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vendredi 16 octobre 2026

Site web CGT FERC Sup Sorbonne Université

Lettre ouverte à Nathalie Drach Teman, présidente de Sorbonne Université

Annoncée par une simple phrase sur l’Intranet le lundi 05 octobre, la fermeture administrative subie par notre université depuis cette date affecte quasiment tous les sites, avec un arrêt complet des enseignements et une forte limitation de la venue des personnels sur place. De nombreux services à destination des étudiants ou des personnels sont fermés, comme la cantine du CROUS, le service de médecine préventive, etc.

Nous constatons en conséquence un chaos généralisé et une dérégulation complète, avec des conditions de travail et d’enseignement qui dépendent des campus, des services, ou même des personnes. Cela a un impact majeur sur le bien-être des personnels et des étudiants.

De nombreux dysfonctionnements induits par le manque de cadre institutionnel ou administratif avec le renvoi systématique de la responsabilité sur l’encadrement intermédiaire donnent lieu à des situations ubuesques : information par boucles Whatsapp, appels et consignes à l’oral, quatre personnels d’accueil mobilisés sur site alors que le campus Malesherbes est fermé, des enseignements en présentiel « sauvage » à l’INSPE Molitor, l’imposition du télétravail à des personnels de catégories B et C dans les bibliothèques , l’IHP pour l’instant non fermé qui devient le réceptacle de toutes les réservations de salles pour les soutenances de thèse ou les réunions de direction, etc, etc.

Quant aux personnels, certains sont en ASA, d’autres en travail empêché, certains en télétravail imposé, d’autres encore sont forcés de venir (et n’oublions pas ceux qui ne savent même pas dans quelle situation ils sont placés...), sans qu’on puisse comprendre nécessairement la logique de ces obligations ou de ces empêchements.

Quant à l’enseignement, les consignes ont changé au gré des jours : il a tout d’abord été proposé d’effectuer des enseignements en distanciel ou de les annuler, avant qu’il ne soit préconisé de ne pas les effectuer en distanciel, et de privilégier soit une annulation pure et simple des enseignements, soit l’envoi de documents écrits par mail ou via Moodle. Puis, au bout de quelques jours, on nous suggère très fortement d’effectuer de l’enseignement distanciel : il peut avoir lieu en mode « synchrone » pour peu que celui-ci soit légèrement raccourci et enregistré pour un accès en mode « asynchrone » ! L’interprétation de ces préconisations est laissée au libre choix des responsables et équipes pédagogiques, faisant peser la responsabilité sur leurs épaules, qui peuvent parfois mettre une pression auprès des enseignants pour imposer cet enseignement distanciel.

Avec cette absence de cadre, les personnels enseignants et BIATSS deviennent les uniques responsables de la mission de service public et se retrouvent seuls à porter le dysfonctionnement institutionnel.

Cette fermeture s’inscrit dans le contexte du mouvement massif lycéen et étudiant commencé fin septembre pour protester contre la dégradation des conditions d’études à tous les niveaux, et contre une inégalité et une sélection croissantes. A Sorbonne Université, une AG a d’abord réuni plusieurs centaines d’étudiants et a conduit à un blocage des portes de l’entrée du site Jussieu pendant quelques heures, le 05 octobre puis le 07 octobre. C’est de manière concomitante à ces blocages que la fermeture administrative de l’université a eu lieu. .

Depuis, une circulaire ministérielle a été publiée incitant les présidents à fermer administrativement les universités, sous prétexte de lutter contre « les troubles à l’ordre public ». Cette circulaire promeut l’enseignement à distance pour les étudiants, en assumant que celui-ci puisse durer et aller jusqu’à des évaluations en ligne.

Face à cette situation catastrophique, une AG des personnels s’est réunie le lundi 12/10 et a demandé qu’une délégation soit reçue par la présidence. Depuis, silence radio, nous constatons que la fermeture administrative continue jusqu’au samedi 17/10, et pourquoi pas peut être au-delà ?

Nous ne comprenons pas cette décision de fermeture. A la lecture de la récente circulaire du ministère, nous interrogeons la présidence :
– s’agit-il d’une nouvelle doctrine de fermeture systématique dès qu’il y a le moindre aléa ?
– en quoi un blocage de quelques heures pour mobilisation dans une université ayant pour mission de cultiver le débat et l’esprit critique est un « trouble à l’ordre public » suffisamment « caractérisé » justifiant une fermeture de 10 jours ?
– les droits et libertés fondamentales s’arrêteraient-elle désormais aux portes des campus ?

Nous déplorons une pression auprès des enseignants pour assurer la continuité pédagogique par tous les moyens (continuité pédagogique qui a pourtant souvent été mise à mal ces dernières années, par exemple avec l’absence de recrutement des personnels nécessaires au CFPB causant la suppression de 20% des TP en Sciences de la vie !) et une pression sur les BIATSS pour assurer une continuité de service public alors même que nous subissons le manque de personnels, de moyens, et la politique d’austérité.

Pour rappel, le cadre légal du télétravail à SU est le suivant : « Le télétravail ne se définit pas par le seul fait du travail à distance. Il est organisé, anticipé et fait l’objet d’un formalisme spécifique. Les autres formes d’activités à distance, non régies par une convention de télétravail, ne constituent pas une forme de télétravail. » et « Dans cette situation, ce mode de travail demeure un outil de continuité de l’activité dont les modalités d’exercice spécifiques sont précisées par Sorbonne Université ».
Dans le cas présent, nous constatons qu’aucun cadre formel n’a été défini, ni négocié avec les organisations représentant les personnels. Cela a pour conséquence le droit pour chaque agent de refuser ce flou et ces modalités chaotiques.

Pour rappel, aucun cadre légal ou réglementaire d’enseignement à distance pour les établissements du supérieur n’existe. Le recours au distanciel doit obligatoirement faire l’objet d’une adoption en instance, avec précision d’une limite dans le temps et de modalités négociées.

Ces deux organisations de travail (télétravail et enseignement à distance) ne devraient pas servir à casser une grève ou faire des économies tant en termes de locaux que de personnels. A ce titre, chaque salarié-e est fondé à refuser ces conditions de travail dégradées, ce qui lui permettra également de « soutenir les revendications légitimes des étudiants et lycéens », comme cela a été suggéré par la présidente elle-même dans son message du 07 octobre ! Les personnels peuvent donc se mettre en grève, un préavis de la CGT étant déposé jusqu’à fin octobre.

Pour la CGT, le distanciel c’est toujours NON et nos convictions ont été renforcées par la funeste expérience du COVID :
– c’est une remise en question de l’égalité d’accès à l’enseignement : les étudiants les plus mal équipés (matériel informatique insuffisant, logement précaire) sont défavorisés ;
– le distanciel est source de souffrance tant pour l’enseignant que pour l’étudiant (absence de convivialité, casse du lien social, solitude, sédentarité…).

Nous refusons catégoriquement le changement de paradigme de la circulaire ministérielle envisageant la tenue des examens à distance.
Comme nous l’avons déjà demandé avec l’assemblée générale des personnels tenue le 12 octobre, nous voulons la réouverture des campus. Les étudiants sont eux-mêmes demandeurs d’une université ouverte pour donner plus d’échos à leurs revendications et mobiliser leurs camarades. Enfin, nous attendons la transparence des décisions prises et réitérons notre demande d’être reçus par la Présidente.