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Menu ☰Accueil > l’Echo du Sup > Echo du Sup - Numéro 11 - Juin 2026 - L’IA dans l’ESR ou l’ESR dans l’IA ? > IA en 2026 : outils, usages et enjeux spécifiques à l’enseignement supérieur
Pour comprendre le fonctionnement de l’IA, il faut regarder l’architecture technique derrière les écrans avec son énorme infrastructure matérielle et physique. Car derrière les applis, il y a les clouds et les data centers qui prolifèrent en avalant l’espace, l’eau et l’électricité.
L’IAG est rendue publique par OpenAI avec ChatGPT en 2023. Claude d’Anthropic ou LLaMA de Meta suivent. Début 2026, en seulement trois ans, plus d’un milliard de personnes dans le monde les utilisent. Adoptée deux fois plus vite que les réseaux sociaux et les smartphones (de 20% à 48% entre 2023 et 2025), l’IAG est à la 8ᵉ place du Top 10 des outils numériques les plus utilisés après les smartphones (85 %), les messageries instantanées (75 %), les ordinateurs (65 %), les réseaux sociaux (50 %), les tablettes et enceintes connectées. Selon un rapport 2026 [3], le trafic généré par les agents IA et les navigateurs agentiques a augmenté de 8 000% en un an. Le monopole est détenu par quelques géants
du Big Tech [4] qui contrôlent l’ensemble du numérique, cloud et IA. Ils vendent leurs services à toutes les entreprises de la planète, louent leurs gigantesques serveurs pour entraîner les modèles d’IA, inondent le marché avec de nouveaux produits qui rendent obsolète le système précédent et stockent les données d’à peu près tout le monde. Ce faisant, ils captent tous les revenus publicitaires du trafic et fixent leurs propres règles sans aucune forme d’évaluation ou de responsabilité, ni possibilité d’émettre des mesures de régulation et/ou de législation forte. Soit un marché prédateur estimé autour de 50 milliards d’euros d’ici à 2030.
Selon le baromètre du numérique réalisé par le Credo [5], près de la moitié des Français ont adopté l’IAG en 2025, dont 85 % des 18-24 ans et 33 % des 60-69 ans. Le « gain de temps et la productivité » constituent le premier moteur d’adoption(74 %), devant l’ergonomie des outils. L’usage est quotidien pour plus d’un tiers des utilisateurs et la moitié des 18-24 ans recourent à plusieurs IAg (conversationnel, raisonnement, multimodal).
Étant donné l’omniprésence de l’IA dans la vie des jeunes, c’est l’ensemble du monde éducatif qui est en première ligne. Dans l’ESR, les usages sont déjà largement installés parmi les étudiant·es [6]. L’IA domine largement les moteurs de recherche d’information et d’explication (73 % des utilisateurs), l’aide à la rédaction d’exposés ou de mémoires et la traduction de textes (58 %), la génération d’idées (57 %), la création de contenus (42 %) et la programmation informatique (30 %). Les enseignant·es s’en servent pour élaborer des grilles d’évaluation, préparer des cours ou concevoir des syllabus. Les chercheurs résument et commentent des articles, synthétisent des corpus complexes, génèrent des raisonnements, des protocoles structurés ou du code.
L’IAG s’impose si vite dans notre secteur qu’on ne comprend pas encore les bouleversements en cours [7]. Il semble que les utilisateurs soient de moins en moins méfiants et que des usages se développent en dehors de tout cadre légal [8], sans que les dispositifs institutionnels aient été conçus pour en tenir compte. Cette situation conduit les établissements à repenser non pas seulement la régulation, mais la nature même de leurs missions. On voit se multiplier les chartes et balises d’usage [9], « livres blancs » [10], conventions citoyennes [11], référentiels de compétences [12], manifestes pour [13], objecteurs contre [14], chaires, laboratoires de recherches émergentes [15] et même la gouvernance IA [16]. Preuve que l’IA déstabilise l’université, menaçant de vider de sa substance l’écosystème d’apprentissage et de mentorat sur lequel elle est fondée. Un nouveau sujet de dialogue social pour nos syndicats, si bien que l’Organisation Internationale du Travail appelle à « une surveillance étroite » de l’impact de l’IA sur l’emploi, la transformation des métiers et des organisations [17].
[1] Alan Turing, dans son ouvrage de référence, Computing Machinery and Intelligence, et son “test de Turing” permettant de décider si une machine est intelligente ou non.
[4] Les modèles dominant le paysage mondial : GPT-4o (OpenAI, 63% du marché), Gemini (Google DeepMind intégré dans Android), Claude (Anthropic), LLaMA (Meta), Grok (xAI), Mistral AI (Mistral), DeepSeek (Chine), Copilot (Microsoft)
[15] [Normale-Sup lance un laboratoire pour penser la révolution de l’IA : https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/01/29/normale-sup-lance-un-laboratoire-pourpenser-la-revolution-de-l-intelligenceartificielle_6664658_4401467.html]