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mercredi 22 avril 2026

Vie de notre syndicat (Nantes), de la FERC-SUP, de la FERC, de la CGT, etc...

Grand Entretien militant : Joël Le Balc’h, une vie de luttes, de l’usine à l’Université de Nantes

À 76 ans, Joël Le Balc’h porte un regard lucide sur quarante ans d’engagement. De l’occupation d’usine en 1979 à la direction du syndicat CGT de l’Université de Nantes, il revient sur un parcours marqué par l’autoformation, la solidarité et la conviction que le savoir est une arme de classe.

Le syndicat : peux-tu nous rappeler tes débuts ? Comment devient-on syndicaliste CGT dans la métallurgie des années 60 ?

Joël Le Balc’h : j’ai travaillé dans la bijouterie (fabrication de boîtiers de montres en métaux précieux pour les grandes marques Suisse), le mécano-soudé pour Framatome, caterpillar, Poclain... jusqu’au choc de 1979. j’ai commencé ma vie professionnelle en 1966 à la Sagem. À l’époque, j’avais un simple CAP.
Le syndicalisme, je suis tombé dedans par nécessité et par admiration. A l’époque, la syndicalisation était un état de fait, et avec les mobilisations, on avait gagné pas mal de droits dans les entreprises (dans la métallurgie, 14ème mois de salaire, semaine de congé supplémentaire). Et puis, je me suis frotté à des militants ouvriers autodidactes qui m’ont fasciné. Ces types avaient une culture générale immense, ils s’étaient formés tout seuls, à l’établi. C’est là que j’ai compris que l’émancipation passait par la culture.

Le syndicat : que s’est-il passé en 1979 ? C’est le moment où ta vie bascule vers l’Université ?

En 1979, suite à des malversations patronales, mon entreprise s’écroule. On a lutté pendant 6 mois pour empêcher la fermeture, car il y avait beaucoup de commandes, on occupait l’usine pour garder les emplois. Les CRS ont fini par nous évacuer.
À 30 ans, je me retrouve au chômage avec mon CAP. Avec des copains, on a décidé de "changer notre fusil d’épaule". On a profité des plans de formation de l’époque pour changer de voie : personnellement, j’ai passé une équivalence du Bac, puis un DUT en génie mécanique à l’IUT de Saint-Denis. C’est ce qui m’a permis d’entrer à Paris 13 à Villetaneuse comme contractuel (de type CNRS) en labo de mécanique. J’y ai milité alors avec Marie-Claude Charrier qui était la secrétaire générale du syndicat, et qui est devenue plus tard la secrétaire générale de l’Union CGT FERC Sup.

Le syndicat : tu arrives à l’université de Nantes en 1990. Quel était l’état du syndicat à ton arrivée ?

C’était très modeste ! On était 7 ou 8 adhérents. Je suis resté un peu en retrait au début, le temps de prendre mes marques comme chef de service à l’IUT, puis j’ai repris l’activité militante en 1992. J’ai été élu au Conseil d’Administration et, en 1993, je suis devenu Secrétaire Général (en remplacement de Marie-Claude Garro). On a fait un gros travail de terrain (parfois laborieux, mais au final, payant) : tournées de services, assemblées générales... On est montés jusqu’à 60 adhérents en 2009. À l’époque, c’était un syndicat très "technique et ouvrier" (ATOS), même si j’ai toujours poussé pour qu’on s’ouvre aux enseignants.

Le syndicat : tu as siégé au Conseil d’Administration avec une certaine Sophie Binet. Quel souvenir en gardes-tu ?

Un excellent souvenir ! Sophie était étudiante à Nantes à cette époque. On a mené ensemble les batailles contre le CPE en 2006 et contre la loi LRU (autonomie des universités) en 2009. Je l’ai côtoyée dans les instances, j’appréciais énormément son dynamisme. C’était la preuve que le combat des personnels et celui des étudiants sont indissociables.
On a beaucoup travaillé en intersyndicale avec la FSU et FO, à l’époque.

Le syndicat : tu as connu de nombreux présidents d’université. Lesquels t’ont marqué ?

Il y a eu des relations conflictuelles, notamment avec le président Tanguy qui voulait tout bousculer brutalement. Mais je garde un souvenir très positif de François Resche, un médecin. Il était plus à l’écoute. C’est avec lui qu’on a finalisé, avec moi et d’autres représentant·es des personnels, la création du Comité des Personnels de l’Université de Nantes (CPUN). Je regrette d’ailleurs qu’aujourd’hui ce comité soit devenu un simple service administratif comme un autre, alors qu’à l’origine, c’était une structure gérée véritablement par et pour les personnels.

Le syndicat : quelles ont été tes responsabilités syndicales ?

A l’université, j’étais donc secrétaire général du syndicat FERC SUP CGT de l’Université de Nantes (à l’époque nous étions syndicat d’établissement), je siégeais au conseil d’administration et dans des commissions paritaires nationales. J’ai eu un mandat à la commission exécutive de l’Union Locale CGT de Nantes (tandis que Marie-Claude Garro, autre dirigeante de notre syndicat siégeait à la commission exécutive de l’Union Départementale CGT de Loire Atlantique). J’ai eu aussi des responsabilités nationales au sein de l’union des syndicats de la FERC de l’enseignement supérieur. Bref, j’ai eu un beau parcours syndical, qui m’a permis de rencontrer un tas de syndicalistes CGT un peu partout en France. A commencer par Bernard Thibaut, qui à l’époque, était secrétaire général confédéral, et qui est venu sur le site de l’université de Nantes, à notre rencontre.
A la fin de ma carrière et au début de ma retraite en 2009, j’ai siègé au CESER des Pays de la Loire avec le groupe CGT.

Le syndicat : tu as terminé ta carrière comme Ingénieur d’Études. Le syndicalisme a-t-il été un frein ou un moteur pour ta progression professionnelle ?

Un peu des deux. J’ai fini Ingénieur d’Études, et le ministère a reconnu mon investissement. J’ai été responsable du service général de l’IUT de Nantes depuis mon arrivée presque jusqu’à la fin de ma carrière : j’ai été conseiller à la présidence pour la formation professionnelle. Mais on ne va pas se mentir : quand on est étiqueté CGT, on subit forcément des formes de discrimination dans la carrière. J’aurais pu finir IGR.
Pourtant, je ne regrette rien. Le syndicalisme m’a tout apporté sur le plan humain et intellectuel !

Le syndicat : quel message souhaites-tu passer aux adhérent·es actuel·les du syndicat de la CGT Nantes Université et aux jeunes qui s’engagent ?

La situation est dure. Entre le contexte politique, l’éruption du RN et les crises économiques, on pourrait être tentés par le découragement. Mon seul conseil, c’est de s’accrocher. Il faut continuer à lutter, inventer de nouvelles formes de mobilisation, mais surtout rester structurés ensemble. Ne lâchez rien !

Ci-dessous, les dates clés de Joël

• 1966 : Entrée dans la vie active
• 1967 : Premières luttes à la SAGEM à Argenteuil (95)
• 1979 : licenciement et 6 mois d’occupation d’usine.
• 1986 : titularisation à Paris 13.
• 1993-2009 : secrétaire Général du Syndicat Ferc Sup CGT de l’université de Nantes.
• 2006-2009 : luttes contre le CPE et la LRU aux côtés de Sophie Binet.
• Aujourd’hui : retraité actif à l’Association des Personnels Retraités de l’Université de Nantes