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mardi 7 octobre 2025

Fortes chaleurs en bibliothèque(s) universitaire(s) : histoire d’une lutte gagnante à l’université d’Aix-Marseille

Pour faire face aux fortes chaleurs qui rendent les conditions de travail insupportables et dangereuses dans certains bâtiments, la CGT, avec les salarié·es, ont obtenu la mise en place d’un protocole protecteur en cas de températures élevées. Reste à l’étendre à l’ensemble des bâtiments, et du pays...
Amandine Renault et Bruno Pouvelle, Syndicat CGT FERC Sup de l’Université d’Aix-Marseille

Imaginez : un cadre plutôt idyllique, à Aix-en-Provence, une magnifique bibliothèque universitaire, toute vitrée, une vue sur la montagne Sainte Victoire, un bâtiment neuf qui ouvre au public en 2017, 7500 mètres carrés et plus de 1000 places de travail. Et pourtant…

Mi-juin 2023, sous une chaleur écrasante, des agent·es nous contactent : fatigue, vertiges, maux de tête, malaises, jusqu’à 42 degrés dans les locaux, cette situation dégradée des conditions de travail et les risques encourus pour la santé ne sont plus supportables. Nous leur proposons de les rencontrer et d’organiser, à cette fin, une heure d’information syndicale (HIS).

Dans un premier temps, nous avons écouté les agent·es (recueil de la parole, des faits et des ressentis). Le but recherché n’est pas de se substituer aux psychologues, médecins, infirmiers, etc., il s’agit de permettre aux agent·es de s’exprimer, et de dégager une analyse collective de la situation. La souffrance naît la plupart du temps lorsqu’on est contraint de travailler d’une façon contraire à nos principes. Dans un second temps, nous devons aider les collègues à reprendre la main sur leur vie au travail, à réfléchir sur ce qu’ils et elles attendent. Rappelons que seul·es les agent·es sont experts de leur travail, ils et elles possèdent la connaissance de la réalité du travail qu’ils effectuent, ils et elles sont les mieux à même de connaître leurs besoins, et particulièrement bien placés pour faire des propositions pour y répondre. Nous avons échangé autour des obligations de l’employeur, des outils syndicaux, du rôle de la médecine de prévention, des actions possibles à mener ; nous avons réfléchi collectivement sur comment s’instaure un rapport de force quand les revendications légitimes des agent·es ne sont pas entendues. Le syndicalisme que nous défendons est un syndicalisme où les travailleur·euses sont acteur·rices.

Mieux informés, mieux « armés », remotivés, les collègues proposent de rédiger un courrier à destination de leurs responsables et de la présidence. Ils et elles y décrivent leurs conditions de travail dégradées, les impacts sur leur santé, détaillent les revendications élaborées et portées collectivement. Pour sa part, la CGT s’engage à être la courroie de transmission du courrier, mais aussi à faire une déclaration lors de la prochaine Formation Spécialisée en matière de Santé Sécurité et Conditions du Travail (FS-SSCT) programmée quelques jours après.

Fin juin, nous transmettons à la présidence le courrier collectif rédigé par les personnels et faisons une déclaration liminaire à la FS-SSCT :
« Cette année encore, des températures insoutenables, supérieures à 35 degrés, sont relevées à la bibliothèque universitaire X. Il est pourtant reconnu que les fortes chaleurs peuvent avoir de graves effets sur la santé et augmentent les risques d’accidents du travail. Selon l’INRS « au-dessus de 30° pour une activité sédentaire et 28° pour travail nécessitant une activité physique, la chaleur peut constituer un risque pour les salariés ». La gouvernance de l’université et ses différentes instances ont déjà été alertées à plusieurs reprises de cette situation. Malheureusement, à ce jour, nous constatons que pour le personnel et les usagers, pas grand-chose n’a changé. Même la possibilité de se rafraîchir correctement en buvant de l’eau fraîche ne leur est pas donnée, puisqu’ils n’ont à leur disposition que l’eau tiède des robinets. Nous rappelons que :

  • D’une part, « L’employeur a obligation de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleur.euses (article L.4121-1 du code du travail). »
  • D’autre part, « L’employeur doit mettre à disposition des salariés l’eau potable et fraîche pour la boisson (articles R.4225-2 et suivants).
    Cette situation est inacceptable et représente un manquement aux responsabilités de l’employeur d’évaluation et de prévention des risques, et d’information des personnels exposés. Nous demandons que des mesures d’urgence soient mises en place afin que les personnels ne se soient plus en souffrance et puissent travailler dans des conditions normales. Au-delà de l’urgence, dans un contexte d’augmentation des températures qui dépassent les scenari les plus pessimistes, l’université doit rapidement mettre en place une véritable solution, efficace et pérenne pour que les personnels et les usagers puissent travailler et étudier dans de bonnes conditions de température, à la bibliothèque universitaire X, comme sur tous les sites de l’Université. »

Début juillet, sans nouvelles de l’administration, avec des températures de plus en plus insoutenables et compte-tenu des risques encourus, nous faisons, en concertation avec les agent·es, une inscription dans le Registre des Dangers Graves et Imminents. Suite à cette inscription, une enquête est programmée dès le lendemain en présence des représentant·es des personnels et de ceux de l’administration. Des propositions issues des discussions avec les personnels concernés sont formulées afin de répondre à la problématique de danger grave et imminent. Avant validation de celles-ci, la CGT a obtenu d’aller les présenter directement aux agent·es afin qu’ils et elles nous donnent leur avis, accord ou désaccord. Les propositions seront validées le lendemain afin que tous les agent·es du service puissent en prendre connaissance et en discuter en interne. Il est notamment convenu la rédaction d’un protocole expérimental définissant les règles à tenir en cas de fortes températures (celui-ci a été validé à la FS-SSCT de février 2024). Extrait du protocole expérimental :

  • À partir de 25°C dans les locaux, second relevé de températures à 12h (surveillance de l’évolution).
  • À partir de 28°C, 2 jours consécutifs et sans prévision météo annonçant une amélioration : réduction des activités, passage en horaires réduits sans récupération des heures non faites, mise à disposition d’eau fraîche, rappel des consignes de prévention, communication aux usagers des modifications d’horaires d’ouverture.
  • À partir de 30°C, 2 jours consécutifs : en plus des mesures précédentes, arrêt du travail à 13h, sans récupération des heures non faites, communication aux usagers des modifications d’horaires d’ouverture.
  • À partir de 35°C dans les locaux et/ou alerte canicule Météo France : fermeture du bâtiment et bascule
    en travail à distance (sur un autre site ou télétravail) si les activités le permettent. Dans le cas contraire, les agents pourront bénéficier d’absence autorisée rémunérée.

La direction de l’université a également acté des travaux de climatisation pour les bureaux (réalisés durant l’année 2024-2025), en attendant la climatisation de l’ensemble du bâtiment.

Depuis, appuyé par la CGT, un Groupe de Travail FS-SSCT travaille sur l’élaboration d’un « Guide des températures à l’Université d’Aix-Marseille » dont la base de travail serait l’extension possible d’un tel protocole à l’ensemble de l’établissement. Voilà un bel exemple de « comment une mobilisation des personnels, portée par la CGT, peut concrètement améliorer les conditions de travail ! ».