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mercredi 21 janvier 2026

Réformes, vie pédagogique,...

Conscience de classe à l’université, un gros mot ?

« Conscience de classe à l’université » ? Un gros mot à l’université de Nantes et ailleurs ?

Editorial de la newsletter CGT FERC Sup NU du 19 au 23 janvier 2026

L’université n’est pas un lieu à part, préservé par les augures du savoir et de la recherche, contrairement à ce qu’on croit parfois… C’est bien un endroit où l’on travaille. A commencer par les personnels (et même les étudiants travaillent, n’en déplaise là encore à ce qu’on pourrait croire). Même un·e enseignant·e-chercheur·e ou un·e professeur·e, ne fait pas qu’enseigner, que chercher, que professer, il ou elle travaille avant tout ! Il ou elle n’est pas artiste créateur au-dessus des contingences, séparé de ce qui l’entoure, de ceux qui l’entourent. Va donc enseigner, chercher, sans tes collègues Biatss ! Qu’ils soient administratifs ou techniques… Sans les obscurs, les sans-grade, sans les invisibles qui eux aussi font « tourner le métier » de notre université
Bref, nous, agent·es titulaires et contractuel·les, embarqués sur ce radeau de la Méduse de Nantes Université, nous ne vivons pas de nos rentes, de notre art : nous gagnons notre vie par notre travail. Nous ne la gagnons sans doute plus à la sueur de notre front (encore que…), mais en tout cas par notre force de travail que nous engageons dans les rouages de notre activité professionnelle.
Nous sommes des travailleur·euses soumis non pas à un contrat, comme dans le privé, mais à de la subordination tout de même, à des horaires, à un lieu de travail qui nous contraint. Eh oui ! même un E-C, même un professeur, cela a une hiérarchie  : alors, oui, pas vraiment en termes académique ni pédagogique, mais tout de même sur le plan fonctionnel (par exemple, en ce qui concerne les conditions de travail, justement), il y a bien un lien de subordination avec la Présidence ou la direction d’un IUT par exemple. Quant aux Biatss, on se charge assez fréquemment de leur rappeler la laisse à laquelle ils sont attachés. La plupart du temps, il n’y a pas besoin de faire de « rappel », nous sommes un peu sur le mode de la servitude volontaire, de l’acceptation tacite de cette hiérarchie stricte qui caractérise la fonction publique. Nous sommes donc des travailleur·euses, oui, subordonnés comme les salarié·es du privé…
Comme elles et eux, nous vendons à l’État et à la Présidence de l’Université du temps de travail, notre intelligence, nos savoir-faire. Nous produisons d’ailleurs des richesses, quoique puisse penser le contempteur libéral bas du front. Va d’ailleurs produire sans savoirs, sans formation ! Quoiqu’en disent les thuriféraires du MEDEF, le Capital sans travail vivant (celui de notre force de travail), cela ne produit pas de petits : aucune richesse, nada ! D’ailleurs, le Capital est né de notre travail, le bougre, l’ingrat éternel ! Il n’y a pas de parthénogénèse de la richesse, c’est bien les travailleur·euses qui ruissellent…
Oui, nous produisons de l’intelligence, du savoir, des êtres humains capables de réfléchir, de s’émanciper (encore un gros mot dans ce monde moderne de tisane où l’on vend la servitude à l’encan comme si c’était une liberté) ! Nous ne sommes pas censés être d’ailleurs les serviteurs zélés d’un dieu Baal du Marché à qui nous sacrifierions les étudiant·es, chair fraîche d’un Moloch entrepreneurial… C’est bien pourtant ce qu’on nous demande de faire depuis quelques temps déjà…
Oui, nous sommes des travailleur·euses, pas seulement des agent·es de la Fonction Publique et des services publics qu’ils et elles servent, normalement avec des valeurs qui transcendent le rapport utilitaire et marchand.
Nous manquons souvent, par contre, de conscience, plus précisément nous ne prenons pas assez conscience que nous appartenons à un collectif, celui des travailleurs subordonnés, justement. Nous sommes oublieux de ce qu’il y a bien un rapport de classes. Car nos intérêts divergent entre nos employeurs et nous-mêmes : nous ne nous baignons pas dans le même fleuve. Logiquement, nos employeurs publics, surtout maintenant que nous sommes plongés dans une doxa libérale, veulent tirer toujours plus de nous pour le même prix, ils veulent tirer le plus de notre force de travail. Nous, nous voulons la préserver, nous voulons conserver des conditions de travail qui permettent de la reconstituer, mais aussi qui nous permettent de nous émanciper dans et hors du travail (les loisirs, le temps libre, la culture,…Tout un projet, celui de la CGT !). Nous voulons pouvoir vivre bien de notre travail, que notre salaire soit digne. Nous voulons même peut-être, encore une obscénité, autre chose ? Une autre société ? Plus humaine ? Plus fraternelle ? Rêvons un peu, non ? C’est la nature humaine, sa grandeur.
A perdre conscience, la conscience de notre appartenance à une classe, nous avons tendance à nous délier, à ne plus faire corps, à nous replier sur notre individualité (ah, ce fameux développement personnel qu’on nous serine, au travail aussi, avec la sophrologie capable de nous transcender, de nous permettre de supporter l’inacceptable, et surtout de ne jamais nous amener à remettre en question l’organisation du travail). Comme si dans le travail, nous étions les propres artisans de notre devenir professionnel, comme si la présence de celles et ceux qui nous entourent s’estompait au profit de la seule tâche à accomplir et de notre propre réalisation personnelle.
Comme si cette présence des autres représentait même une menace, puisque nous sommes mis de plus en plus en concurrence pour un poste, une promotion, une opportunité professionnelle… Tout un petit univers rêvé d’employeur où la résistance collective est aux oubliettes, où chacun se sauve comme il peut, même en tirant dans les pattes de son collègue.
Mais si nous récupérions notre conscience de classe, au-delà des miroirs aux alouettes qu’on nous tend, si nous faisions corps ensemble, à la CGT FERC Sup par exemple, que croyez-vous qu’il adviendrait ? Ne serions-nous pas fort·es ensemble pour résister à ces pluies d’oppression du jour le jour, pour réclamer autre chose que ce qu’on nous donne pour travailler, pour vivre ? Soyons tout ?