"Pour un Service public national d'Enseignement supérieur et de Recherche laïque, démocratique et émancipateur"

Menu ☰

Accueil > Syndicats > Île de France > Université Paris Cité

lundi 29 juin 2026

Syndicat CGT FERC Sup de l’Université Paris Cité

Réponse au communiqué sur une situation de VSS à l’UPC - IPGP

Mercredi 24 juin à 9h, 80 personnes se sont rassemblées devant l'Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP), à l'appel de la CGT et du collectif des doctorant⋅es en lutte de l'établissement.

Ce rassemblement avait un double objectif. D’une part, apporter du soutien à une doctorante victime de violences, harcelée et agressée sexuellement sur son lieu de travail, dont le témoignage a été partagé à l’assemblée. Celle-ci, après avoir signalé les faits à l’administration en octobre 2024, est restée et reste exposée quotidiennement à son agresseur. D’autre part, soutenir la mobilisation des doctorant⋅es de l’IPGP contre les violences sexistes et sexuelles dans leur établissement. Ceux-ci ont présenté les résultats d’une enquête menée sur le sujet, ainsi qu’une tribune portant des propositions concrètes pour l’amélioration de la prise en charge institutionnelle des violences.

Cette action a été un succès, et le nombre de personnes rassemblées a de toute évidence démontré l’urgence que l’administration se saisisse de cette question et protège les travailleuses en écoutant leurs revendications.

Lien vers un article du journal L’Humanité sur la mobilisation avec un témoignage de la victime

Pourtant, la veille, mardi 23 juin, l’Université Paris Cité et l’IPGP avaient envoyé un communiqué conjoint à l’ensemble des personnels, décrédibilisant cette mobilisation et niant du même coup le parcours douloureux de la victime. Ne pouvant laisser des propos fallacieux sans réponse, nous proposons un retour aux faits.

En préambule, nous tenons à dire notre stupéfaction et notre profonde consternation face à la diffusion d’un texte qui traduit une absence totale de considération pour l’intérêt de la victime. Après presque deux ans à se débattre dans des procédures aussi épuisantes qu’inutiles, ce communiqué de l’institution — qui ne cherche qu’à se protéger elle-même — a été vécu comme une énième claque. À l’opposé des méthodes utilisées par l’administration, c’est donc avec l’accord et la confiance de la victime que nous vous adressons ce contre-communiqué.

Fact-checking

Communiqué : « À l’issue de cette enquête, une procédure disciplinaire a été engagée et a conduit au prononcé d’une sanction disciplinaire à l’encontre de l’auteur des faits. »

L’auteur des faits étant personnel CNRS, c’est cette institution qui a prononcé la sanction. Le CNRS n’a toutefois pas jugé bon de tenir informée la victime, et nous ne connaissons donc ni la date ni la nature exacte de la sanction ; nous inférons seulement que celle-ci n’a pu excéder quelques jours de suspension, puisque l’agresseur est demeuré bien présent sur le lieu de travail.

La procédure disciplinaire n’a par ailleurs pas été respectée. Celle-ci prévoit en effet que l’administration prenne les mesures conservatoires nécessaires pour assurer la sécurité de la victime : aucune mesure de la sorte n’a été prise.

Communiqué : « La protection fonctionnelle a été accordée à la personne (...) en mars 2025. Les modalités pratiques et financières de sa mise en œuvre sont en cours de finalisation (...). »

Mars 2025, et depuis rien : faut-il donc plus d’un an pour discuter des "modalités pratiques et financières de la mise en œuvre" d’une protection fonctionnelle ? La victime a demandé le 9 avril 2025, puis le 12 mai 2025 la procédure à suivre pour obtenir le remboursement des frais juridiques et médicaux couverts par la protection fonctionnelle, sans réponse. La CGT a à son tour demandé le remboursement des frais, par des courriers du 16 mars 2026, du 13 mai 2026 et du 26 mai 2026, factures, attestation et RIB à l’appui, sans plus de succès.

La protection fonctionnelle implique également la mise en sécurité de la personne qui en bénéficie. Or, il a fallu attendre mars 2026, un an après l’acceptation de la demande (donc un an et demi après le signalement), pour que l’agresseur soit déplacé, après d’innombrables demandes de la victimes et l’intervention de la CGT. Cette mesure de protection n’a pas été effective, puisque l’auteur des faits a conservé l’accès à son ancien bureau et s’est permis d’accéder aux espaces collectifs fréquentés par la doctorante. Pire, il a multiplié les intrusions dans le bureau qu’elle occupe, faisant ainsi démonstration de présence — et d’impunité. Les alertes adressées par la CGT et la victime à l’IPGP le 13 mai, le 21 mai, le 3 juin et le 17 juin n’ont rien changé à la situation.

