"Pour un Service public national d'Enseignement supérieur et de Recherche laïque, démocratique et émancipateur"
Menu ☰Accueil > Les dossiers > Les instances > CNESER > CNESER permanent du 7 octobre 2025 - Interventions CGT et votes
Intervention CGT
La CGT s’associe aux propos liminaires précédents qui sont unanimes. Nous avons évoqué à cette tribune depuis quelques mois les conséquences délétères pour certains EPST et universités, des dysfonctionnement graves dus aux premiers déploiements de SIFAC+. Le rapport d’audit demandé par les personnels de l’INSERM est riche d’enseignement non seulement concernant ce cas d’école mais surtout sur la généralisation du modèle de management actuel qui conduit à l’enchainement de multiples décisions déconnectées du terrain. Tout ceci conduit à un aveuglement général face à des signaux d’alarmes pourtant bien visibles. A cela s’ajoute le choc frontal entre réflexions pour le bien collectif et motivations individuelles destinées à faire plaisir à ceux qui sont au-dessus et à négliger ce qui vient d’en dessous. L’armée des courtisans a donc de belles années devant elle. Contrairement à ce que peut évoquer la direction de l’INSERM : non rien n’est encore réglée, un bon nombre de factures sont en souffrance, des marchés sont dénoncés et des bugs importants subsistent. Je voulais donc connaitre quelle était le suivi du ministère sur ce problème. Nous avons, voyez-vous, plus confiance dans ce que vous allez nous dire que dans ce qui nous est dit localement à tous les étages hiérarchiques de l’INSERM.
Intervention CGT
Quand elle a quitté la DGSIP Anne-Sophie Barthes a dit qu’elle était fière d’avoir permis au CSLMD, je cite " qui était une instance poussiéreuse" d’être utile par le biais de l’évaluation des fiches RNCP. C’était oublier que cette instance s’était précédemment saisi du projet d’imposer le Toefl ou le Toeic aux étudiants sans aucun financement associé. C’était oublier que l’on s’était intéressé aux premiers prémisses de Parcoursup en alertant sur le risque d’entrisme de l’enseignement privé. C’était oublier les auditions concernant la réforme des études médicales soutenue par les doyens qui dénonçaient alors le "drame national" du redoublement mais dont on voit maintenant qu’elle est fortement critiquée par ces mêmes doyens entre autre parce que le redoublement réapparait via des années "zéro" dans le privé ou via l’inscription en LAS.
Donc le CSLMD allait enfin se mettre au turbin via l’analyse "à la chaine" de plusieurs centaines de fiches RNCP. On rappellera simplement que ces fiches quasi-illisibles pour le grand public, servent surtout actuellement à l’enseignement privé à semer le trouble dans la dénomination des diplômes. En effet elles n’ont d’impact que parce qu’elles donnent un semblant d’officialisation via la mention "inscrit au RNCP" ou "contrôlé par l’état". Ces fiches ont cependant pris une importance inédite depuis que l’HCERES en fait un outil privilégié de son évaluation via les blocs de compétences. Loin est le temps où l’on nous disait que tout cela n’aurait aucun impact sur l’aspect pédagogique. Il est maintenant entendu que les maquettes doivent coller au mieux avec les injonctions des fiches. Exit donc les socles de connaissances qui faisaient la base de la réflexion et bienvenue au kaléidoscope des verbes d’action. Vous êtes-vous seulement intéresser à savoir comment sont accueillies ces injonctions sur le terrain ?
Tout cela revient à une pédagogie de la mise dans le bain (pourquoi pas) influencé par la dialectique managériale. Ce qui a été élaboré pour l’enseignement dans la voie professionnelle a tout bonnement été généralisé à l’ensemble de l’enseignement supérieur. On voit clairement que la fonction à optimiser c’est l’apport à court terme pour l’entreprise transformant ce qui aurait du être une formation solide permettant une meilleure adaptabilité en un kaléidoscope de pratiques, plein de trous et délétère pour l’esprit critique et la curiosité. .
