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vendredi 1er juillet 2022

Page web de la CGT FERC Sup MNHN

Médiateurs et médiatrices scientifiques en voie d’extinction !

Médiateurs et médiatrices scientifiques en voie d’extinction !

La CGT Muséum a la tristesse de voir partir toute l’équipe des médiateurs et médiatrices scientifiques pour laquelle la Direction n’a pas renouvelé les contrats arrivant à terme ce 30 juin. Leur mouvement de grève, soutenu par notre syndicat, a permis d’alerter les visiteurs et les collègues du MNHN sur leurs conditions précaires d’emploi. Conditions que la Direction refuse pour l’instant de faire évoluer, préférant virer toute l’équipe et pratiquer le turnover intégral. Nous saluons la détermination des médiateur.trices dans la lutte et nous dénonçons la Direction pour sa méthode radicale de gestion, laissant entendre également aux grévistes que leur action contribuait à ne pas les renouveler. Ainsi se comporte la Direction face à un mouvement social légitime, animé de façon joyeuse et enthousiaste par des jeunes salarié.es engagé.es. Pour qu’un tel gâchis ne se répète, soyons nombreux et nombreuses à nous organiser collectivement et syndicalement au sein de nos différents services et métiers !

Ci-dessous, le texte de l’équipe des médiateurs et médiatrices scientifiques, que nous avions diffusé le 10 juin dernier aux personnels du Muséum.

Nous, animateurs et animatrices scientifiques du MNHN, avons levé notre dernière grève le 24 avril. À quelques semaines de notre fin de contrat et de notre mise à la porte, il n’y a eu aucun changement !

Concernant nos propositions, la direction a clairement signifié qu’il n’y aurait aucune négociation possible. Elle n’a fourni aucune explication claire et se cantonne à la politique décidée en 2018, c’est-à-dire celle de ne pas pérenniser les animateurs scientifiques (alors que les postes en eux-mêmes sont permanents) et de leur proposer des contrats en CDD d’un an à 70 %.

Fin juin, les quatre derniers (et les plus anciens) animateurs seront remerciés, après des années passées à transmettre leur passion au public, plus de quinze ans pour les plus anciens. Sans aide ni valorisation, et seulement une vague proposition d’accompagnement pour leurs derniers mois (proposition n’ayant au final pas abouti). A cette date, les cinq “nouveaux” recrutés en juin 2021 seront déjà partis. Deux ont démissionné pour des projets qu’ils espéraient meilleurs au vu des conditions de travail au Muséum. Pour les trois autres, la direction a refusé de renouveler leurs contrats, même pour ceux qui le souhaitaient. Pourquoi se débarrasser d’animateurs formés et de surcroît plus que qualifiés pour le poste ?

Les derniers entretiens individuels ont apporté des éléments de réponse particulièrement édifiants qui suscitent eux-mêmes des interrogations. Une inadéquation entre la vision et les objectifs des responsables du service d’une part, et les remontées de terrain des animateurs d’autre part, aurait conduit à des problèmes de gestion, de manque de confiance, de défiance même, qui n’auraient pas permis à l’équipe de fonctionner convenablement.
Dans la réalité, là où des différences de vision devraient mener à des discussions et des adaptations pour construire mieux ensemble, nous nous sommes heurtés à des murs. Et plutôt que de remettre en cause sa politique de gestion des équipes et d’en assumer les conséquences désastreuses, la direction décide donc de faire reposer toute la responsabilité sur le dos des agents qui ont osé exprimer et partager leurs difficultés. Taisez donc ces problèmes que nous ne saurions voir !
Nos responsables ont aussi assumé leur volonté de faire table rase pour repartir “sur des bases saines” avec une nouvelle équipe. Mais ils semblent volontairement ignorer que les problèmes de gestion et de défiance cités ne sont pas apparus par mauvaise volonté soudaine de quatre agents présents depuis au moins cinq ans ou des animateurs recrutés il y a seulement quelques mois et très motivés en début de contrat. Si l’organisation et le management du service restent les mêmes, on peut s’attendre à ce que les mêmes problèmes ressurgissent, nouvelle équipe ou non.

Il est aussi permis de penser que la direction du service ou du MNHN tient à punir celles et ceux qui osent la défier en se mettant en grève. C’est en tout cas ce qu’on a fait comprendre aux agents grévistes quand on les a prévenus de “rester motivés en période de renouvellement des contrats” et en laissant entendre plus récemment qu’on ne demande pas un renouvellement de contrat alors qu’on fait grève. Les grévistes ne peuvent donc s’en prendre qu’à eux même, ils n’avaient qu’à bien se tenir ! Il est important de noter qu’aucune critique du travail réalisé par les agents concernés, ni aucun reproche lié à leur comportement en situation professionnelle n’ont été émis pour justifier ces refus de renouvellement.

