nous faire réagir.
À la CGT FERC Sup Université Paris 8, nous avons décidé de ne pas réagir à chaud, mais d’attendre d’avoir suffisamment d’éléments nécessaires à la compréhension et l’analyse des évènements, en particulier parce que ceux-ci sont survenus dans le contexte Lyonnais, connus pour être la capitale française des mouvements d’extrême droite ultra violents [1], et que les premiers narratifs repris en chœur dans les médias provenaient tous de ces groupes.
Nous le savons, les fascistes mentent, toujours. C’est établi désormais : il n’y a pas eu de coup de couteau, il n’y a pas eu de guet-apens contre le militant fasciste décédé (c’est même le contraire [2]), l’ex-militante de la Jeune Garde (organisation abusivement dissoute en 2025) jetée en pâture sur les réseaux et dans les médias n’était même pas en France au moment des faits [3], la victime n’était pas un « idéaliste timide et non-violent » puisqu’il était venu en groupe et armé avec un collectif fasciste ayant l’habitude de recourir à la violence dont il était l’un des fondateurs [4], etc. Le collectif identitaire Némésis qui est à l’origine des provocations en marge desquelles se sont déroulés les évènements du 12 février a même commencé à instrumentaliser le décès avant qu’il n’arrive… Les médias des milliardaires et de l’État, les politiques de droite, de la macronie, et jusqu’à la “gauche” rose pâle qui ont réagi à chaud sur la base de ces mensonges ont tous participé volontairement à la propagande fasciste ou sont tombés dans son piège, que ce soit par naïveté, par facilité, ou par pur électoralisme à l’approche des municipales. Nous vous invitons à ce sujet à lire l’analyse qu’en fait Frédéric Lordon [5].
Le gouvernement, par la voix du ministre de l’ESR, en a même profité pour tenter d’outrepasser la loi et d’interdire l’expression politique sur les campus universitaires. En tant que syndicat de l’ESR, nous sommes effaré·es de l’absence de réactions critiques face à cette attaque des libertés académiques.
À cause de cette légitimation de la parole fasciste, allée jusqu’à une écœurante minute de silence à l’Assemblée nationale en hommage à un néonazi, l’extrême droite partout en France est galvanisée et nous assistons à un déferlement d’attaques violentes… que ce soit contre des bars LGBT, des lieux de cultes juifs et musulmans, des permanences politiques (notamment de LFI, désignée unanimement « danger public » par l’ensemble de la classe médiatique et de la classe politique du PS et EELV au RN), ou des locaux syndicaux (notamment de nos camarades de Solidaires), c’est à coups de barres de fer, de casques, de chaînes de vélo, de couteaux, de matraques, de slogans racistes et d’inscriptions nazis que l’extrême droite se déchaîne ces derniers jours sur tout le territoire [6] ; sans compter les innombrables appels aux meurtres ou à « faire de nouveaux Clément Méric » (militant antifasciste tué en 2013 à Paris par un groupe de skinheads d’extrême droite nationaliste) sur les réseaux sociaux. Nous redoutons le pire, car nous savons que l’extrême droite tue régulièrement : rien que depuis 2022 en France, on compte au moins 13 assassinats dus à l’extrême droite, le dernier ayant eu lieu à Lyon il y a quelques semaines à peine [7].
Ainsi, si nous condamnons la violence, c’est avant tout celle de l’extrême droite, et non celle de l’autodéfense collective et populaire qui est malheureusement rendue nécessaire par la première. Le fascisme précède nécessairement l’antifascisme [8]. Nous refusons de nous laisser avoir par l’inversion morale du débat public qui consiste à rendre l’extrême droite fréquentable et à diaboliser toutes formes de luttes progressistes. Par définition, l’antifascisme se construit en réaction au fascisme, et seulement en cas d’inaction des pouvoirs publics face à celui-ci, ce qui est particulièrement le cas à Lyon [9]. C’est pourquoi jamais nous ne renverrons dos à dos le fascisme et l’antifascisme. En revanche, rien ne peut justifier de continuer de frapper une personne déjà à terre, car il ne s’agit plus alors de se défendre. Nous condamnons donc les agissements virilistes qui ont conduit au décès de Quentin Deranque, que nous déplorons. S’il est nécessaire de se donner les moyens de se défendre face aux violences fascistes, nous ne devons jamais oublier que nos moyens doivent rester alignés avec nos objectifs, et que nous ne pouvons donc pas nous abaisser à recourir aux pratiques de nos adversaires. Il s’agit selon nous d’une faute politique doublée d’une erreur stratégique, dont on constate désormais quotidiennement les effets malheureusement prévisibles et sur lesquels nous sommes déjà revenus plus haut.
La CGT est et restera une organisation antifasciste. La CGT vise à rassembler l’ensemble des travailleurs et travailleuses afin d’agir collectivement pour une société démocratique libérée de toutes formes d’exploitation et de domination. C’est cet objectif qui fait de la CGT une organisation nécessairement antiraciste, antipatriarcale, antivalidiste, écologiste, anticapitaliste, et donc, antifasciste. Car c’est bien la détérioration généralisée des conditions de travail et des conditions d’existence matérielles et environnementales qui font le lit du fascisme, ici comme dans le monde entier.
