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mercredi 24 juin 2026

CGT FERC Sup de l’Université Bordeaux Montaigne

Conditions de retour à l’équilibre : la CGT vote contre l’affaiblissement durable de notre université

Intervention du représentant de la CGT Sylvain Rigollet sur les Conditions de Retour à l’Équilibre au CA du 19 juin 2026

Pour commencer je souhaite saluer le travail effectué par les collègues des différents services pour la rédaction de ce document dans des délais contraints pour répondre à une injonction tutélaire et des choix politiques.

Permettez-moi afin d’élever le débat et sortir des désaccords entre équipes successives. Et pour cela je vais entamer par une référence littéraire qui ne devrait pas être totalement étrangère à notre président.

Balzac, dans une partie de ses œuvres montre que la dette, ou pour actualiser le concept "le déficit budgétaire", n’est jamais une simple affaire comptable. Derrière les chiffres, les bilans et les créances se cachent toujours des rapports de pouvoir, des arbitrages et des choix de société. Une dette ou un déséquilibre financier ne dit pas seulement ce qui manque ; cela révèle aussi qui paie, qui décide et quelles priorités une institution choisit de préserver.

C’est précisément à cette lumière que nous devons examiner ce projet de Conditions de Retour à l’Équilibre.

Nous reconnaissons la gravité de la situation financière de notre université et la nécessité d’engager un travail sérieux pour retrouver des marges de manœuvre budgétaires. Personne ici ne conteste la réalité des difficultés auxquelles notre établissement est confronté.

Pour autant, nous ne pouvons pas soutenir le projet qui nous est présenté aujourd’hui.

  • Notre premier point de désaccord concerne l’analyse des causes de la situation actuelle.

Les difficultés financières de notre université ne sont pas un phénomène isolé. Elles s’inscrivent dans une crise plus large qui touche l’ensemble de l’enseignement supérieur et de la recherche publics. Une très grande majorité des universités connaissent aujourd’hui des tensions budgétaires majeures. Depuis plusieurs années, les établissements doivent faire face à une augmentation continue de leurs charges, à la dégradation de leur patrimoine immobilier, à l’augmentation des coûts de l’énergie et du numérique, ainsi qu’à des mesures nationales insuffisamment compensées.
Dans ce contexte, nous craignons que le CRE ne fasse porter l’essentiel de l’effort sur les seules ressources internes de l’établissement, alors même que les causes profondes de la situation dépassent largement son cadre.

  • Notre deuxième sujet d’inquiétude concerne l’offre de formation.

Le document prévoit une réduction très importante du volume global d’enseignement avec un volume très conséquent d’heures d’enseignement supprimées en quelques années. Même si cette trajectoire est présentée comme une adaptation progressive de l’offre de formation, il est difficile de croire qu’une réduction d’une telle ampleur puisse être neutre pour les étudiants et les équipes pédagogiques. Derrière ces chiffres se profilent nécessairement des regroupements, des fermetures ou des réductions de parcours, des effectifs plus chargés dans certains enseignements et un affaiblissement de la diversité de l’offre proposée.
Nous sommes particulièrement attachés au fait que les choix relatifs aux formations demeurent guidés par des considérations académiques, scientifiques, culturelles et territoriales, et non principalement par des impératifs de rentabilité ou de soutenabilité budgétaire.

  • Notre troisième préoccupation porte sur les ressources humaines.

Le document présente plusieurs leviers de maîtrise de la masse salariale. Certains consistent à remplacer des emplois par des profils moins coûteux ou à limiter les recrutements. D’autres évoquent la diminution progressive de certaines catégories d’emplois ou de contrats. Même lorsqu’ils sont présentés comme des hypothèses de travail, ces leviers traduisent une orientation qui nous inquiète profondément.
La qualité de notre université repose avant tout sur ses personnels. Les enseignants-chercheurs, les enseignants, les personnels BIATSS, les doctorants et l’ensemble des agents assurent quotidiennement le fonctionnement du service public universitaire dans un contexte déjà fortement contraint. Nous ne pouvons pas accepter qu’un retour à l’équilibre budgétaire repose, même partiellement, sur une logique de précarisation des emplois ou sur une dégradation des conditions de travail. Le recours accru aux contractuels ou aux vacataires, la réduction des perspectives de recrutement ou la diminution des moyens humains risquent à terme d’affaiblir durablement les capacités de l’établissement en matière de formation, de recherche et d’accompagnement des étudiants.

