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jeudi 2 octobre 2025

Doctrine Borne d’occupation des bureaux : non au flex-offices et à l’open space. Oui à un poste de travail par agent·e

La doctrine Borne du 8 février 2023 commence à s’appliquer dans nos établissements d’ESR. Elle édicte une nouvelle norme d’occupation des locaux pour tous les bâtiments de l’État : une cible de 16 m² par « résident [1] » (avec un plafond de 18 m²/résident). Les 16 m² incluent non seulement les bureaux, mais tous les espaces de stockage, de convivialité, les couloirs et les sanitaires. Un « résident » (nouveauté) représente une personne qui utilise régulièrement et de façon pérenne les locaux, en prenant en compte le temps de présence réelle moyenne sur l’année : un agent·e à 80 % ne compte que pour 0,8 résident, un agent·e en télétravail 2 jours par semaine compte au plus comme 0,6 résident, etc.

La doctrine impose une réduction drastique du nombre de postes de travail par agent·e, avec pour objectif de couper dans les coûts immobiliers (achat, location, entretien, consommation énergétique…). Les postes de travail sont remplacés par des « positions de travail » (autre nouveauté !) : un « emplacement » où un agent·e « dispose d’une connectivité, d’un éclairage et d’une assise permettant de travailler (…) une demi- journée en continu ». Donc n’importe où : salle de restauration, salle de réunion, bulles… En pratique, c’est la réduction de la taille des bureaux, le flex-office et l’open space généralisés pour les agent·es et une dégradation dramatique des conditions de travail. Mais pas pour les chef·fes, qui gardent leurs bureaux individuels.

Chaque rénovation –indispensable– de nos université et labos, très souvent vétustes, doit se conformer à cette nouvelle doctrine, et les administrations des universités l’appliquent avec zèle. La CGT FERC Sup demande la suppression de cette doctrine et invite les salarié·es, avec leurs organisations, à s’opposer à sa mise en place.

Vincent Martin, CGT de l’UTC

La « nouvelle doctrine d’occupation des immeubles tertiaires de l’État » voulue par Mme Borne, alors première ministre, commence à se mettre en place dans nos établissements d’Enseignement supérieur et de Recherche. Mme Borne, entre deux 49-3 pour imposer la réforme Macron contre nos retraites, s’est en effet fendue en février 2023 d’une « doctrine » –on ne sait pas bien ce que c’est juridiquement, mais ça doit s’appliquer…– qui mérite le détour, et donc la lecture.

La circulaire donne les raisons habituelles qui nous sont versées à chaque mesure rétrograde : « optimisation » du patrimoine et des surfaces, « efficacité des services publics », inadaptation des locaux actuels « aux nouvelles modalités d’organisation du travail », réduction de « l’impact environnemental » mais surtout des « dépenses de location, d’entretien et de rénovation ». On y croit… Le tout pour un objectif de « meilleures conditions d’accueil des usagers et de meilleures conditions de travail aux [sic] agents publics ». Ils osent tout, c’est à ça qu’on les reconnaît.

Nous allons ci-dessous présenter le contenu de la circulaire, puis donner les conséquences concrètes pour les agent·es, en général et sur deux exemples dans un établissement.

Mais commençons par dire que l’objectif réel du gouvernement, dont il ne se cache pas, est double :

  1. réaliser de grosses économie sur les bureaux, au détriment des personnels et des usagères et usagers ;
  2. libérer du foncier et de l’immobilier qui pourra être « mis à disposition au profit d’autres acteurs », c’est-à-dire vendre du patrimoine public ou le laisser au privé.

Cela accompagne logiquement leur politique d’étranglement budgétaire, de compression des effectifs et de démantèlement-privatisation des services publics. La CGT FERC Sup ne peut que s’y opposer.

A) Lecture de la doctrine Borne d’occupation des bureaux

La circulaire modifie en profondeur les orientations de la politique immobilière de l’État. On ne saurait minimiser sa portée, considérable.

