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Menu ☰Accueil > l’Echo du Sup > Echo du Sup - Numéro 10 - Février 2026 - Précarités dans l’ESR > Accueil des personnes en exil à l’université : témoignages de victoires
À Lille, c’est suite à l’arrivée importante de personnes exilées à la « jungle » de Calais que des personnels et étudiant·es de l’Université se mobilisent d’abord auprès des associations qui interviennent pour aider ces personnes. À l’annonce du démantèlement de cette dite « jungle », les trois universités lilloises ont pris leurs responsabilités et ont décidé de créer un dispositif d’accueil des publics exilés, le dispositif PILOT. Ce programme permettait aux personnes exilées de pouvoir suivre une année intensive d’apprentissage du français avant de s’orienter vers la formation qui les intéressait au sein d’une des trois universités. Très rapidement, le programme s’est structuré avec le CROUS du Nord et la préfecture du Nord, permettant un accompagnement social et administratif global. Dans les faits, le CROUS gère l’accès à une chambre universitaire et aux repas pour les étudiant·es, la préfecture s’occupe de l’accompagnement administratif à la demande d’asile via l’opérateur de l’État Adoma, qui met à disposition deux travailleurs sociaux, et l’Université s’occupe d’accompagner les personnes pour leur reprise d’études. Le Pilot 1 (2016/2017) accueille 80 étudiant·es, le Pilot 2 compte 40 personnes accompagnées. Ce dispositif a pris fin en 2020 suite à un désaccord avec la préfecture mais les dispositifs d’accueil des publics exilés continuent de fonctionner à l’Université de Lille [1].
En parallèle de cet accueil institutionnel, le collectif Galois, du nom de la résidence dans laquelle les étudiant·es sont installés, composé d’étudiant·es et de personnels de l’Université , se constitue. Il se donne pour objet d’accompagner les étudiant·es dans les démarches administratives pour tous et toutes les exilé·es, intégrés ou non à ce dispositif. Ce collectif alerte régulièrement les différentes universités lilloises sur les difficultés que rencontrent les étudiant·es exilés et porte, dès 2018, un plaidoyer pour la création d’un statut de l’étudiant·e en exil. Le plaidoyer est défendu devant le CA de l’Université de Lille fusionnée en 2019 et une motion de soutien est votée à l’unanimité. Cette motion visait à faire prendre position à l’Université de Lille auprès de la CPU pour la création de ce statut.
En dépit de ce vote, rien ne se passe avant 2021.
Les organisations syndicales CGT-FSU-SUD de l’Université travaillent depuis 2019 avec le collectif sur l’accueil des publics exilés et prennent publiquement position, avec les organisations syndicales étudiantes, contre l’arrêté « Bienvenue en France » qui multiplie les frais d’inscription pour les étudiant·es extra-européens. Dans le cadre de la campagne pour les conseils centraux, le collectif Galois interpelle les différentes listes sur ce plaidoyer et sur cette motion. C’est dans cette logique que la liste intersyndicale CGT-FSU-SUD soutient la motion du collectif Galois en 2021 lors de la campagne pour les conseils centraux afin de faire respecter la motion votée en 2019.
L’équipe présidentielle suivante a d’ailleurs tenu son engagement puisque l’Université de Lille a publié et défend, depuis octobre 2024, un plaidoyer pour la création d’un statut d’étudiant en exil, qui reflète l’état de structuration de l’accueil de ce public au sein de l’Université de Lille mais aussi des difficultés que rencontrent à la fois les publics exilés et l’institution universitaire. Bien qu’imparfait, ce plaidoyer permet de donner un cadre dans lequel nos organisations peuvent et doivent prendre position pour défendre les étudiant·es exilés et lutter contre les politiques xénophobes et réactionnaires que portent les gouvernements successifs, dans un contexte inquiétant de montée des idées d’extrême droite.
Dès 2015, des personnels des relations internationales des différents établissements grenoblois créent le « Groupe réfugiés » pour réfléchir aux améliorations de l’accueil des réfugié·es dans le Supérieur. Plusieurs projets sont lancés. La même année, au niveau du Centre Universitaire d’Études Françaises, un groupe d’enseignant·es lance un des premiers DU Passerelle qui permet à un groupe d’un vingtaine de personnes en exil de suivre gratuitement une année de cours de français à hauteur de 20h par semaine et ainsi de pouvoir poursuivre leurs projets d’études à l’université.
En 2016, réactivé par deux syndiqué·es, le RUSF38 (Réseau Universités Sans Frontières) renaît de ses cendres et voit le nombre de ses militant·es remonter en flèche, permettant une forte mobilisation sur le sujet de l’accueil. Quand quelques semaines plus tard est ouvert un Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO) dans d’anciens logements étudiants, le collectif organise un goûter d’accueil puis une soirée de solidarité qui verra affluer pas loin de 200 collègues et étudiant·es désirant aider les exilé·es logés dans ce bâtiment : ceux-ci bénéficieront de cours de français gratuits, de l’accès aux terrains de sport, d’un accompagnement vers la reprise d’étude ainsi que d’autres initiatives individuelles ou associatives. Le centre fermera en avril 2017.
