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Menu ☰Accueil > l’Echo du Sup > Echo du Sup - Numéro 10 - Février 2026 - Précarités dans l’ESR > Les étudiantes et femmes précaires, premières victimes de VSS dans l’ESR
Camille Borne
Syndicat CGT FERC Sup de l’Ens de Lyon
Comme l’ensemble des secteurs professionnels, l’Enseignement supérieur et la Recherche (ESR) est le lieu d’un ensemble de rapports de domination, dont les rapports de genre, qui se traduisent notamment par des violences sexistes et sexuelles (VSS), à l’encontre des étudiant·es comme des personnels. De fait, pour reprendre les propos du Collectif anti-sexiste de lutte contre le harcèlement sexiste dans l’enseignement supérieur (Clasches [1]), les VSS « ne s’arrêtent pas aux portes des universités, des grandes écoles, ou encore des instituts de recherches, publics ou privés ».
Le Baromètre 2023 des violences sexistes et sexuelles dans l’Enseignement supérieur [2], fondé sur les expériences de plus de 10 000 étudiant·es (dont 71% de femmes), souligne l’ampleur des violences dont elles et ils sont victimes. 60 % d’entre elles et eux déclarent avoir été victimes et/ou témoins d’au moins une des violences citées dans l’enquête (allant de l’outrage sexiste au viol, en passant par l’injure LGBTQIA+phobe), plus d’un quart déclarent avoir été victimes d’au moins un fait de violence sexiste, sexuelle ou LGBTQIA+phobe et un·e étudiant·e sur dix déclare avoir été victime de violence sexuelle depuis son arrivée dans l’ESR. Une sur 20 de viol. Les agresseurs se révèlent être le plus souvent des camarades de promo.
Une enquête spécifiquement consacrée au doctorat montre quant à elle que près d’un quart des doctorantes interrogées déclarent avoir été victimes ou témoins de comportements passibles de sanctions légales au sein de leur laboratoire ; 2,4 % des femmes y ont été victimes ou témoins de (tentatives d’) agressions sexuelles ou de viols ; parmi les doctorantes effectuant un travail de terrain, 40 % ont connu des comportements inappropriés ou des violences ; enfin, 5,3 % des répondantes disent avoir été victimes d’une agression sexuelle pendant un congrès scientifique. 91,2 % des hommes s’y sentent en sécurité, mais seulement 74,5 % des femmes et moins de 60 % des personnes non binaires (Observatoire étudiant des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur, 2024 [3]). L’enquête indique que ces actes sont commis en majorité par les directeurs de thèse.
Ces enquêtes mettent au jour la dimension systémique de ces violences, qui se retrouvent dans les différentes structures et établissements du supérieur, lors de différents événements (festifs, vie quotidienne), et sont commises par des étudiant·es, des enseignants ou d’autres membres du personnel. Plus largement, les violences sont favorisées par un ensemble de circonstances (précarisation du secteur, dépendance des chercheures non titulaires vis-à-vis des titulaires, flou des rapports hiérarchiques, flexibilité des temps et des lieux de travail, etc.). Les événements comme les congrès et journées d’études sont des occasions importantes de socialisation professionnelle, mais ils présentent aussi un risque de VSS, notamment en raison de l’informalité des interactions sociales et de la superposition des temps professionnels et personnels. Les VSS subies par les étudiantes, les doctorantes mais aussi par les membres du personnel ont des conséquences très fortes sur la vie des personnes.
Depuis 2019, les universités ont l’obligation de créer un dispositif de signalement des actes de violence, de harcèlement et d’agissements sexistes. Mais, les administrations universitaires sont encore peu enclines à ouvrir des procédures disciplinaires à l’encontre de professeurs ou de maîtres de conférences parfois reconnus. Seuls 10 % des cas de harcèlement et 14 % des agressions sexuelles font l’objet d’une plainte au pénal. Et à peine 10 % de ces plaintes aboutissent à une condamnation.