Toutes les mesures actuelles étaient évoquées de façon précise dans un document, datant de 2017, intitulé "Éduquer mieux, former toujours : un manifeste pour l’éducation, l’enseignement supérieur et l’apprentissage", vademecum du Medef concernant l’enseignement.
"Les diplômes sont bâtis sur une logique de savoir et non de compétence". "Il faut doter les universités d’une totale liberté d’organiser leur gouvernance interne", "Si l’on s’en tient au seul volet pédagogique, celui qui vise à garantir des contenus de formation conformes aux besoins en compétences de l’économie, l’entreprise doit impérativement investir le processus d’élaboration des certifications professionnelles au premier rang desquels, les diplômes nationaux professionnels. Il serait vain de considérer que les diplômes nationaux sont la seule affaire de la formation initiale et donc de l’Éducation nationale. "
Non content que tout cela ait été mis en place, avec les effets d’aubaines et les dérapages concernant l’apprentissage que l’on sait dans le secteur privé, il apparait une volonté d’aller encore plus loin via la dérégulation des diplômes et l’apparition des microcertifications.
Mr Sciberras redit régulièrement que la haute technicité des ingénieurs français a fait perdre beaucoup de marchés à la France et qu’il propose d’intégrer un bloc transversal obligatoire de connaissance des affaires pour toutes les professions techniques.
Soumis à ces réformes court-termistes, alors même que l’on constate une dégradation de la qualité de l’enseignement avec perte de technicité, on décide d’appuyer sur le champignon pour précipiter un processus qui a déjà conduit à une désindustrialisation accrue et à une pénurie dans les métiers techniques. On continue à faire croire que les enseignants sont déconnectés du quotidien et que les évolutions actuelles sont dues aux méthodes passées alors que la vision utilitariste a largement diffusé dans le domaine scolaire et l’enseignement supérieur.
À quand un véritable bilan de ces réformes ?
Intervention CGT
Merci pour la présentation et cette enquête qui met en lumière les conditions de travail dégradées des salarié·es de l’ESR et de nombreuses étudiantes. En guise de conclusion, vous insistez beaucoup et à juste titre sur la prévention. Alors oui bien sûr, le micro-management toxique par exemple fait beaucoup de dégâts. Mais vous parlez de difficultés structurelles sans jamais évoquer les problèmes de financements, le manque de moyens, la compétition érigée en dogme, les appels à projets incessants pour financer sa recherche ou l’influence néfaste des indicateurs et autres "ranking". Tous les groupes de QVCT que vous voudrez ne règleront pas ces problèmes véritablement structurels. En cela vous manquez, il nous semble, les conclusions principales de votre enquête.
Une question : on observe une discordance sur l’avis concernant le travail en distanciel de la part des enseigant·es ou des personnel.les et des étudiant.es. Parle-t-on de la même chose ? Je pense que cela ne veut pas dire que les enseignant.es parlent des cours en distanciel.
Intervention CGT
L’École Polytechnique propose un ensemble de diplômes d’établissement dits MScT (Master of Science and Technology) qui ne sont ni des diplômes d’ingénieur, ni des Diplômes Nationaux de Master, mais qui permettent d’attirer des étudiantes et des étudiants étrangers capables de payer des frais d’inscriptions élevés en plus des frais de vie en région parisienne. Les taux d’insertion professionnels sont très bons. Un centre des carrières aides les étudiant.es à trouver un emploi ou un stage et propose des suivis individualisés. Les cours sont assurés par des E/C de l’X, d’IPP ou d’HEC et par des professionnels des secteurs concernés, certains sont mutualisés avec la 3e année du cycle ingénieur. L’enseignement est indéniablement adossé à la recherche, notamment celle développée à IPP dans ses centres inter-disciplinaires. On a donc affaire à une formation de première qualité. Mais le plus gros souci se situe ailleurs.