1) Nouvelle norme : 16 m² SUB par résident

Le seul contenu normatif de la circulaire est le nouveau ratio de surface utile brute (SUB) par résident : la « cible pivot » est de 16 m² SUB / résident et le plafond vaut 18 m² SUB / résident. Même si la circulaire précise que les 16 m² sont la cible « notamment dans les zones où le marché est tendu », en pratique, c’est la règle qui est appliquée. Le plafond de 18 m² n’est pas accepté par les financeurs (voir l’exemple ci-dessous d’une petite ville en région où l’immobilier est modérément tendu, si on compare à Paris…).

À noter : les surfaces affectées aux logements, à l’enseignement, aux laboratoires de recherche sont exclues par la circulaire de la doctrine des « 16 m² SUB/résident »… Cela permet de limiter la casse dans notre secteur. Mais comprenons bien que les bureaux à destination des personnels (doctorant·es, secrétaires, ingénieur·es et technicien·nes, chercheur·ses, enseignant·es et enseignant·es-chercheur·es) sont impactés a priori.

Il faut à présent préciser ce que représente la SUB et la nouvelle notion de « résident »..

  • La surface utile brute (SUB), utilisée par les professionnel·les de l’immobilier, correspond à la surface horizontale située à l’intérieur des locaux, de laquelle sont déduits les éléments structuraux (poteaux, murs extérieurs, refends gaines techniques, circulations verticales…)… En clair : la SUB inclut tous les bureaux, tous les espaces de stockage, de convivialité, les couloirs et les sanitaires, mais pas les escaliers, ascenseurs.
    La SUB n’est donc pas la surface utile de bureaux, loin de là. Cela signifie que chaque résident aura beaucoup moins que 16 m² par bureau.
  • Le nombre de résidents est calculée en faisant une moyenne sur l’année de « l’effectif des utilisateurs réguliers et pérennes du bâtiment ». En partant des ETP (équivalents temps plein : un collègue à 80 % compte pour 0,8 ETP), on affecte une décote (comme pour les retraites…) « correspondant au taux de nomadisme ». En clair, si une collègue est en télétravail 2 jours par semaine, elle ne compte que pour 0,6 résident. Si les missions habituelles d’un agent (inspection, visites…) impliquent d’être régulièrement absent du bureau, idem : décote.
    Il est précisé que les utilisateurs et utilisatrices réguliers et pérennes extérieurs (qui ne sont pas dans les effectifs) sont comptabilisés. Mais pas les vacataires et stagiaires (présents pour quelques mois seulement).
    Raffinement de la circulaire : « les personnels chargés de l’entretien, de la maintenance ou de la logistique ne sont comptés comme résidents que si leur activité les conduit à utiliser régulièrement une position de travail ». A priori, pas de surface pour ces personnels, destinés de toute façon à être externalisés. Ce n’est pas dit, mais ce sont les faits.
    Exemple : un service de 10 personnes avec 3 collègues à 80 % dont 2 en télétravail 1 jour par semaine, 4 en télétravail 2 jours par semaine, 1 qui est à mi-temps dans un autre service et 2 présents tout le temps, ne comptabilisera que 6,9 résidents (1x0,8+2x0,6+4x0,6+1x0,5+2x1).
    La notion de résident correspond donc à une personne moyenne qui n’existe pas. La circulaire ignore les pics de présence : jours de séminaire, semaines de rentrée, période avec les stagiaires –étudiant·es ou non–, journée de coordination du service, collègues invités… L’important c’est qu’« en moyenne », les gens aient un bureau [pardon !] accès à une « position de travail » (voir ci-dessous). Et puis un prof invité qui vient de l’autre bout du monde pour 6 mois, on ne va pas lui laisser un bureau, c’est ridicule !
La moyenne est souvent utilisée politiquement pour imposer des mesures ou simplement masquer les réalités. Un exemple : si 80 % des salarié·es d’une entreprise touchent 1.700 nets € / mois, 18 % (cadres) 3.000 € / mois et 2 % (direction) 20.000 € / mois, la moyenne de ce que touchent les salarié·es est de 2.300€ / mois… Les ouvrier·ères et employé·es au SMIC sont contents de savoir qu’en moyenne les salarié·es de leur boîte touchent 2.300€ / mois (35 % de plus que leur salaire !).

