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Et si nous parlions de la fusion et de l’université unique

jeudi 10 octobre 2013

Le bureau du PRES s’est prononcé pour une université unique en 2016, fusion des 4 universités P3, P5, P7 et P13 (voir note SPC diffusée).
Ces 4 universités se fondront donc dans d’une superstructure multidisciplinaire (Médecine, Sciences, Lettres, …), mastodonte de 120 000 étudiants et 13550 personnels avec tous les problèmes que cela induit (éloignement de l’usager, dégradation de la qualité des services de proximité, perte de démocratie, mutualisations diverses pour réaliser des économies d’échelle sans forcément d’amélioration du service public afférent...)

D’autres choix sont possibles.

V
enez en discuter
le mardi 15/10 de 11h45 à 13h45
Amphi 7
- Campus de Villetaneuse

 

Quelques éléments de reflexion :

http://bordeaux3partages.over-blog.fr/pages/9_NON_a_la_fusion_depuis_AixMarseille-7089450.html

https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/loi-sur-l-enseignement-superieur-et-la-recherche-ces-universites-qui-ne-veulent-pas-faire-communaute.html

Strasbourg : l’université unique achève une année délicate

Publié le 15 janvier 2010, Modifié le 25 janvier 2010 Par Pascaline Marion , Théo Haberbusch


L’année 2010, année de la sérénité pour la toute jeune Université de Strasbourg ? Née de la fusion de trois établissements en janvier 2009, elle a vécu douze mois chargés, marqués par des tensions très fortes subies par les services centraux.

Même si l’engagement exceptionnel des personnels pour réussir la fusion est unanimement salué, la ferveur collective a laissé place à un sentiment plus mitigé.

Un immense besoin de parler. C’est ce qui frappe lorsque l’on est de retour sur l’esplanade de l’Université de Strasbourg (UdS), dix mois après la fusion des trois universités locales. Syndicalistes, membres des instances statutaires, cadres administratifs… de façon souvent désordonnée, ils énumèrent les difficultés – petites ou grandes – vécues au cours de cette année 2009. Ainsi en témoigne l’un deux, qui a préféré garder l’anonymat : « Depuis un an, l’université de Strasbourg bénéficie d’une image très positive, dans les médias, chez les décideurs du ministère. C’est d’autant plus difficile à accepter que cela ne correspond pas à ce que nous vivons. »

Un rapport d’audit, non publié mais que nous nous sommes procuré, mené par l’Association européenne des universités (EUA) fin 2008 et début 2009 jugeait normal que la fusion s’accompagne de « turbulences », mais pointait un « risque non négligeable de surchauffe et d’épuisement ». Et en voulait pour preuve des démissions intervenues dès l’automne 2008. Un échange de courriers électroniques d’octobre 2009 et que nous nous sommes procurés prouve que cette crainte est devenue réalité. Interpellée par des collaborateurs, Frédérique Granet, l’une des vice-présidentes de l’université, parle d’une « grande fatigue dans les services » et évoque des congés maladie. Dans ses vœux aux personnels, le président Alain Beretz reconnaît lui aussi que l’année écoulée a été « éprouvante ».

Même si l’engagement exceptionnel des personnels pour réussir la fusion est unanimement salué, même si personne ne remet en cause le processus en cours, il est évident que la ferveur collective a laissé place à un sentiment plus mitigé. Indice d’une saturation ou coïncidence malheureuse ? Certaines des personnes qui avaient été à la manœuvre l’an dernier pour mener à bien la fusion ont cette fois refusé de répondre à nos questions.

La fusion en même temps que l’autonomie

Le contraste avec l’enthousiasme de 2008 est frappant, mais ces tensions sont à la mesure du défi auquel sont confrontés l’université et ses dirigeants. Le pari était risqué : fusionner et passer à l’autonomie la même année, cela voulait aussi dire subir de façon décuplée les faiblesses de la loi LRU, qui n’a pas résolu le problème de la gouvernance des établissements et encore moins celle des plus grands d’entre eux. La tâche était donc immense, et les fusions récentes dans d’autres secteurs, publics et privés – comme l’ANPE et les Assedic ou encore les Banques populaires et les Caisses d’épargne –, montrent qu’il ne s’agit pas d’une promenade de santé… Bref, un véritable défi pour les managers, chargés de transformer l’essai, surtout si l’on y ajoute le mouvement de contestation national du printemps 2009.

