La CGT des établissements d’enseignement supérieur et de recherche

Accueil > Syndicats > Île de France > Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle > Les mystères de l’université concurrentielle

Les mystères de l’université concurrentielle

mercredi 29 janvier 2014

Les désirs de fusion, particulièrement intenses au niveau de certaines présidences d’université (Paris V à coup sûr, d’autres étant plus discrets), sont souvent justifiés par la nécessité de la "visibilité internationale", censée ouvrir la porte à des gains dans la concurrence, également internationale nous dit-on, entre Universités. A la première AG de présentation du processus de fusion de Paris 3 dans l’ex-PRES Sorbonne Paris Cité, certains ont fait remarquer à la présidente que les universités les plus cotées internationalement étaient plutôt de petite taille (15 à 20 000 étudiants). A quoi il fut répondu qu’il s’agit d’universités privées, et que le modèle n’est pas le même.

C’est en partie faux : même les universités américaines privées vivent en partie sur fonds publics. C’est aussi assez surprenant : si notre modèle n’est pas l’université privée "d’excellence" américaine, quel est ce modèle au juste ? La réponse reflète un double langage de plus en plus répandu, et franchement critiquable, qui consiste à invoquer le service public quand cela arrange les tutelles et leurs défenseurs locaux, particulièrement en période de décisions désagréables, et à oublier sans remords, au nom de l’efficacité et de l’économie, ce même service public dès qu’il s’agit de le faire jouer au bénéfice des étudiant-e-s, sans même parler des personnels.

En somme, il s’agit d’inventer une sorte d’hybride monstrueux de fonction publique et d’entreprise privée, dans lequel les nouveaux dirigeants cumuleraient les avantages des deux systèmes, sans en avoir les inconvénients. Le beurre et l’argent du beurre, mais sans beurre ni argent...

La CGT souligne qu’un tel programme est irréaliste, utopique, inefficace, et franchement nuisible au bon fonctionnement de l’Université.

La question de la "visibilité" l’illustre. Les Universités "visibles" le sont dans des classements internationaux qui pour la quasi totalité d’entre eux n’incluent pas les lettres et sciences humaines : c’est le cas du fameux classement de Shanghai (et certains de nos dirigeants semblaient ignorer cette particularité, d’ailleurs). Quels que soient nos efforts, l’Université Paris 3 n’est pas, et ne sera jamais, classée par Shanghai, à moins que nous nous mettions tous à faire de la biologie et de la physique.

Deuxièmement, les critères essentiels de visibilité sont l’excellence de la recherche, et la qualité de l’environnement de travail et d’enseignement. Les meilleures universités américaines assurent un sabbatique régulier à leurs enseignant-e-s, et offrent des conditions de travail extrêmement bonnes à leurs clients, ou à leurs usagers, car il existe des Universités américaines publiques.

Troisièmement, les meilleures universités accordent systématiquement des marges de manœuvre importantes à leurs personnels, et reprennent les acquis de la recherche en ressources humaines sur la nécessité d’équipes autonomes, motivées, faites d’"employés habilités", pour reprendre une tarte à la crème des DRH.

Ce modèle est incompatible avec celui, hiérarchisé, centralisé, planificateur, que nos tutelles promeuvent avec rage depuis la LOLF. Pas question de traiter différemment les lettres et sciences humaines ; même habit pour tout le monde. Pas question d’autonomie, de meilleures conditions de travail, au contraire ! Et même la priorité affichée à la recherche se heurte au fait que seuls quelques heureux élu-e-s bénéficient vraiment de temps de recherche significatifs, la plupart étant fermement prié-es de se consacrer à faire tourner la machine, pédagogiquement et administrativement. Quant aux étudiant-e-s, leurs demandes propres sont si peu le sujet que depuis dix ans, nos tutelles ont décidé qu’il fallait les "orienter", avec ou sans leur accord. Projet professionnel pour tous, et pas de fantaisie s.v.p. ; on ne peut pas dire que le client est roi !

Moralité, même si l’on croit la présidence sur parole lorsqu’elle affirme qu’il ne s’agit pas d’imiter Harvard ou autre, il faut quand même essayer de faire presque aussi bien, mais en nous privant de tous les outils qui le permettent. En revanche, nous devons fonctionner avec une combinaison de plan quinquennal à la soviétique et de pression productiviste façon grande entreprise. L’un contredit l’autre, mais si ça ne marche pas... c’est de notre faute !

Et puis, il y a la question des moyens. En 2011, les États-Unis dépensaient 15000$ par étudiant-e en moyenne ; la France, 9000$. Là encore, l’ordre donné, car il s’agit d’un ordre, est de faire mieux, mais au même prix. Être plus efficace de 10, 15 ou 20%, admettons : mais on nous demande de faire... 40% moins cher.

Bref, un modèle impossible, inapplicable, et dès qu’on l’examine de près, incohérent. C’est ce que la CGT continuera de faire observer dans les instances : l’abandon des principes du service public universitaire (démocratie, collégialité, priorité aux besoins des étudiant-e-s, non-concurrence) conduit à moins d’efficacité, et probablement, au bout du compte, à plus de dépenses. Et à de jolis logos aussi, mais ça n’est pas une consolation...

CGT FERC Sup - 263 rue de Paris - Case 544 - 93515 Montreuil Cédex - Tél. : (33) 01.55.827.628 - Fax : (33) 01.49.88.07.43 - Mél : ferc-sup@ferc.cgt.fr