Introduire des résidents (en lieu et place des « vrais » agent·es) sert donc à réduire énormément le nombre de personnels comptabilisés dans les locaux.

La circulaire réduit mécaniquement la surface à allouer par agent·e : d’une part en passant la norme de 20 m² à 16 m², et d’autre part en comptabilisant des « résidents » au lieu des agent·es.

Tout le reste de la circulaire explique aux directions comment mettre en place la doctrine avec de nouveaux concepts ad hoc, et comment mesurer les « avancées » avec de nouveaux indicateurs de performance. Attention : ça décoiffe !

2) Poste de travail ou « position de travail » ?

C’est l’objectif : il n’y aura pas assez de place pour toutes et tous, il est impossible d’allouer un poste de travail à chaque agent·e. Que faire alors ? La circulaire propose la « redistribution des surfaces entre les m² affectés aux postes de travail individuels et ceux affectés à d’autres espaces », il faut envisager la « mutualisation partielle ou totale des postes de travail individuels ». Traduction en bon français : open space et flex-office à gogo (à noter que ces deux termes, honnis par les salarié·es qui les subissent ne sont jamais utilisés).

La circulaire le dit : « une fois déduites les absences structurelles (congés, formations, maladie…), à partir de deux jours de télétravail par semaine, le taux d’occupation d’un poste de travail est de moins de 50 %, sans même prendre en compte le temps passé en réunion », par conséquent, attribuer un poste de travail à chaque résident « perd de sa pertinence ». Ça, c’est dit.

La notion-même de poste de travail, bien défini et cadré par les textes, est donc remplacée par la «  position de travail » (non, cela ne signifie pas travailler couché).
La position de travail est « emplacement où un agent·e dispose d’une connectivité, d’un éclairage et d’une assise lui offrant des conditions de confort, d’ergonomie et de sécurité permettant d’y travailler au moins une demi-journée en continu ». Ergonomie mon œil, c’est la définition technocratique du bureau-placard. Des exemples de position de travail sont donnés : salle de réunion, bulles pour s’isoler, salles « silence », box de travail de 2 à 4, accueil, espace restaurant connecté…

Vous avez bien lu : une chaise dans une salle de restaurant est une position de travail ! La circulaire instaure une nouvelle unité de surface « plus extensive » : la surface de bureaux aménageables (SBA) qui comprend les surfaces de bureaux et celles « mobilisables à cet effet ». Exemples de la circulaire : les restaurants administratifs (en dehors des cuisines, quand même…), les surfaces « affectées à l’accueil des usagers » (ben oui : on peut travailler dans un hall de gare), et cerise sur le gâteau les « circulations principales » : qui n’a pas rêvé de travailler dans un couloir ?
La SBA vise en effet à « répondre à l’impératif de flexibilité et d’adaptation dans le temps des espaces de travail »… contrairement aux syndicalistes et salarié·es figés, il faut être agile.

Pour conclure, la notion de « position de travail » explose tout ce que les salarié·es ont obtenu en termes de conditions de travail dans les bureaux (voir les recommandations de l’INRS plus bas).

3) Indicateurs de performance en tous genres

Pour aider « à l’aménagement ou au réaménagement des espaces de travail », des indicateurs sont fournis.

