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Enseignement supérieur

CNESER – Déclaration Licence - 12 juillet 2011

dimanche 22 juillet 2012

Licence : un nouvel arrêté qui engage la secondarisation du premier cycle des études supérieures

Le projet de nouvel arrêté Licence a été présenté en urgence le 6 juillet au Comité de suivi de la Licence et de la Licence Professionnelle, selon un calendrier de surcroît bousculé par les agitations ministérielles.

Le CNESER est donc amené à se prononcer sur un texte hérité de la ministre et expédié juste avant son départ précipité sans respecter le nécessaire dialogue indispensable pour un tel enjeu.

À la lecture, de ce projet, la FERC Sup CGT se demande pourquoi il était aussi urgent de publier un nouvel arrêté qui n’apporte aucune avancée réglementaire susceptible de répondre aux besoins de revalorisation du diplôme de Licence : aucune évolution ou mise en perspective du paysage complet des formations de niveau Licence n’est réalisée, aucune augmentation des moyens nécessaires à la réussite des étudiants en Licence n’est envisagée et l’on continue de prétendre que l’insertion professionnelle des étudiants de Licence ne repose que sur une chimérique professionnalisation des formations, sans interroger à aucun moment ni le contexte économique, ni la responsabilité des entreprises, ni celle d’un État qui continue à maintenir des filières privilégiées au sein du système d’enseignement supérieur.

Insertion professionnelle : exonérer le patronat de ses responsabilités

La FERC-SUP CGT constate que l’on ne cesse de se payer de mots en ce qui concerne l’insertion professionnelle : l’absence de stages qui était présentée comme le mal ultime des formations Universitaires trop “théoriques” 1) n’est finalement plus un problème depuis que le gouvernement s’est rendu compte que le volume de stages générés, s’ils étaient rendus obligatoires, serait incompatible avec les capacités d’accueil du monde économique.

La pratique des stages n’est pas conçue comme partie intégrante d’un processus pédagogique mais au contraire comme le gage d’une professionnalisation des études qui pourrait garantir à lui seul -de manière illusoire- l’insertion professionnelle des étudiants.

En outre, la généralisation des stages et des éléments de préprofessionnalisation et de professionnalisation ne pourront que se faire au détriment de la formation disciplinaire. Cet affaiblissement des connaissances disciplinaires mettra en danger la solidité de la poursuite d’études en Master et en Doctorat, et favorisera la dissociation entre enseignement et recherche déjà engagée par la gouvernement.

Pour éviter de reconnaître que la professionnalisation n’est pas le problème le plus important dans l’insertion des diplômés de Licence, le nouvel arrêté tente de déplacer le problème en voulant augmenter la participation du monde socio-professionnel à la définition et à la dispense des formations.

À supposer que toutes les formations de Licence aient besoin de ces intervenants extérieurs, et que les Universités puissent financièrement assumer ces interventions, il s’agit surtout pour nous d’un nouveau leurre qui évite de poser les vraies questions.

Pendant ce temps l’absence complète de référence à la licence pro tend à renforcer l’idée que l’on réforme en vase clos et sans vision d’ensemble des formations de niveau licence.

Individualiser les parcours de formation pour fragiliser le salarié

Les orientations de l’arrêté concernant les référentiels de compétences sont contestables et la CGT n’est pas favorable à cette vision qui tend à évaluer des comportements personnels au détriment des qualifications.

La réforme du LMD et la généralisation du système des ECTS ont déjà largement favorisé la mobilité et le développement de l’individualisation des parcours.

La nouvelle licence et ses référentiels de compétences issus d’une volonté européenne de rompre avec les avancées sociales des systèmes nationaux vient renforcer un mouvement qui met de plus en plus en avant la capacité d’adaptation des futurs travailleurs aux exigences de la mondialisation et de la guerre que se livrent les forces capitalistes. Nous ne sommes pas favorables au système des compétences qui définit des qualités individuelles d’employabilité (savoir-être principalement) qui écartent des garanties collectives et poussent le salarié vers la négociation de gré à gré avec son employeur et patron.

La FERC Sup CGT rappelle qu’elle reste très attachée à la primauté des qualifications qui fondent les garanties collectives des salariés. Elle récuse l’ambiguïté aujourd’hui entretenue autour des termes “compétences” et “professionnalisation” qui sont mis en avant pour travestir les objectifs réels du patronat : l’adaptabilité des personnels aux règles de l’entreprise, leur soumission à la logique de la concurrence et de la mondialisation, l’individualisation des parcours, des carrières et des rémunérations, la flexibilité de l’emploi.

