"Pour un Service public national d'Enseignement supérieur et de Recherche laïque, démocratique et émancipateur"

Menu ☰

Accueil > l’Echo du Sup > Echo du Sup N° 8 - Dossier "Le tout sécuritaire dans l’enseignement (…) > Cybersécurité, questions de défense et de sécurité nationale, vous êtes formés ?

mardi 17 juin 2025

Cybersécurité, questions de défense et de sécurité nationale, vous êtes formés ?

Chaque année un nombre croissant d’entreprises, d’établissements publics et de laboratoires de recherche sont victimes de captations d’informations stratégiques ou sensibles pouvant être détournées à des fins malveillantes. Former à ces enjeux ou instrumentaliser ?
Frederique Bey, CGT FERC Sup de l’Université de Lorraine

Depuis 2012, un dispositif interministériel de protection du potentiel scientifique et technique de la nation existe et est censé concourir à la sécurité économique de toutes les entités publiques ou privées. La montée en puissance des cyberattaques à l’échelle mondiale justifie par exemple un renforcement de la Politique de Sécurité des Systèmes d’Information (PSSI) dans nos établissements.

Pourtant, force est de constater que la communication et les injonctions qui en découlent, de la part de nos directions, peuvent paraître particulièrement comminatoires : ainsi, fleurissent dans nos établissements des ZRR (zones à régime restrictif) toujours plus nombreuses, plus lourdement encadrées et restrictives, des systèmes de surveillance (pardon, de « protection ») toujours plus intrusifs et organisés, et l’injonction de se former aux questions de cybersécurité présentée comme obligatoire et menaçante : menace de fermeture de comptes informatiques, de suppression des accès aux outils de gestion, donc plus de moyen de travailler, si le ou la collègue ne s’exécute pas rapidement.

S’il est évidemment nécessaire que chacun d’entre nous comprenne et assume les enjeux d’une sécurité numérique et ait quelques connaissances des aspects basiques concernant la cybersécurité, les messages alarmistes et culpabilisants, les menaces, relèvent d’un discours toujours plus chargé de l’instrumentalisation des peurs et des sanctions.

Des formations innovantes ? L’Armée aux manettes…

Dans un autre style, des nouvelles formations, hors maquettes, sont depuis peu construites par certains établissements : toujours promues par les Fonctionnaires Sécurité Défense ou les chargé·es de Mission Référents Défense et Sécurité des établissements, sous la forme de Diplômes d’université (DU) ou de certificats, elles se montent en partenariat avec les états-majors des Zones de Défense, et visent « à sensibiliser et former les étudiants sur les enjeux, les questions, les forces et les missions liés à la Défense et à la Sécurité Nationale, en développant les relations et les échanges entre étudiants et acteurs de la Défense et de la Sécurité. » Les responsables de Master, par exemple, de l’université de Lorraine, ont tous reçu un mail du référent défense sécurité de l’établissement, leur demandant de promouvoir auprès de leurs étudiant·es un nouveau certificat « Défense et sécurité », qui leur « apportera une opportunité unique :

  • être sensibilisé à l’esprit de Défense et de Résilience,
  • être acculturé et réfléchir aux missions, objectifs et évolutions à venir de nos Armées (armée de Terre, de l’Air et de l’Espace et Marine Nationale),
  • être sensibilisé aux thématiques de Défense et Sécurité comme les interventions françaises post-Guerre Froide, de la médecine de guerre, de la cyberdéfense, de la gestion de crise sur le territoire national ou encore la protection des informations et du secret,
  • découvrir concrètement les douanes, les sapeurs-pompiers, la police et la gendarmerie, les forces spéciales,
  • développer une proximité et des échanges avec les acteurs de la Défense,
  • valoriser leur profil professionnel par une compétence Défense et Sécurité certifiée doublement par le Ministère des Armées et par l’Université de Lorraine. »

Dans un contexte où les partenariats entre les universités et les industries de l’armement se multiplient, où le SNU (Service national universel) a failli être généralisé pour les élèves de seconde, nous devons avec les étudiant·es refuser à tout prix la militarisation de l’enseignement supérieur public, notamment en discutant avec nos collègues et en agissant dans nos conseils centraux pour que de telles formations ne puissent pas être montées.