  • Le ratio SBA/SUB mesure le rendement du plan du local. Sur une surface donnée, il indique l’optimisation de l’espace bureautifiable (néologisme de mon cru). Un ratio de 0,8 est satisfaisant. Un clapier à lapin atteint 0,99.
  • Le ratio SBA/résident mesure l’optimisation « fine » du bâtiment.
  • Le taux de foisonnement (ils ont de l’imagination pour leurs cochonneries !) est le ratio du nombre de postes de travail individuels (attribués ou non attribués) par le nombre de résidents. Il mesure l’aspect « dynamique » de l’occupation des bureaux. Proche de 1, l’occupation est « traditionnelle » (chaque résident a un poste de travail). Plus il est bas, plus la mutualisation des postes de travail est grande. Recommandation de la circulaire : entre 0,6 et 1. C’est-à-dire qu’il est souhaitable, de leur point de vue, que pour 10 résidents (attention, hein, pas des salarié·es), il n’y ait que 6 postes individuels…
  • Le nombre de positions de travail par résident. La recommandation est qu’il soit compris entre 1 et 1,5. Il doit être supérieur ou égal à 1, « afin que l’ensemble des résidents d’un bâtiment puisse s’y trouver simultanément ». Récapitulons : il n’y aura jamais de poste de travail pour tous les travailleur·ses, mais il faut prévoir que tous les résidents (pas les salarié·es !) puissent y trouver au moins un strapontin dans un couloir ou une chaise de faucheuse dans un restau U.

Aucun indicateur du nombre de postes de travail par salarié·e ne semble intéressant pour eux. Aucune mesure des conséquences sur les conditions de travail n’est envisagée.

4) Faire passer la pilule

Borne et Macron étant des spécialistes, la circulaire n’oublie pas de préciser comment l’imposer au personnel, qu’ils sentent réticents a priori : « en raison de l’évolution des usages et des repères bien ancrés qu’elle porte pour les cadres et les agents [sic], rend fondamentale la démarche d’accompagnement managérial et d’association des agents en amont et cours de programmation et de mise en œuvre des projets ». Mots-clés : « dialogue de qualité avec les représentants des personnels », « dialogue social au niveau le plus adapté », association « étroite des agents à toutes les étapes »… Mme 49-3 s’y connaît.
En clair : il faut bien expliquer à ces abrutis de salarié·es et si possible intégrer des organisations syndicales dans le bazar. N’hésitez pas à laisser ces veaux choisir la couleur du mobilier et à faire de la calinothérapie dans l’open space (cf. ci-dessous).

Ils défoncent nos conditions de travail et veulent notre assentiment. Quel mépris !

5) Conséquences pour les personnels

On l’a compris : en réduisant drastiquement la surface de bureaux et le nombre de postes de travail, les conditions de travail vont se dégrader considérablement. C’est la possibilité de faire travailler les salarié·es n’importe où, la généralisation des open-spaces (grands espaces de travail sans intimité) et du flex-office (bureaux non attribués). Exit, les recommandation de l’INRS : éclairage naturel, surface minimale 10 m² par personne (bureau individuel ou collectif), 2 à 5 personnes maximum pour un bureau collectif, éviter les bureaux paysagers à plus de 10 personnes, dégagements suffisants autour des bureaux (1,80m pour pouvoir passer derrière le fauteuil)…
Conséquences : bruit, luttes pour avoir un bureau, aucune tranquillité, mal-être au travail, risques « psycho-sociaux », maladies, etc. Sans compter l’impossible adaptation du poste de travail aux collègues, notamment avec un handicap… sans compter les problèmes d’évacuation en cas d’incendie…

Et les bureaux des chef·fes dans tout ça ? C’est bien connu, un chef·fe a besoin d’un espace individuel spacieux et confortable pour travailler sérieusement. Et puis ils ont des trucs importants et secrets à se dire entre eux. Ils doivent donc conserver chacun leur bureau. Ça tombe bien, c’est eux qui décident.

Bref, l’employeur, qui reste responsable de la santé au travail de ses salarié·es, va avoir fort à faire. Les représentant·es du personnel à la FS-SSCT (formation spécialisée en matière de santé, sécurité et conditions de travail) également.