En effet, les frais annuels de scolarité vont de 12100€ pour une étudiante ou un étudiant d’IPP à 39900€ pour les formations co-portées par HEC. Pour mémoire, les frais d’un Master national IPP s’élèvent à 254€ pour un étudiant de l’UE. C’est proprement scandaleux. Qu’avez-vous fait de l’héritage de Fourcroy, de Monge et de Prieur de la Côte d’Or ? Dans cette école, Arago dit que "le fils d’un ancien duc et pair ne devait avoir aucun privilége sur le fils du plus humble artisan ; la cabane et le palais se trouvaient placés sur la même ligne." Où en est-on deux siècles plus tard ? Où se situe le "service de l’intérêt général" vanté par le rapport d’activité 2024 quand une étudiante ou un étudiant doit débourser 39900€ par an ? Certes, une politique dite "sociale" est mise en exergue, mais c’est presque un exercice de style dans l’enceinte du CNESER. Elle consiste en différentes bourses dont on ne connaît ni le nombre ni le montant. Comme souvent, l’accès à des prêts avantageux pour s’endetter auprès des banques et l’alternance (c’est-à-dire travailler pour payer ses études) sont présentés comme favorisant l’égalité des chances. La politique dite "sociale" s’appuie également sur du mécénat alors que les enquêtes récentes du collectif Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur (EIES) et de l’Observatoire des multinationales décrivent une école "sous emprise" des intérêts privés et que les accords de l’École avec ces mécènes sont entachés d’opacité, comme l’a montré l’association Acadamia pour l’accès citoyen aux documents administratifs dans le milieu académique et culturel.
Dans ces conditions, la CGT ne peut que s’opposer à l’attribution du grade de Master aux MScT de l’École Polytechnique.
Résultat du vote : 4 POUR, 23 (dont CGT) CONTRE, 2 ABS, 0 NPPV
Résultat du vote : 24 (dont CGT) POUR, 0 CONTRE, 1 ABS, 4 NPPV
Intervention CGT
Comme nous l’indiquons souvent ici, la CGT est attachée au monopole public de la collation des grades universitaires ; nous sommes donc opposés à l’autorisation pour des établissements privés à délivrer des diplômes visés par le Ministère et à l’attribution des grades universitaires pour ces diplômes de l’enseignement supérieur privé. Au-delà de cette position de principe, dans le dossier d’Audienca SciencesCom, si la formation du Bachelor semble sérieuse et si, contrairement à de nombreux dossiers que nous voyons dans cette instance, la politique sociale paraît réelle, il n’en reste pas moins que les frais de scolarité s’élèvent tout de même à 7900 € par an à comparer aux 170 € d’inscription en 1er cycle universitaire dans un domaine où il existe de nombreuses formations publiques. Par ailleurs, le programme du même établissement à Bac +5 n’a pas reçu l’aval du Ministère pour obtenir le grade de Master. On peut donc légitiment s’inquiéter du sort des étudiantes et étudiants qui voudraient poursuivre leurs études après le Bachelor.
Résultat du vote : 3 POUR, 24 (dont CGT) CONTRE, 2 ABS, 0 NPPV
Intervention CGT
En lisant le dossier, on a trouvé ambiguë la ou les écoles concernées par la reconnaissance.
Résultat du vote : retirée du vote.
Intervention CGT
Il y a quelques années, vous aviez présenté votre école au CNESER et une certaine symbiose avec le site de Cachan. Maintenant, il s’agit de Villejuif. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il s’est passé ? On aimerait avoir autant de financements dans le public.