La résistance au fascisme n’est pas une histoire de gros bras, ce doit être l’affaire de tous et toutes. C’est pourquoi la véritable force de notre résistance au fascisme ne sera jamais la violence, elle doit venir d’une part de notre nombre et d’autre part de nos luttes sociales. Quand nous sommes uni·es et à l’offensive, l’extrême droite se tait, on l’a encore constaté lors de la dernière bataille pour nos retraites en 2023. Face au fascisme, nous devons faire masse. C’est pourquoi la CGT participe par exemple à l’association VISA [10] aux côtés d’autres organisations syndicales. Un VISA local dans le 93 a d’ailleurs été créé l’année dernière [11] et notre syndicat CGT FERC Sup Université Paris 8 est en lien direct avec celui-ci.
Ce n’est pas un hasard si VISA existe dorénavant en Seine-Saint-Denis. L’extrême droite devient une menace partout, y compris dans notre département qu’on pouvait jusqu’alors soupçonner d’être à l’abri de cette menace. Dans notre université aussi, malgré son histoire et son identité d’« université monde », l’extrême droite nous attend au tournant. L’année dernière, des organisations fascistes étudiantes sont venues à plusieurs reprises devant l’entrée pour tenter de provoquer nos étudiant·es. Lors des dernières élections au CROUS en janvier 2026, nous avons découvert avec stupeur la présence de trois étudiant·es de notre établissement sur des listes d’extrême droite. Qui sait ce qui nous attend à l’avenir, en particulier après l’horizon moribond qui se dessine pour 2027 ?
Le 20 février 2026,
La CGT FERC Sup Université Paris 8.
[1] Cf la compilation de reportage « L’extrême droite à Lyon : 15 ans d’impunités » sur Rue89Lyon : https://www.rue89lyon.fr/dossier/lyon-extreme-droite-15-ans-impunite/ ainsi que l’article « Mort de Quentin à Lyon : contre-enquête au cœur d’une ville gangrénée par la violence d’extrême-droite » paru sur Blast : https://www.blast-info.fr/articles/2026/mort-de-quentin-a-lyon-contre-enquete-au-coeur-dune-ville-gangrenee-par-la-violence-dextreme-droite-cUJK7uefSeWLXdew6Lkoyw
[2] Cf « Une vidéo inédite de la rixe précédant le lynchage du militant d’extrême droite » dans Le Canard Enchaîné : https://www.lecanardenchaine.fr/police-justice/53118-une-video-inedite-de-la-rixe-precedant-le-lynchage-du-militant-d-extreme-droite
[3] Cf « Une militante de la Jeune Garde accusée à tort d’avoir pris part à l’agression de Quentin Deranque » dans Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/france/180226/une-militante-de-la-jeune-garde-accusee-tort-d-avoir-pris-part-l-agression-de-quentin-deranque
[4] Cf l’article de StreetPress sur le groupuscule Allobroges : https://www.streetpress.com/sujet/1771336030-mort-quentin-deranque-qui-sont-allobroges-bourgoin-groupuscule-neofasciste-lyon-extreme-droite
[5] Cf le texte Les collaborateurs de Frédéric Lordon : https://blog.mondediplo.net/les-collaborateurs
[6] Cf l’article de Basta revenant sur les menaces et représailles de l’extrême droite : https://basta.media/Agression-menaces-et-calomnies-les-represailles-de-l-extreme-droite-apres-la-mort-de-Quentin-D et l’émission À l’air libre du 17/02/2026 sur les risques de diabolisation de l’antifascisme avec Ugo Palheta et Isabelle Sommier https://www.mediapart.fr/journal/politique/170226/l-antifascisme-risque-d-etre-diabolise
[7] Cf ce recensement incomplet des victimes de l’extrême droite par le média Contre-attaque : https://contre-attaque.net/2026/02/13/contre-le-narratif-victimaire-des-neofascistes-la-listes-des-victimes-de-lextreme-droite-depuis-2022/
[8] Nous vous invitons à écouter l’épisode du podcast Le Phil d’Actu qui revient sur la question de la violence avec la philosophe Elsa Dorlin : https://podcast.ausha.co/le-phil-d-actu-philosophie-et-actualite-2/mort-de-quentin-une-philosophie-de-la-violence
[9] Cf l’article « La mort de Quentin Deranque témoigne d’une grave défaillance de la puissance publique » paru dans Politis : https://www.politis.fr/articles/2026/02/la-mort-de-quentin-deranque-temoigne-dune-grave-defaillance-de-la-puissance-publique/
[10] VISA, Vigilances et Initiatives Syndicales Antifascistes : https://visa-isa.org/
[11] Nous vous invitons à ce sujet à écouter l’épisode du podcast Minuit dans le siècle intitulé « L’antifascisme est aussi un combat syndical » dans lequel notre camarade Kamel Brahmi, secrétaire de l’UD CGT 93, est interviewé par Ugo Palheta : https://spectremedia.org/podcast/lantifascisme-est-aussi-un-combat-syndical/?episode=2562