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Menu ☰Accueil > l’Echo du Sup > Echo du Sup N° 8 - Dossier "Le tout sécuritaire dans l’enseignement (…) > Vidéosurveillance dans l’ESR : souriez…
La vidéoprotection se déploie à toute vitesse dans nos établissements. S’agit-il vraiment de dissuader, de protéger ? Mais de qui, de quoi ?
Depuis quelques années, dans nos établissements d’enseignement supérieur, la vidéo-(protection)-surveillance s’est déployée à bas bruit sur nos lieux de travail. Nos présidences et directions nous le rabâchent : il s’agirait de dissuader, protéger et rechercher a posteriori les auteurs d’un « événement exceptionnel (vol, dégradation, agression) ».
Mais quels « événements exceptionnels » ont donc pu avoir lieu sur nos campus pour expliquer un tel déploiement ?
Clairement, nos établissements ne semblent pas disposer de données chiffrées recensant les atteintes aux biens et aux personnes. L’installation de caméras ne s’appuie donc sur aucune donnée objectivée, il n’y a pas de preuve d’une éventuelle hausse des atteintes aux biens et aux personnes pour justifier le renforcement de la surveillance des campus concernés par ces installations. Il n’y aura donc pas de preuve non plus de l’efficacité des dispositifs installés.
Et sur quels fondements scientifiques repose cette confiance dans les vertus de la vidéosurveillance, alors que leur inefficacité est régulièrement pointée du doigt, que ce soit dans la dissuasion ou la résolution des crimes et délits ?
Protection, dissuasion ou surveillance et contrôle ?
Dans quels cas les pouvoirs judiciaires peuvent-ils faire une demande d’images auprès de l’administration, et sur la base de quels critères cette dernière jugera-t-elle pour autoriser, ou non, la consultation des images de vidéosurveillance par les auteurs de la requête ? À quoi serviront les images des actions revendicatives du personnel et des étudiant·es que les caméras de nos campus capteront ? Nos universités sont-elles devenues des organes actifs de la surveillance des populations ?
Car dans les faits, il s’agit bien de déployer les moyens d’un contrôle poussé des personnes, au prétexte de renforcer la sécurité. On ne manque pas d’exemples internationaux pour observer ce que permet un système de vidéosurveillance en matière de répression des opposant·es politiques, ni d’exemples historiques pour nous apprendre à nous méfier de l’argument : « vous n’avez rien à craindre si vous n’avez rien à cacher ».
Technologies de surveillance et essor de l’extrême droite
Le mouvement actuel d’extrême-droitisation des pouvoirs économiques et politiques dans le monde, dont l’actualité toute récente offre des exemples particulièrement éloquents, est suffisamment préoccupant pour ne pas donner les moyens de leurs ambitions à ces apprentis autocrates, s’ils venaient à exercer le pouvoir. Comment garantir que les technologies de vidéosurveillance ne seront pas utilisées pour surveiller massivement les populations, alors même qu’il s’agit déjà de la direction actuellement empruntée ?
Que font des gouvernants qui se sentent menacés ? Ils se dotent de caméras, ils adoptent la reconnaissance faciale, ils se servent d’événements d’envergure internationale organisés sur leur territoire pour asseoir les technologies sécuritaires.
Aussi, l’argument selon lequel l’utilisation de ces technologies pour museler la société est l’apanage des seuls régimes autoritaires ou dits illibéraux ne résiste-t-il pas à l’épreuve des faits : la France et le Royaume-Uni utilisent la reconnaissance faciale au quotidien.
En matière de surveillance, pour éviter de faciliter le travail de sape de la démocratie par l’extrême droite et ses admirateurs zélés, la solution la plus simple reste de ne pas installer de caméras.
Nous déplorons que nos présidents et présidentes d’universités fassent le choix de consacrer un budget conséquent (frais d’installation, de fonctionnement, de formation...) à la soi-disant sécurité sans se poser ces questions et en enrichissant des entreprises prospérant sur la fabrique de la peur et des promesses de contrôle toujours déçues, au lieu d’améliorer réellement les conditions de travail et d’études.
Dans le concret, deux exemples
Partout dans nos établissements, nous devons demander la suspension des travaux d’installation de la vidéosurveillance, la désactivation des caméras ou autres portiques déjà installés et la tenue de débats impliquant les personnels et les étudiant·es au sein des sites concernés et des instances représentatives de l’établissement [3]. Nos élu·es des conseils centraux et les représentant·es CGT aux CSA et dans les F3SCT doivent se saisir de cette question.
[1] La police prédictive s’appuie sur des algorithmes d’analyse de foule et de comportements suspects, voir l’article.
[2] Voir l’article.
[3] Voir sur le site de la CNIL : "Les instances représentatives du personnel doivent être informées et consultées avant toute décision d’installer des caméras."