Professionnaliser la grande masse pour réserver la recherche à l’élite

On continue à faire croire qu’il est possible de faire plus avec moins : la volonté affichée de faire une licence qui permettrait à la fois l’insertion directe et la poursuite d’étude en master cache en fait une toute autre réalité quand on prend soin d’observer le contexte actuel des modifications imposées au paysage universitaire.

On assiste en pratique au renforcement d’un petit nombre de pôles qui auront seuls les moyens de développer des formations de master et doctorat en lien avec la recherche en face d’un ensemble plus massif d’établissements dédiés à gérer la grande masse des étudiants engagés dans des licences ne permettant pas une réelle poursuite d’étude.

Avec l’instrumentalisation de “l’excellence” réservée aux plus méritants et aux plus riches, c’est une université à deux vitesses qui est en train de se mettre en place. C’est le maillage à vocation démocratique actuel, permettant un libre accès à l’enseignement supérieur public et de qualité sur l’ensemble du territoire, qui est remis en cause. C’est la régionalisation de l’essentiel de l’enseignement supérieur devant assurer la massification des études supérieures -notamment en Licence- qui est en train de s’imposer.

Le nouvel arrêté ne répond absolument pas au besoin de refondre l’ensemble des formations du cycle licence et ne s’attaque pas aux spécificités françaises qui privilégie des filières élitistes bénéficiant de moyens adaptés, contribuant ainsi à perpétuer la mauvaise image des formations universitaires. Quand on ne pourra plus accéder directement au master, ou qu’on y accèdera de plus en plus difficilement à partir de la licence, des filières parallèles élitistes seront nécessaires et finiront par s’imposer comme c’est notamment le cas avec certaines classes préparatoires aux grandes écoles qui sollicitent désormais un passage direct en master.

La proposition de mise en place de passerelles entre l’Université et les autres formations reste très floue dans le décret (article 9). Cette proposition met surtout en place les éléments risquant d’affaiblir encore les universités publiques en favorisant les conventionnements avec des établissements marchands tirant profits de la concurrence exacerbée par la politique du gouvernement imposées aux universités publiques et laïques.

Une restriction des moyens pour imposer la recomposition

Si la volonté de favoriser la réussite des étudiants en mettant en place un accompagnement individuel (article 8) est louable, force est de constater que cela entre dans la pratique en contradiction totale avec la faiblesse des moyens alloués aux formations de licence qui restent largement inférieurs à ceux alloués à d’autre formations du même cycle.

Le bilan du Plan Réussite en Licence n’a pas été tiré partout ni analysé suffisamment. Le contrôle continu, la mise en place du tutorat, l’accompagnement individuel ont été mis en place à différents niveaux par certaines Universités mais la pérennité des moyens engagés pour ces actions n’est absolument pas garantie et l’évaluation des bénéfices réels de ces dispositifs n’a pas non plus été faite complètement. De nombreux retours nous parviennent faisant état de réelles difficultés à maintenir ces dispositifs pour des raisons budgétaires.

Nous ne pouvons en outre qu’être pessimiste concernant l’évolution de ces moyens puisqu’il a été clairement annoncé par l’ex-ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (V. Pécresse) que des efforts de restructuration seraient nécessaires pour libérer des moyens dans le cadre de l’autonomie 2).

La FERC-Sup CGT s’inquiète de la poursuite d’une réforme qui renforce le processus d’éclatement et de recomposition du système d’enseignement supérieur et de recherche mis en œuvre à marche forcée avec la loi LRU et fondé sur des principes marchands, au détriment de l’intérêt des étudiants, du système d’enseignement supérieur et au final de notre pays.

Par conséquent, la FERC Sup CGT ne peut qu’être opposée à ce projet d’arrêté dont la justification par rapport à l’existant reste à démontrer. De toute évidence, celui ci n’apporte que peu, voire pas de réponses aux questions soulevées par l’objectif très ambitieux de permettre à 50% d’une classe d’age d’obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur. Au contraire, ce nouvel arrêté aggrave considérablement la situation créée par la mise en oeuvre de la réforme LMD et de la semestrialisation qui ont fragilisé les champs, la cohérence et l’organisation disciplinaires de l’enseignement universitaire.

1) dixit L Wauquiez le 16 août 2010 sur RTL : « On voit très bien que les jeunes qui ont des difficultés à trouver un job, c’est des jeunes qui ont fait des formations trop théoriques. » Sauf pour devenir ministre visiblement …

2) Lors de sa dernière participation au Comité de suivi de la Licence et Licence Pro, concernant la question des moyens, Valérie Pécresse a indiqué : “Il y a des restructurations à faire pour libérer des moyens (30% des licences ont moins de 50 étudiants, 30% de masters à moins de 20 étudiants). Il faut mutualiser pour dégager des marges de manœuvre dans le cadre de l’autonomie.”

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