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CGT FERC Sup de l’Université Bordeaux Montaigne
Déclaration de Sylvain Rigollet, représentant CGT au Conseil d’administration du 19 décembre 2025 :
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
Si je prends la parole c’est pour expliquer mon vote contre le BR 2025 et le BI 2026. Ce n’est ni par posture, ni par déni des difficultés financières bien réelles auxquelles notre université est confrontée, c’est au contraire par lucidité, par responsabilité collective, et par attachement profond aux missions de service public de l’université. Ce vote n’est ni un vote d’obstruction, ni un refus de la réalité budgétaire. Il est un vote politique, au sens noble du terme, fondé sur la défense du service public de l’enseignement supérieur, des personnels qui le font vivre et des étudiants qui en sont les premiers usagers.
Les documents qui nous sont présentés dressent un diagnostic financier que personne ici ne conteste : les finances de l’Université Bordeaux Montaigne sont fragiles, structurellement déséquilibrées, et de plus en plus contraintes par des charges exogènes non compensées. Mais reconnaître ce diagnostic ne signifie pas accepter les réponses qui nous sont proposées aujourd’hui.
La situation actuelle n’est pas foncièrement le résultat d’une mauvaise gestion locale d’une équipe politique à la tête de l’établissement ou d’une autre. Même si les visions parfois trop optimistes et ont pu régner depuis des années. Elle est la conséquence directe d’un sous-financement chronique de l’enseignement supérieur et de la recherche. L’État transfère aux universités des charges nouvelles sans en assurer la compensation intégrale. À Bordeaux Montaigne, ce sont plusieurs millions d’euros de charges cumulées non compensées sur seulement quelques années et c’est un état de fait contre lequel les oppositions dans notre université comme au niveau national sont restées relativement passives. Mais aujourd’hui nous sommes bien au bord d’un précipice fatal pour l’enseignement supérieur public.
Dans ce contexte, faire porter l’ajustement budgétaire sur les universités revient à institutionnaliser le désengagement de l’État, tout en maintenant l’illusion de l’autonomie. Une autonomie qui, dans les faits, se transforme en mise sous contrainte permanente.
L’autonomie issue de la LRU déjà relativement fictive est aujourd’hui vidée de son sens et confirme son objectif de désengagement de l’Etat. Elle sert principalement à faire assumer localement des choix d’austérité décidés nationalement. Le BI 2026 illustre parfaitement cette dérive avec comme conséquence au niveau des établissements une réduction massive des dépenses de fonctionnement, une baisse de la masse salariale et une diminution de l’offre de formation.
Ces choix budgétaires reposent sur des hypothèses excessivement optimistes quant à la capacité de l’établissement à absorber durablement les économies demandées et développer rapidement des ressources propres. La réduction de la masse salariale se traduira concrètement par des suppressions de postes, le non-remplacement des départs et une précarisation accrue des personnels.
Notre université fonctionne déjà à flux tendu. Les personnels subissent une surcharge de travail chronique liée à des fonctionnements parfois inadaptés et une amplification des procédures administratives aussi bien pour les personnels BIATSS que pour les enseignants. Accroitre cette pression, c’est prendre le risque d’un effondrement organisationnel et humain. Ce sont les personnels qui font fonctionner l’université au quotidien, souvent au prix de leur santé. Continuer dans cette voie, c’est organiser l’épuisement collectif.
La diminution annoncée de l’offre de formation aura également des conséquences graves pour les étudiants : augmentation des effectifs par cours ou groupes, moins de TD, moins de suivi pédagogique, fermetures de parcours. Cela conduira inévitablement à une dégradation de la qualité des diplômes délivrés et à une sélection sociale accrue, en contradiction totale avec les principes d’égalité d’accès à l’enseignement supérieur.
Derrière ces choix se dessine une logique de rentabilité immédiate incompatible avec l’université. L’université n’est pas une entreprise. Elle est un bien commun, un espace de production de connaissances, de transmission des savoirs, de recherches et d’innovations constructives. C’est donc le cœur d’une vision positive et humaniste de préparation de l’avenir à moyen et long terme qui est menacé.
Voter contre les propositions budgétaires aujourd’hui, ce n’est pas refuser la réalité des contraintes financières. C’est refuser qu’elles soient payées par la dégradation des conditions de travail, la suppression de postes, la baisse de la qualité des formations et la détérioration des capacités de recherche. Ces atteintes aux missions fondamentales de service public de formation et de recherche de l’université nécessitent une réaction de l’enseignement supérieur et de la société aujourd’hui. Faire le dos rond et ne pas réagir comme depuis déjà trop d’années, tomber dans la collaboration passive qui nous est proposée c’est favoriser la mort de l’enseignement supérieur public qui se profile (et au premier rang les universités de SHS) et laisser libre cours à la montée des obscurantismes.
Pour toutes ces raisons, fidèles à nos valeurs, la CGT votera contre ces propositions budgétaires.