Résultat du vote : 0 POUR, 26 (dont CGT) CONTRE, 1 ABS, 1 NPPV
Intervention CGT
L’absence d’élément autre que le rapport HCERES, ne faisant pas référence au coût des études et à la part de boursiers ne nous donne guère d’informations sur l’accessibilité financière de votre école. Il serait intéressant de savoir si une école de référence comme la vôtre, reconnue internationalement, permet à un jeune d’une famille modeste, de réaliser sa vocation parce que vous formez à des métiers qui sont souvent basés sur des vocations. Comme nous l’avons indiqué précédemment, la CGT est attachée à la gratuité de l’enseignement supèrieur et ne votera pas le renouvellement. Par ailleurs de façon purement subjective, allant régulièrement à vos journées portes ouvertes, dans le domaine de l’animation il m’avait semblé que l’esthétique japonaise me semblait prédominante. A noter enfin que le rapport HCERES intègre un paragraphe entier sur l’adéquation à la fiche RNCP dont on se rend compte qu’elle prend de plus en plus d’importance.
Résultat du vote : 3 POUR, 18 (dont CGT) CONTRE, 8 ABS, 0 NPPV
Intervention CGT
Encore une fois le dossier présenté est assez pauvre avec un court rapport HCERES et une note de présentation bien rapide. Rubika est une école fondée en 1988 et dédiée au jeu vidéo. Sa forme juridique est celle d’une association Loi 1901. Les frais de scolarité s’élèvent à 9450€ à Valencienne et 8750€ à La Réunion. Le HCERES suggère que le nombre de boursiers à Valencienne est assez élevé, mais on n’en saura pas beaucoup plus. L’École bénéficie d’une excellente réputation internationale (elle a obtenu par exemple le prix du meilleur projet étudiant à SIGGRAPH Asia 2024). On aimerait entendre les représentants de l’École s’exprimer sur la lutte contre les VSS, le racisme et le surtravail constatés dans les écoles de jeux vidéo par la presse il y a quelques années. Vu l’ampleur des frais de scolarité et étant donné la position de la CGT quant au monopole public de la collation des grades universitaires, la CGT votera contre.
Résultat du vote : 1 POUR, 18 (dont CGT) CONTRE, 7 ABS, 0 NPPV
Intervention CGT
Merci pour ce travail remarquable et utile pour mieux comprendre l’ESR en France. On aura sans doute besoin d’y revenir régulièrement pour éclairer ou soutenir nos positions. Bien sûr, on aurait beaucoup de questions, en voici quelques unes.
Question sur la fiche 10 (les nouveaux bacheliers sur Parcourssup) : On s’interroge sur les flux de bacheliers. Il est indiqué qu’au 11 septembre que 94% des bacheliers inscrits en phase principale ont reçu une proposition d’admission et que 82% ont accepté l’une d’entre elles. Cela implique donc que 18% n’a soit pas reçu de proposition, soit n’en a pas accepté. Sait-on ce que deviennent ces bacheliers (par exemple, la part d’inscription dans des formations qui ne sont pas sur Parcourssup) ? Sait-on également ce qu’ils deviennent à l’année n+1 (nouvelle candidature sur Parcourssup, entrée dans la vie active...) ?
Question sur la fiche 16 (étudiants en situation de handicap - ESH) : plus de 84% des ESH sont inscrits à l’Université, soit une proportion clairement plus importante que la population étudiante globale. Est-ce un choix ? Est-ce que cela ne serait pas un signal d’un manque d’accompagnement des ESH dans les autres établissements, notamment privés ?
Question fiche 39 : le nombre de doctorantes et doctorants baisse au cours du temps, le nombre de premières inscriptions en doctorat baisse et pourtant le nombre de doctorats délivrés semble stagner voire être en légère augmentation. Pourriez-vous nous expliquer cet apparent paradoxe ?
Question plus générale : on voit à travers différentes fiches, la hausse très importante ces dernières années du nombre d’étudiant·es inscrits dans l’enseignement supérieur privé alors que le nombre d’inscrits à l’Université est en relative stagnation : a-t-on des chiffres sur la part de choix volontaires de s’inscrire dans le privé et la part d’inscription par défaut par manque de place disponible à l’Université (ou dans le secteur public de manière plus général) ?