6) Conclusion CGT FERC Sup

Concernant les « raisons » qui rendraient nécessaires cette nouvelle doctrine : l’adaptation à la nouvelle organisation de travail a bon dos, alors que l’État-employeur cherche à empêcher ou réduire le télétravail pour ses agent·es. Et ce n’est pas en supprimant des postes de travail que les collègues auront envie de venir plus dans les locaux, ou que l’attractivité de la Fonction publique s’améliorera. Mais comme ils suppriment des postes de titulaires aussi…
Quant à l’argument environnemental, il est fallacieux, utilisé à géométrie variable selon que ça arrange le gouvernement ou non (cf. la loi Duplomb…). Ils n’ont rien fait pendant des décennies pour améliorer l’immobilier public, les universités en tête.

À présent, l’État est tenu d’imposer cette doctrine rétrograde à chaque rénovation ou construction.
Or, une grande partie des bâtiments de l’ESR est dans un état déplorable. La majorité d’entre eux ne respecte pas, et loin s’en faut, les normes d’isolation thermique. C’est donc un plan général et pluriannuel de rénovation des universités qui est nécessaire et que revendique la CGT FERC Sup. Et il est hors de question qu’elle accepte les dégradations des conditions de travail portées par la doctrine. La CGT FERC Sup demande sa suppression et invite les salarié·es, avec leurs organisations, à s’opposer partout à sa mise en place.

B) Exemples de rénovation Borne à 16 m² / résident

Considérons un établissement d’une petite ville des Hauts-de-France. Il est relativement bien doté et bénéficie de financements pour rénover deux bâtiments : la bibliothèque universitaire (BU) et une grande halle d’un laboratoire.

La bibliothèque universitaire

La restructuration de la BU est nécessaire. Des travaux ont été prévus pour 2026-27, mais il a fallu un avis CGT voté en FS-SSCT pour que la direction informe les représentant·es du personnel en CSA du projet. La direction applique résolument la circulaire Borne. Avec les effectifs de la BU (qui au passage ont été divisés par 2 en 15 ans), la surface dévolue aux bureaux sera divisée par deux d’ici 2028 : ils occuperont la moitié d’un étage au lieu d’un étage entier. Le projet prévoit un bureau individuel pour la directrice (bien sûr !) et un « espace de bureaux partagés de 12 à 14 personnes », ainsi que des « espaces communs partagés (salle de réunion, salle d’isolement, salle de convivialité) ». Les collègues qui bénéficient actuellement d’un bureau pour deux, vont toutes se retrouver en open-space. Sympa. Mais évidemment la direction de l’établissement préserve la directrice de la BU et, surtout, n’oublie pas la « co-construction » du projet.

Une halle d’un laboratoire

Le deuxième exemple est la rénovation d’une halle (qui venait d’être presque entièrement refaite (?!)) au sein d’un laboratoire ZRR (la double peine !). Selon la direction, l’atteinte du ratio est déclaré « un critère impératif de l’appel à projet » pour les financeurs et le rectorat. Traduction : 16 m² / résident, sinon pas d’argent. La direction a commencé à travailler en intégrant la doctrine. Un des objectifs affichés est de regrouper les équipes du laboratoire actuellement dispersées sur plusieurs bâtiments et de recréer du collectif : cocasse. Une cinquantaine de collègues, essentiellement des doctorant·es mais aussi des enseignant·es, des EC et quelques BIATSS, sont concernés. La direction fait un effort en prenant une base de 1 résident par salarié·e (les émérites, les invité·es, les doctorant·es extérieurs à l’établissement comptant pour 0,25 à 0,33 résident), mais il n’y a « pas le choix », il faut « densifier ».