Le chantier des compétences élargies a pourtant été mené avec succès, souligne Michel Deneken, premier vice-président et ancien de l’université Marc-Bloch : « Le 26 janvier, les 4 600 paies des personnels de l’université ont été versées, avec seulement six ratés ! » L’écueil potentiel le plus important du passage à l’autonomie a donc été évité, mais l’UdS a été au même moment confrontée à un porte-monnaie moins bien rempli que prévu. Alors qu’elle tablait initialement sur une progression de 15 % du budget entre 2008 et 2009, la hausse réelle serait plutôt de l’ordre de 4,4 % (1).

Les acquis de l’université unique
Un effet taille et une visibilité accrue.
Un ensemble pluridisciplinaire.
Un poids bien supérieur dans les relations avec les collectivités et les partenaires internationaux.
Le lancement d’une carte multiservice pour les étudiants, Mon Pass campus Alsace.
Un schéma directeur du numérique et une direction des usages du numérique.
Une seule unité budgétaire « recherche ».
Le renforcement du rôle du directeur d’unité, qui bénéficie d’une <délégation de signature plus large.
Un financement des unités de recherche fondé sur leur performance.
Une nouvelle charte du doctorat.

Or la fusion a engendré des chantiers et des coûts nouveaux. C’est le cas de l’harmonisation des régimes de primes, très différents d’une université à l’autre, et dont Alain Beretz a fait une de ses priorités. Le travail, énorme, se traduit par une hausse de 25 % de l’enveloppe allouée aux primes. « Au final, cette remise à plat pourrait représenter un surcoût de 600 000 euros », estime le président de l’UdS.

Ni Alain Beretz ni son secrétaire général, Jean Déroche, ne contestent les difficultés. Ils assurent néanmoins que les promesses seront tenues au fil du temps. Le président et son équipe font valoir que le chemin parcouru en quelques mois est considérable (lire encadré). « Les membres de la communauté universitaire ne parlent plus de leur ancien établissement », se réjouit Michel Deneken.

Le malaise des services centraux

Les difficultés strasbourgeoises ne sont pas, pour l’instant, liées à la résurgence des logiques facultaires, ni aux résistances des enseignants-chercheurs. Les témoignages recueillis font surtout état d’un malaise dans les services centraux. Fort logiquement dans une telle entreprise, ce sont les personnels ingénieurs et techniques qui font la grimace, surtout s’ils travaillent dans les services contraints de fusionner. Et, comme souvent dans l’université française, ce ne sont pas ceux à qui l’on prête l’attention la plus soutenue.

« Deux services restructurés sont dans le rouge, à savoir la direction des études et de la scolarité et la direction informatique, qui a enregistré de nombreux départs », explique Michael Gutnic, maître de conférences en mathématiques, élu au conseil d’administration pour la liste Agir ensemble pour une université démocratique (2). Alain Lithard, secrétaire départemental du SNPTES, confirme que son syndicat est intervenu pour « trouver une porte de sortie » à certains agents qui subissaient une forte pression et à qui il était demandé d’assurer des tâches pour lesquelles ils n’avaient pas été recrutés. N’hésitant pas à assimiler la situation strasbourgeoise à celle de France Télécom – une comparaison qui ulcère Alain Beretz –, cet élu au comité technique paritaire s’inquiète du « manque flagrant » de moyens alloués à la direction des ressources humaines, dont la tâche est « immense ».

Polémique autour du nouvel organigramme

C’est que la mise en place du nouvel organigramme n’a pas été sans mal. Même si Alain Beretz y voit une opportunité de mobilité pour les agents, la fusion signifie aussi, pour les fonctions de direction, la réduction du nombre de « chefs » de trois à un. « Pour les 120 postes à pourvoir au niveau des services centraux, les candidats ont été vus soit par le cabinet Deloitte pour les emplois de direction, soit par le DRH ou les secrétaires généraux pour les autres emplois », raconte Jean Déroche, ancien secrétaire général de l’université Louis-Pasteur, devenu celui de l’université unique. Mais l’intervention du cabinet privé, facturée 500 000 euros, ne fait pas l’unanimité chez les universitaires. En revanche, certains cadres critiquent durement la trop grande proximité entre Jean Déroche et le cabinet conseil, qui a été justement chargé de sélectionner le nouveau secrétaire général.

