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Être CHARLIE c’est, d’abord, rester critique

mardi 13 janvier 2015

La CGT FERC Sup condamne avec la plus grande fermeté l’attentat meurtrier perpétré au siège de CHARLIE HEBDO le mercredi 7 janvier 2015 et la longue série d’assassinats qui a suivi jusqu’à ce vendredi 9 janvier 2015 Porte de Vincennes. Les assassins ayant été éliminés, la CGT FERC Sup souhaite que les inspirateurs et commanditaires de cette abomination meurtrière soient identifiés, arrêtés et jugés.
La CGT FERC Sup s’associe à toutes les démarches de solidarité exprimées auprès des familles de toutes les victimes et auprès de tous les travailleurs qui ont été touchés.

Le meurtre froid et déterminé de personnes en raison de leurs convictions religieuses, de leur communauté d’appartenance, des idées qu’ils portent ou de leurs opinions sur quelque question que ce soit nous replonge dans un monde où la barbarie l’emporte sur l’esprit des Lumières.

Le choix d’un organe de presse emblématique, CHARLIE HEBDO, et l’assassinat froidement prémédité de son équipe de rédaction exprime une volonté politique forte. Cette élimination physique de la rédaction de l’hebdomadaire avait pour objectif de faire taire à jamais, et de la façon la plus brutale, des journalistes et des caricaturistes en raison des opinions et idées qu’ils y incarnaient. Succédant à HARA KIRI dont l’humour corrosif donnait à l’orée des années 1960 un avant-goût de mai 68, CHARLIE HEBDO était porteur de la « pensée » 68 (Cabu, Wolinski…) depuis sa renaissance en 1992. Vilipendé par la droite et l’extrême droite, farouchement attaché aux valeurs de la laïcité, pourfendeur de tous les racismes, CHARLIE HEBDO irritait fortement les épidermes des clercs de toutes les églises, des chantres du néolibéralisme, des réactionnaires de tout poil qui versent aujourd’hui des larmes de crocodile de fausse compassion devant le crime commis.

En décapitant CHARLIE HEBDO, c’est l’esprit d’une époque qu’on a voulu atteindre : l’impertinence, la remise en cause de l’ordre établi et du consensus, la provocation et la dérision comme armes de subversion. C’est non seulement la liberté d’expression que l’on visait mais aussi le symbole de toute une génération et une certaine conception du rapport des individus au monde : distancié et critique.

Outre la volonté de réduire au silence une pensée contestataire, l’autre objectif des assassins et de leurs commanditaires et inspirateurs est de jeter l’effroi sur l’ensemble de la société française. Le massacre qui vient d’être commis contribue à alimenter une stratégie de la tension et de la peur dont les ingrédients ne nous sont pas inconnus (années de plomb en Italie 1960-1980, les USA après l’attentat du World Trade Center en 2001) : les fanatismes pseudo religieux, la théorie du « choc des civilisations ou des cultures », les restrictions des libertés publiques censées bien illusoirement préserver la sécurité de tous et garantir l’éradication « de toute forme de terrorisme ».

Les enjeux de la bataille à venir sont cruciaux. Il s’agit de la définition même des lignes de fractures dans notre société. Toutes sortes d’incendiaires s’efforcent de créer en Europe un clivage opposant entre elles des fractions de la population définies en fonction de leur origine, de leur culture, de leur religion. Il en est pour preuves : en Hongrie, les campagnes de haines menées contre les Roms et les Juifs, le mouvement anti-islamique Pegida en Allemagne, Aube Dorée ouvertement néo-nazie en Grèce, en France la campagne médiatico-idéologique autour des Zemmour, Soral, Dieudonné, autour des phantasmes islamophobes qui accompagnent la sortie du roman de Houellebecq, le refus d’inhumation d’une petite fille Rom par un maire, les déclarations d’un premier ministre jugeant les Roms « non intégrables »…

Soyons assurés que les incendiaires de tous horizons vont mettre à profit ces massacres pour jeter les brandons de la haine tous azimuts au nom de « l’union nationale contre le terrorisme ».

Si elle a rejoint l’appel intersyndical à manifester partout en France les 10 et 11 janvier et se félicite de la mobilisation significative des citoyens de tous bords pour manifester leur émotion et leur réprobation, la CGT FERC Sup n’ignore pas les arrières pensées qui habitent ceux qui veulent saisir l’occasion pour anesthésier les consciences et les revendications des travailleurs.

Nous rejetons notamment les appels à l’« union nationale » derrière Hollande et Sarkozy, voire pire !
Il ne s’agit que d’un paravent opportun pour eux afin de leur permettre de continuer et d’accentuer les attaques contre les acquis sociaux et les libertés. Si, après les conquêtes et acquis sociaux élaborés et mis en place par le Conseil national de la Résistance, ils pouvaient aussi remettre en cause l’esprit de 68 et les avancées libératoires de la société qu’il a permis d’obtenir, ce serait tout bénéfice pour ceux qui veulent soumettre notre société au nouvel ordre économique mondial assujetti au capital et aux puissances financières hégémoniques.

Face aux tueurs, aux égorgeurs et aux fanatiques ainsi que devant les agissements des incendiaires manipulés/manipulateurs, la CGT FERC Sup appelle, au contraire, à la vigilance et la mobilisation. Nous appelons à un rassemblement de tous les partisans d’une société émancipée, solidaire, laïque et joyeuse afin de barrer la route à toutes les pestes (intégristes, brunes camouflées ou franchement bleu marine) et d’aller avec détermination vers une société débarrassée de l’exploitation, de la misère, de l’impérialisme et de la guerre.

Les journalistes et dessinateurs de CHARLIE HEBDO ont payé de leur vie leur engagement pour ce combat. Ne les laissons pas tomber et sachons être à la hauteur de leurs exigences.

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