Communiqué : « À la suite des échanges intervenus ces dernières semaines entre l’IPGP, l’Université Paris Cité, la mission Égalité-Diversité-Inclusion et les représentants du personnel, une réunion doit se tenir le 24 juin 2026 avec la personne concernée et les organisations syndicales. »

Les échanges ne sont pas intervenus "ces dernières semaines" mais bien "ces derniers mois" : le premier courrier de la CGT Paris Cité à ce sujet date du 27 février.

Le rendez-vous prévu mercredi après-midi était seulement un rendez-vous avec la DGS et le responsable RH de l’IPGP, que nous avons accepté faute de mieux puisque que le directeur de l’IPGP et le président de Paris Cité n’ont pas donné suite à la demande adressée par la CGT le 3 juin de les rencontrer en présence de l’ensemble des services impliqués (service juridique, cellule d’écoute). Nous avons également rencontré la présidence de Paris Cité hier matin, jeudi 25 juin : bien que nous l’ayons abordée cette réunion n’était pas dédiée à cette affaire, il s’agissait d’une simple réunion de dialogue social reportée qui est tombée de manière fortuite le lendemain du rassemblement.

Premiers résultats de la mobilisation et suites

Ce cas l’illustre de manière limpide : le problème n’est pas tant la libération de la parole que la réponse institutionnelle à la parole. Il ne suffit pas de cocher des cases, "enquête", "sanction", "protection fonctionnelle", encore faut-il garantir l’effectivité de la protection des victimes. Les discussions avec l’IPGP et l’Université Paris Cité ont permis de premières avancées.

Concernant l’éloignement de l’agresseur, l’IPGP s’est engagée à rendre effectif d’ici une semaine son déplacement et celui de la totalité de ses affaires dans un nouveau bureau. En revanche, l’établissement a refusé de s’engager sur une mesure d’interdiction d’accès au bâtiment dans le cas où l’agresseur entrerait de nouveau en contact avec la victime, estimant qu’il définirait sa réponse sur le moment. Enfin, l’IPGP nous a indiqué se tenir à l’écoute des besoins de la doctorante concernant des aménagements de sa thèse, pour tenir compte de l’impact des violences sur son travail.

Concernant le remboursement des frais, l’Université Paris Cité s’est engagée à rembourser rapidement les frais médicaux déjà engagés. Une incertitude demeure sur les conditions de remboursement des frais juridiques, que nous espérons lever bientôt.

Le syndicat salue ces premières réponses positives et continuera d’accompagner la doctorante victime jusqu’à ce qu’elle soit placée dans une situation satisfaisante du point de vue de sa santé, de ses conditions de travail et de la réparation du préjudice subi.

La lutte ne s’arrêtera pas là. Le collectif des doctorant⋅es de l’IPGP a soumis à l’occasion du rassemblement de mercredi 24 juin de nombreuses propositions concrètes pour limiter et traiter les situations de violences dans l’établissement. Il a affirmé être ouvert et favorable à des discussions avec la direction, pour apporter des solutions tant sur les questions d’organisation, que de procédures internes ou de formation des personnels.

C’est une chance pour l’IPGP que d’avoir un collectif de jeunes chercheur⋅euses mobilisé⋅es, organisé⋅es et volontaires pour apporter des propositions : pour concrétiser son engagement sur le sujet des violences, la nouvelle direction devrait saisir la possibilité de travailler avec elleux et à partir de leurs demandes. Nous regrettons donc le mauvais signal envoyé par l’IPGP, qui a fait fermer l’adresse mail de ce collectif mercredi matin, au moment même où les doctorant⋅es appelaient au dialogue. Nous espérons que la direction reviendra sur sa décision et acceptera le cadre d’échange collectif qui lui est proposé. La CGT Paris Cité se tient bien entendu disponible pour médiatiser les échanges entre les doctorant⋅es et leur laboratoire, si cela devenait nécessaire.

Le syndicat appuiera jusqu’au bout cette mobilisation, afin que celle-ci débouche sur une meilleure protection des victimes de violences, et une amélioration des conditions de travail pour toustes !