Fin 2017, alors que de nombreux exilé·es dorment à la rue, une mobilisation se construit et un amphi est occupé afin de leur permettre de se mettre à l’abri. Le Président de l’Université leur propose alors d’occuper d’anciens locaux voués à la destruction : c’est le début du Patio solidaire [2]. À nouveau des solidarités se créent autour d’eux. Ce lieu de refuge, imparfait s’il en est mais indispensable, est toujours là et loge encore une cinquantaine de personnes. Le RUSF38 apportant son aide matérielle ponctuellement.
En 2018, des collègues de sciences sociales, avec des habitant·es du Patio Solidaire, montent le « bureau des dépositions [3] », recueil de lettres paru aux éditions Brouillon Général. Il deviendra atelier d’écriture au centre national d’art contemporain de Grenoble (CNAC) Il donnera lieu à de nombreuses performances artistiques et résidences à travers la France : au théâtre Midi/Minuit et au CNAC (Grenoble), à Un lieu pour respirer (Les Lilas), à radio R22 Tout-Monde, à l’Hexagone (Meylan), à la Maison de la Création (Grenoble), au théâtre des Subsistances (Lyon), …
Toujours en 2018, sur le modèle d’un programme brésilien de l’Université de Curitiba au Brésil, est créé par le RUSF38 le programme Co-FormER [4]. Il s’agit d’un projet de cours gratuits, dispensés par des étudiant·es, à hauteur de 2h par semaine. L’engagement étudiant est reconnu dans leur parcours, les collègues qui les encadrent sont rémunérés en heures complémentaires. Il pourra démarrer en 2019 et continue à fonctionner aujourd’hui avec chaque semestre 5 groupes de français, 4 d’anglais, 1 d’informatique et 1 de maths.
En 2019, à la demande du RUSF38 et des personnels du service des Relations International (RI) du groupe réfugiés, la direction de l’université mandate les RI de l’Université pour monter un bureau d’accueil des étudiant·es en exil. Il s’appelle aujourd’hui Colibri [5] et accueille chaque années plus de 500 personnes, avec le soutien hebdomadaire du RUSF38. Enfin, la direction de l’université a aussi accepté que les candidatures des demandeuses et demandeurs d’asile s’alignent sur celles des réfugié·es : exemption automatique des frais d’inscription et procédure simplifiée de candidature en L1 (exemption de DAP).
Toutes ces victoires, ces initiatives et celles dans d’autres sites universitaires de France n’ont été possibles que parce que des collègues, en particulier syndiqués, des étudiant·es, des collectifs, se sont mobilisés et que leur engagement a été important, créant ainsi un rapport de force et un environnement favorable. L’ambiance actuelle n’est malheureusement plus la même et les menaces s’accumulent contre les droits des étudiant·es étrangers en général.
La mobilisation collective est plus que jamais nécessaire et l’engagement des syndicats indispensable pour protéger ces conquis et en obtenir d’autres. Au niveau fédéral, un collectif intersyndical CGT, FSU et SUD, accompagné du GISTI, a monté une formation à l’accompagnement des étudiant·es étrangers qui devrait tourner dans toute la France. Elle a déjà eu lieu à Lille en Juin et Grenoble en novembre 2025 et sera réalisée à Paris prochainement. Elle a aussi pour vocation de créer des mobilisations locales sur ces questions.
Le rapport d’étude n° 24-03 de l’ONDES est intitulé « les discriminations à l’embauche dans l’enseignement supérieur et la recherche ». Les métiers testés dans cette étude sont assistant de gestion et responsable administratif.
La méthode utilisée consiste à « comparer les réponses des recruteurs à des candidatures fictives semblables en tous points à l’exception d’une caractéristique dont on veut évaluer l’effet ». Les critères testés sont le genre et l’origine géographique.
Les conclusions du rapport sont claires : « Pour la profession d’assistant administratif, la plus testée ici, une origine Nord-Africaine, signalée par le prénom et le nom des candidats, diminue de 8,5 points de pourcentage la probabilité de recevoir une réponse
positive à une candidature en réponse à une offre d’emploi publiée par un établissement d’enseignement supérieur ou par un centre de recherche », à égalité avec ce qui se passe dans le reste de la fonction publique.
Concernant le métier de responsable administratif, si l’on exclue les bassins parisiens, lyonnais et marseillais, qui sont en tension pour ce métier, la discrimination à l’origine géographique est aussi observée.
Le rapport d’étude n° 24-04 de l’ONDES est intitulé « Discrimination à l’embauche des femmes voilées en France : un test sur l’accès à l’apprentissage ». Cette étude prend « la mesure des pénalités associées au port d’un voile musulman sur le marché du travail français ». Là aussi les résultats sont clairs : « le voile est associé à ne forte pénalité dans l’accès à un contrat de travail : il diminue de plus de 80 % les chances d’obtenir une réponse positive à une candidature spontanée pour un contrat d’apprentissage. Comme cet effet est le même pour les candidates d’origine française et maghrébine, l’expérience montre que la pénalité associée au sentiment religieux doit être strictement distinguée de celle de l’origine. »