  • Enfin, nous nous interrogeons sur le modèle de développement qui se dessine derrière ce CRE.

Une part importante de la stratégie proposée repose sur l’augmentation des ressources propres : développement de l’apprentissage, hausse des recettes de formation, appels à projets, partenariats, valorisation du patrimoine ou location d’espaces.
Ces leviers peuvent constituer des compléments utiles. Mais ils ne sauraient devenir le fondement du financement des missions essentielles de l’université. Les ressources propres sont par nature incertaines, inégalement réparties selon les disciplines et dépendantes d’opportunités extérieures. Le risque est alors de voir se renforcer progressivement une logique de mise en concurrence des activités universitaires et d’accroître les inégalités entre formations, laboratoires et composantes.

Mais ce qui nous frappe surtout dans ce document est un paradoxe majeur. La conclusion du CRE affirme que les mesures proposées permettront de « rétablir les équilibres financiers de l’établissement tout en préservant ses missions fondamentales de formation, de recherche et de diffusion des connaissances ».
Or les mesures concrètement détaillées tout au long du document racontent une autre histoire. Réduction de l’offre de formation, baisse du volume d’enseignement, économies sur la masse salariale, restructurations organisationnelles, développement accru des ressources propres, externalisations possibles : chacun de ces leviers touche directement aux conditions d’exercice des missions fondamentales de l’université et son rôle de service public d’enseignement supérieur.

La question n’est donc pas de savoir si ces missions seront affectées, mais dans quelle mesure elles le seront.

Présenter ces transformations comme compatibles, par principe, avec la préservation intégrale de nos missions nous paraît constituer davantage une affirmation qu’une démonstration. Nous partageons l’objectif du retour à l’équilibre. Mais celui-ci ne peut être recherché au prix d’un affaiblissement progressif du service public universitaire.

Car au fond, la question qui nous est posée aujourd’hui n’est pas seulement budgétaire. Elle est politique.

Si l’on reprend la leçon de Balzac, le véritable enjeu d’une dette n’est jamais seulement de l’effacer des comptes ; c’est de savoir ce que l’on est prêt à sacrifier pour y parvenir. C’est exactement la question du jour.

Pour notre part, nous ne sommes pas prêts à sacrifier des emplois, des formations, des conditions d’études ou des capacités de recherche pour satisfaire une trajectoire comptable dont les causes trouvent largement leur origine hors de notre établissement. Je rappellerai qu’investir dans l’enseignement supérieur et la recherche est le meilleur moyen de préparer la réussite économique mais aussi les possibilités de développement social du pays pour les années et décennies à venir.

Enfin l’avis du recteur bien que favorable est d’ailleurs lui-même très nuancé, soulignant un nombre conséquent de points de vigilances lié à une approche très optimiste de l’évolution certaines ressources. L’avis conforme du recteur atteste de la recevabilité budgétaire de la trajectoire ; il ne constitue en rien une démonstration que les missions de formation, de recherche et de diffusion des connaissances seront effectivement préservées. C’est précisément cette question, pourtant centrale pour notre communauté universitaire, qui demeure selon nous insuffisamment traitée dans le document qui nous est soumis.

En synthèse de ces éléments la CGT votera contre ce projet de Conditions de Retour à l’Équilibre en cohérence avec le vote il y a 6 mois contre le BI 2026. Faire le dos rond face aux injonctions ministérielles sans majeure opposition aux orientations catastrophiques pour les universités revient à entrer dans une collaboration cautionnant ces axes destructeurs symboles du désengagement de l’État pour le service public de l’enseignement supérieur mettant en péril la liberté de l’enseignement et de la recherche.