Désormais, Jean Déroche est seul aux commandes, secondé par deux adjoints venus d’établissements de petite taille, l’université de Haute-Alsace et l’Insa de Strasbourg. Le fait que les anciens secrétaires généraux, en particulier ceux de l’université Robert-Schuman et de l’IUFM, très actifs pour préparer la fusion, aient quitté l’établissement, ne passe pas bien non plus. « Dans toutes les universités qui passent à l’autonomie, on ressent un vrai problème de compétences, analyse Alain Lithard. Or, vu l’entreprise que représente la fusion à Strasbourg, il aurait fallu des gens à la hauteur des enjeux. Le secrétaire général actuel, malgré sa bonne volonté, ne devrait pas avoir à gérer seul cette tâche. »

Peu de recrutements extérieurs

Au-delà de ce cas particulier, plusieurs témoins estiment que ce ne sont pas les « meilleurs » qui ont été choisis pour assurer les fonctions de direction, mais que d’autres considérations ont parfois prévalu. À cet égard, le fait que très peu de recrutements de cadres aient été effectués à l’extérieur de l’université, sauf peut-être pour la valorisation, est éclairant : la création de la plus grande université française ne s’est pas accompagnée de l’apport de sang neuf.

L’université unique en chiffres
Environ 41 000 étudiants, dont :
- 10 700 en droit, économie, gestion ;
- 9 750 en SHS ;
- 5 170 en arts, lettres et langues ;
- 8 880 en sciences et technologies ;
- 6 270 en santé.
Environ 4 500 personnels permanents, dont :
- 2 500 enseignants et enseignants-chercheurs ;
- 1 800 personnels administratifs et techniques.

Pourtant, la tâche qui s’offre à ceux qui prennent la tête des services fusionnés est gigantesque : harmoniser le patchwork des pratiques et des modes de fonctionnement hérités des trois universités préexistantes. On touche peut-être là au cœur des tensions ressenties à Strasbourg. « Il n’y a eu aucun état des lieux des pratiques de gestion des uns et des autres. C’était pourtant un préalable indispensable », déplore un ancien cadre de l’UdS. Une critique contestée, mais du bout des lèvres, par Michel Deneken : « Nous n’avons pas comparé les pratiques pour prendre ensuite la meilleure méthode. C’est plutôt une forme d’alchimie qui opère. »

Et quand l’alchimie tarde à opérer, c’est justement là que le bât blesse. L’EUA a ainsi écrit que la réussite d’une fusion « se mesure à l’enracinement d’une culture organisationnelle, d’une fierté liée à la nouvelle appartenance ». Mais les experts européens ont prévenu : ces aspects ne sont pas automatiques, « ils sont souvent les écueils sur lesquels les projets de fusion se brisent ».

Un déficit d’écoute et de communication

Pour expliquer les difficultés actuelles, il faut se souvenir de la façon dont la fusion a été préparée. Se rappeler que le succès politique a été porté, depuis le début des années 2000, par les présidents successifs des trois universités strasbourgeoises. Souligner aussi que l’année 2007 a été marquée par un travail de concertation intense, afin d’aboutir à un projet d’établissement et à un contrat quadriennal unique. À l’époque, les présidents en place et leurs équipes avaient su tenir compte des particularités du monde universitaire pour conduire le changement.

Les enseignants-chercheurs et les personnels avaient dans un premier temps été largement associés : 400 personnes avaient pris part à la discussion, et la naissance de l’UdS s’était accompagnée de l’élaboration d’une soixantaine de projets académiques et administratifs. Une approche « bottom up » qui avait abouti à ce que l’assemblée des trois conseils des trois universités valide la fusion, le 26 février 2008.

Les dossiers qui doivent encore avancer
La mise en place des collegiums, censés assurer le lien entre le niveau central et les composantes.
Le PRES alsacien, avec l’université de Haute-Alsace, qui a du plomb dans l’aile : l’UdS plaide désormais pour la mise en place d’un cluster régional, plus souple.
La création d’une maison de l’étudiant, pour laquelle un chef de projet a été recruté.

Ensuite, la machine semble s’être progressivement enrayée. La campagne pour l’élection à la présidence a fait des dégâts. Le solide trio de présidents, composé d’Alain Beretz (Louis-Pasteur), de Bernard Michon (Marc-Bloch) et de Florence Benoît-Rohmer (Robert-Schuman), s’est effacé au profit du premier, seul candidat à la direction de l’université unique. Élu en décembre 2008, Alain Beretz, représentant des sciences « dures », s’est trouvé seul pour piloter une fusion avec les juristes et les humanistes. Il a dû composer avec la réalité universitaire et a nommé dix vice-présidents issus des trois anciennes universités. Au-delà des compromis politiques, ce qui semble avoir été perdu à cette époque, c’est aussi l’aspect participatif de la fusion. Et c’est l’EUA qui l’explique : « La volonté démocratique a été rattrapée par un déficit d’écoute, de communication et de dialogue avec les personnes de bonne volonté. »

(1) Le ministère lui a alloué 3,5 millions d’euros pour faciliter la fusion.
(2) Liste soutenue par le Snesup, le SNCS, la CGT et FO.

 

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