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Réunion de la Section Permanente et de la Commission Scientifique Permanente du CNESER

jeudi 30 novembre 2006


Au niveau des pays développés, les fonctions de l’enseignement supérieur tendent de plus en plus à être assimilées à une prestation de service marchand devant trouver sa place dans le commerce international et la mondialisation libérale.

La recherche de l’efficience, de l’efficacité, de la performance d’un point de vue économique, s’est accompagnée de l’invention de nouveaux instruments de mesure, de la fixation de normes, de nouvelles formes d’évaluation tendant à accroître le rôle de l’état centralisé avec un pilotage technocratique (cf. AERES) mais aussi d’agences privées d’accréditation et de labellisation, s’appuyant sur un modèle de qualité emprunté au secteur privé, avec pour objectif l’accroissement de la compétitivité et de la rentabilité marchande des établissements de formations.

Le Conseil européen qui s’est tenu à Lisbonne en mars 2000 a marqué une étape décisive pour l’orientation de la politique et l’action de l’Union européenne dans l’enseignement supérieur et la recherche (cf. stratégie de Lisbonne). En plus des recommandations visant à accroître l’investissement, on retrouve dans la déclaration de Lisbonne des objectifs concrets invitant tous les états membres à améliorer la qualité de leur système d’éducation et de formation dans le domaine des apprentissages. Elle recommande d’utiliser les procédures d’évaluation et « d’assurance qualité » afin de rendre l’offre de formation plus efficace et d’assurer une utilisation optimale des compétences mises en œuvre dans l’investissement en « capital humain ».

La question de la qualité est étroitement liée à celle de l’internationalisation de l’enseignement supérieur, car depuis plusieurs années des publications de l’OCDE présentent la notion de qualité comme essentielle à la prise en compte de la présence d’étudiants étrangers dans les programmes d’études et les services des établissements.

Ces évolutions contribuent à donner un rôle accru aux réseaux internationaux d’organismes « d’assurance qualité » et aux consortiums engagés dans la construction d’accords sur le commerce des services d’éducation, sur la reconnaissance des « compétences professionnelles », non des niveaux de qualifications, et sur l’élaboration de normes internationales permettant d’encadrer de « bonnes pratiques » dans une logique purement libérale.

Cette « démarche qualité » transforme le statut de l’enseignement supérieur en le faisant passer d’une situation de relative autonomie, sous contrôle étatique, à une autonomie régulée par des mécanismes de concurrence sous la conduite d’un « management » soucieux d’objectifs de rentabilité économiques des formations dispensées et des diplômes délivrés.

La logique de la « démarche qualité » va exacerber très largement la concurrence entre différents départements et unités de formation, équipes et laboratoires de recherche, entre tous les personnels et établissements en particulier entre ceux du Service Public et ceux du secteur privé. Elle va accentuer les inégalités de ressources entre universités, avec comme conséquence la hiérarchisation de celles-ci :
- d’un côté les établissements « ghettos » moins bien dotés en équipements et en personnels, rencontrant des difficultés de recrutement des étudiants et cantonnés au plan local,
- de l’autre les établissements prestigieux, bien dotés en personnels et matériels pédagogiques, inclus dans des réseaux internationaux, ayant « pignon sur rue », pour attirer les étudiants étrangers solvables.
- Par ailleurs l’autonomie, la créativité et l’engagement des enseignants seront évalués selon leur contribution à l’augmentation de la productivité et de l’efficacité de l’établissement et à son succès commercial permettant d’obtenir les meilleurs « labels » (cf. : labellisation initié par le CIEP pour les centres de langues).
- En outre le renforcement du contrôle et de la surveillance des formateurs ne manquerait pas d’introduire, surtout chez les précaires, du stress, de l’anxiété et une crainte de l’échec avec des conséquences importantes sur la qualité des formations. C’est donc à une nouvelle forme d’exploitation, en même temps qu’un individualisme négatif qui tend à se mettre en place dans l’enseignement supérieur avec la « démarche qualité ».

Au-delà des discours officiels, on engage dans des processus de marginalisation, de discrimination et d’exclusion une fraction croissante de la population étudiante essentiellement issue de milieux modestes.

Enfin l’introduction du paradigme de la « qualité » pourrait remettre en cause l’idée même de Service Public et son fonctionnement démocratique, en exerçant une forte pression pour rationaliser l’organisation des services dans une logique technocratique, contraignant les formateurs à donner plus d’importance aux aspects techniques et administratifs de leur travail, qu’aux contenus enseignés notamment dans leur dimension culturelle.

Jean-Pierre ADAMI


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