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Université Grenoble Alpes (UGA)
Épisode V : le président contre-attaque (en petit comité)Après l’email envoyé à l’ensemble des personnels le 29 avril dernier, que nous avions commenté dans un précédent communiqué, un nouvel email a été envoyé par le président le vendredi 5 juin, répondant à notre communiqué, mais cette fois-ci uniquement aux directions de services, de composantes et de laboratoires.
Cet email nous a été transféré par plusieurs collègues choqué·es par son contenu ainsi que par le périmètre des destinataires.
Nous avons aussi été informé·es via la presse de la démission du VP formation lundi 8 juin.
Nous vous commentons donc ces derniers événements.
Dans cet email du 5 juin le président indique aux directeurs et directrices :
« Contrairement à ce qu’ont affirmé la CGT et UGA en commun, les conclusions de cette enquête ne me mettent aucunement en cause à titre personnel. »
Pour commencer la CGT n’a jamais rien affirmé concernant les conclusions de cette enquête, pour la bonne et simple raison que nous n’avons eu ni le rapport, ni les conclusions. En revanche, nous savons, par des témoignages et autres éléments qui nous ont été communiqués, ce que les personnels ont vécu, les multiples atteintes subies et les conséquences sur leur santé. À ce jour, aucune réponse n’est donnée aux personnes auditionnées ayant demandé copie des parties du rapport les concernant. En plus d’être ignorées, ceci les oblige à faire des démarches supplémentaires auprès de la commission d’accès aux documents administratifs pour avoir accès aux informations auxquelles elles ont droit. Le dispositif VSSDH de l’UGA n’a visiblement pas non plus les éléments et indique que « L’UGA n’a pas été destinataire du rapport d’enquête administrative ».
Le président ne cite aucun passage de ce rapport d’enquête, ni même les conclusions. Il faudrait le croire sur parole… Il énumère ensuite des recommandations qui lui auraient été envoyées par le rectorat.
« 1. solliciter l’agence pour l’amélioration des conditions de travail ;
2. sécuriser la procédure de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et des agissements sexistes ;
3. pérenniser les procédures récemment établies en matière d’accidents de service et de secret médical. »
Ces recommandations montrent déjà bien l’étendue des problèmes, dont le président est responsable, en tant que chef d’établissement… Cette notion semble difficile à reconnaître pour le président qui ne présente toujours pas d’excuses mais semble énumérer une liste de « défaillances » qui seraient purement techniques. Nous rappelons au président qu’au delà des questions de “procédures”, la violation du secret médical, tout comme le harcèlement et la discrimination sont des infractions pénales, qui portent préjudice aux personnes qui en sont victimes et qui le vivent dans leur chair, avec toutes les conséquences pour leur santé, leur famille, leur carrière. Et nous rappelons aussi que nous avons dû nous battre pendant des mois et qu’il a fallu attendre que l’affaire soit rendue publique pour que l’UGA accepte de cesser la violation du secret médical.
La partie la plus problématique de cet email du président vient à la fin : « les questions de harcèlement, de sexisme et de santé au travail sont trop importantes pour être instrumentalisées. Leur détournement ne me vise pas seul : utiliser des accusations d’une telle gravité à d’autres fins que la protection des personnes affaiblit, en définitive, celles et ceux qu’elles devraient servir, et fragilise la confiance dans nos dispositifs de signalement. »
Mais quelles seraient ces « autres fins » ? Ce que nous demandons c’est justement la protection et la réparation pour les victimes, ainsi que des mesures pour éviter de nouvelles victimes, pour protéger l’établissement, ses personnels et étudiant·es. Ces accusations de détournement et d’instrumentalisation sont une technique de défense classique, qui s’appelle l’inversion de culpabilité et qui est une violence de plus pour les victimes et celles et ceux qui les défendent. Ceci est inacceptable et les autorités compétentes en la matière doivent intervenir.
La CGT ne se laissera pas intimider par ces propos diffamatoires, et tient à réaffirmer son soutien aux victimes. On vous croit, on a vu, on sait. Vous n’êtes pas seules. De nombreux personnels ont pu constater de leurs propres yeux les comportements problématiques du président, les dérives de son administration, ainsi que les effets sur la santé des collègues. Nous avons d’ailleurs reçu de nombreux messages de soutien et des félicitations pour notre communiqué précédent sur ce sujet.
Nous avons par ailleurs appris lundi 8 juin la démission du vice-président formation, qu’il indique sans lien avec cette enquête administrative. Il a expliqué à la presse qu’il démissionne en raison des pratiques de gouvernance trop verticales et abruptes du président. Il indique qu’il ne souhaite pas que sa présence au sein de l’équipe politique puisse être considérée comme une forme de caution à des pratiques relationnelles inadaptées. Il explique avoir eu espoir que la méthode de gouvernance change après l’annulation des élections en 2024, ce qui n’a pas été le cas.
Un des problèmes que l’on pointe va donc au delà des « opposants » au président...
Le président prouve encore par ces derniers emails qu’il ne se remet pas en question. Comment pourrait-il gérer les suites de cette enquête et la mise en place de ces recommandations ? Nous avons pu aussi constater des défaillances au niveau du rectorat de région académique. Le rectorat ne répond pas aux victimes qui demandent le rapport. Les victimes ne sont toujours pas protégées. Une lettre d’alerte rédigée collectivement par des collègues est restée sans réponse. Un refus de protection fonctionnelle a été fait sans même que les documents envoyés n’aient été étudiés. Des arguments que nous trouvons choquants et indignes ont aussi été utilisés pour refuser la protection fonctionnelle (exemple : refus de protection sous prétexte que le président adopte ces comportements avec d’autres personnes que la plaignante…).
Le CLASHES (Collectif anti-sexiste de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur) a d’ailleurs récemment alerté sur les défaillances des institutions en matière de violences sexistes et sexuelles, à tous les niveaux, « des établissements aux ministères en passant par les rectorats ».
Nous rejoignons ce constat. Même si les choses avancent et que la parole se libère, le manque de considération pour les victimes et l’impunité des auteurs sont des points sur lesquels nous devons continuer à nous battre. Lorsque les institutions ne protègent pas, il est d’autant plus important de faire preuve de solidarité et de courage, d’être vigilant·es et prêt·es à réagir collectivement en cas de violences et de dérives autoritaires.