Le problème, c’est que le dialogue passe mal : les OS, sur impulsion de la CGT, votent unanimement contre l’avant-projet présenté en FS-SSCT et les collègues se rendent vite compte qu’on cherche à leur imposer des conditions de travail particulièrement dégradées. La direction organise des groupes des travail pour « co-construire », notamment choisir le mobilier (!!), annonce six mois « d’accompagnement au changement » après les travaux pour « accompagner les usagers dans le changement des habitudes de travail », puis une AG du labo pour « expliquer »… Mais ça ne passe pas. Les collègues évoquent les problèmes des sécurité liés aux manipulations et aux TP dans certaines salles. D’autres disent que dans ces conditions, ils ne viendront plus au labo. Qu’au lieu de refaire du collectif, ça va accroître les tensions…

Les élu·es ont étudié le plan de l’avant-projet présenté en FS-SSCT. Le plan contient quatre bureaux partagés (notés B1, B4, B5 et B6), deux bureaux administratifs (notés B2 et B3), un immense open-space partagé en 2 par du mobilier (notés OS1 et OS2), deux placards ouverts sur l’open-space (P1 et P2) et deux boîtes à réunion (R1 et R2).

On a remarqué qu’il n’y a aucune cote sur le plan : l’administration oublie de présenter les superficies des bureaux. On a donc pris notre règle et notre calculatrice et le résultat est dans la Table 1.

Table 1 : Surface des bureaux Borne (estimation). « B » pour bureau, « P » pour placard, « R » pour boîte à réunion et « OS » pour open-space.
BureauxB1B2 et B3B4B5B6P1P2OS1OS2R1 et R2
Nb postes 5 1 5 4 4 2 2 18 10 4 (!)
Superficie (m²) 28,7 10,7 25,3 22,9 23,4 7,2 18,7 108 65 2,9
Surface / poste (m2) 5,7 10,7 5,1 5,7 5,8 3,6 9,4 6,0 6,5 0,7

Les bureaux à 4 ou 5 sont partagés pour les permanent·es (EC, enseignant·es) : premier entré, premier servi. On octroie royalement 5 à 6 m² par personne. Rappelons que les recommandations INRS sont de 10 m² par personne. Négation du travail de recherche et d’enseignement : comment corriger des centaines de copies ? Comment écrire au tableau, comment réfléchir ? Où laisser ses articles à annoter, ses livres à travailler, son matériel dont on a besoin au quotidien ? Dans les vestiaires ? Dans les rangements, mais de quel bureau ? Où est la place pour les tableaux noirs ou blancs ? On notera les dégagements insuffisants : par exemple dans le bureau B5, il n’y a que 80 cm entre la table et le mur, impossible de passer sans déranger le collègue.

Les deux secrétaires ont droit à leurs bureaux individuels de taille raisonnable. Mais l’un n’a pas accès direct à la fenêtre (seulement à un puits de lumière). L’autre donne sur les sanitaires. Et ce n’est pas sûr qu’il y ait assez de rangement pour tout le matériel administratif.

Quant aux doctorant·es, c’est le pompon : 32 « positions de travail » dans un unique open-space gigantesque séparé par du mobilier. Conditions idéales pour travailler. On notera les 2 placards ouverts sur l’open-space et aménagés pour deux : l’un fait quand même plus de 3,6 m² par personne !
Bienvenue aux jeunes dans le monde de la recherche : on y vient pour le salaire, on y reste pour les conditions de travail.
Pour les collègues qui craquent ou qui veulent s’isoler, deux cabines téléphonique et deux « boîtes de réunions » prévues pour 4, d’une surface de… 3 m² ! Il faut être agile, dynamique et foisonnant. D’ailleurs, il est prévu des vélos de recharge et un billard dans le hall d’entrée / zone conviviale.
Finalement, ce que montre cet exemple de plan (qui n’est qu’un avant-projet), c’est que les contraintes de la doctrine Borne imposent des conditions de travail inacceptables. Peu importe comme on tourne les choses, on ne fait pas rentrer 52 postes de travail normaux dans cette halle.

Conclusions

Dans les cas présentés, la messe n’est pas dite, on verra à la rentrée. Et en dernier ressort, rien n’obligera les collègues à intégrer de tels espaces de travail. Globalement, il faut faire connaître la doctrine Borne des 16 m² / résident, la dénoncer et demander son retrait, tout en s’opposant partout à sa mise en place concrète.


[1Un « résident » n’étant pas une vraie personne, on ne le féminisera pas.