La sentence est donc sans appel : une mise à la porte imminente pour des salarié.es déjà précaires et pourtant toujours passionnés par leur métier, et un recrutement d’une nouvelle équipe pour cet été - avec une offre d’emploi qui contredit en grande partie les déclarations de la Direction (demande d’expérience et de formation respectant une catégorie C, possibilité de temps plein…). Elle est en effet très proche de celle publiée l’année dernière et qui a mené au recrutement de cinq nouveaux agents maintenant considérés comme des « erreurs de casting » comme on nous l’a plusieurs fois répété. Nous vous en proposons une version commentée en PJ. Ces nouveaux recrutements sur ce qui semblent être les mêmes bases rendent encore plus choquante l’éviction des agents qui occupent actuellement ces emplois.

On ne peut s’empêcher d’y voir les bases d’un système bien connu d’exploitation de personnes les plus qualifiées possibles, pour les plus bas salaires possibles, et avec le moins d’ennuis et de responsabilités possibles.

Cette politique de la direction, on pourrait dire bien des choses en somme. On pourrait dire qu’elle est…

Cynique, quand le choix affiché de la direction est de recruter des “jeunes en premier emploi” pour une durée d’un ou deux ans avant de les pousser à leur tour vers la sortie. Il s’agit de faire de ce poste nécessaire et permanent un “emploi tremplin ” sur lequel les employés tourneront, sans aucune possibilité d’évolution. Curieusement, l’offre d’emploi publiée pour pourvoir ledit poste annonce rechercher des candidats ayant déjà une expérience de la médiation et de l’animation scientifique dans des établissements comparables…

Absurde, quand la direction appuie son choix en prenant exemple des autres sites parisiens du Muséum, le PZP et le Musée de l’Homme (pourtant si différents), en argumentant que “cela se passe bien”. Cela reste à prouver, et quand bien même, maîtriser des contenus scientifiques et historiques aussi variés que ceux présents au Jardin des Plantes et apprendre à les vulgariser pour des publics variés est l’affaire de plusieurs années d’expérience (si l’on a un tant soit peu l’ambition d’une médiation de qualité).

Capricieuse, quand la formule citée est qu’on “maintient la politique décidée en 2018” alors que des postes de médiateurs et d’animateurs n’ont pas été pourvus et que pour ceux qui l’ont été, les personnes recrutées sont désormais jugées trop compétentes. Ou que les recrues de 2021 (trop compétentes et exigeantes avec elles-mêmes elles-aussi) se voient bloquer un renouvellement de contrat parce que la direction refuse de remettre en cause sa vision des choses, alors même que l’équipe entière leur remonte que celle-ci ne fonctionne pas.

Illogique, quand la direction écarte des personnes qualifiées qui, avec leurs compétences, leurs connaissances, leurs passions et leur amour du site, ont tout à fait leur place et méritent d’être pérennisées. Elle refuse en outre de recourir à des CDI et maintient une précarité au détriment de la construction d’une équipe compétente travaillant dans de bonnes conditions. Pour quelle raison ? Le poste est soi-disant “trop usant pour garder des agents en poste pendant plusieurs années”.
Ils préfèrent donc engager pour de courtes périodes des personnes qui devront être formées et tenter de maîtriser en peu de temps la vaste offre de médiation plutôt que de tabler sur une maîtrise plus graduelle et plus solide. Mais pas d’inquiétude : dans le système proposé, cette maîtrise des contenus n’est pas nécessaire. Les animateurs ne sont plus que des exécutants de contenus créés par les chargés de médiation, qui sont les seuls responsables de la qualité scientifique. Quiconque connaît la réalité du terrain sait bien que ce n’est pas tenable.

Nous avons aussi eu le plaisir de constater qu’un nouveau poste de “Chargé opérationnel des activités de médiation et d’action culturelle” vient d’être ouvert dans notre service, preuve qu’il y a des moyens RH :

https://recrutement.mnhn.fr/169_offre-emploi-charge-operationnel-des-activites-de-mediation-et-daction-culturelle-fh.html

À la fin de ces annonces, on peut lire une charmante invitation à venir “intégrer des équipes à taille humaine dans un cadre de travail agréable et un environnement stimulant.” Une description bien éloignée de la réalité que nous connaissons.

Si nous n’avons été écoutés qu’avec mépris par la direction, notre action nous aura permis de partager nos revendications et nos doutes sur la gestion des employés et des missions du MNHN, et de mettre en garde la direction si elle veut préserver l’intégrité et l’image du Muséum dont elle se targue. Elle nous aura aussi permis de rappeler au public et aux médias1 ([1]) que cette institution a pour mission principale, aux côtés de la recherche, de l’enseignement, de l’expertise et de la conservation, de garantir l’accès pour tout le monde à des connaissances scientifiques, patrimoniales et culturelles de qualité. Et c’est pour cela que nous nous battons et que nous continuerons à nous battre !

[1 ]https://www.humanite.fr/social-eco/greves/exposition-de-precarite-au-museum-dhistoire-naturelle-743428 ; https://reporterre.net/Personnel-en-voie-d-extinction-greve-illimitee-au-Museum ; https://www.lequotidiendelart.com/articles/21512-gr%C3%A8ve-illimit%C3%A9e-au-mus%C3%A9um-national-d-histoire-naturelle.html